Une journée au Guggenheim de Bilbao
Le Grand arbre et l'œil de Kapoor, les Neuf discours sur Commode de Twombly, les Cent cinquante Marilyns de Warhol, l'araignée de Louise Bourgeois et le Puppy fleuri de Koons. Fatigué, mais tellement plus riche de ces émotions.

Grand arbre et l’œil (Tall Tree & The Eye, 2009) de Kapoor, œuvre monumentale installée hors du musée aux côtés des œuvres extérieures de Louise Bourgeois, Daniel Buren, Jeff Koons et Fujiko Nakaya, consiste en 73 sphères réfléchissantes disposées sur trois axes. Dans cette œuvre qui crée l’illusion, l’artiste continue d’explorer les principes mathématiques et structuraux complexes de la forme sculpturale. Les surfaces des sphères se reflètent et réfléchissent les unes dans les autres, créant et dissolvant en même temps la forme et l’espace. Les images de la ville et de la ria de Bilbao, l’intervention sculpturale de Buren sur le pont de la Salve (Arcos rojos/Arku gorriak, 2007) et le propre musée acquièrent une suspension dynamique. Kapoor nous rappelle l’instabilité et le caractère éphémère de notre vision et par extension, de notre monde.
NEUF DISCOURS SUR COMMODE
CY TWOMBLY
C’est au milieu des années 1950, alors qu’il travaillait comme cryptographe dans l’armée nord-américaine, que Cy Twombly développa son style caractéristique composé de rayures, griffonnages et lignes frénétiques de type graffiti qui évoquaient, et en même temps, bouleversaient, le style pictural de l’Expressionnisme abstrait dominant à cette époque. Après son installation définitive à Rome en 1957, la liberté gestuelle de l’Expressionnisme abstrait fut finalement compensée par le poids de l’histoire, auquel elle resta rattachée. Une série d’œuvres de la fin des années 1950 et du début des années 1960 représentent la fascination croissante de Twombly pour l’histoire, la mythologie ancienne et la littérature classique italienne.
Entre 1962 et 1963, les peintures de Twombly et ses références historiques prirent un ton beaucoup plus sombre et angoissant, puisque Twombly s’inspira d’une série d’assassinats historiques, un tournant qui reflétait peut-être le pessimisme du début des années 1960, avec la crise des missiles de Cuba et l’assassinat du Président John F. Kennedy. Créé durant l’hiver 1963, le cycle de peintures Neuf discours sur Commode, qui sert de résumé à l’étape angoissante et exceptionnelle de sa carrière artistique, s’inspire de la cruauté, de la folie et de l’assassinat final de l’empereur romain Aurélien Commode (161–192 de notre ère). Le conflit, l’opposition et la tension dominent la composition des peintures. Deux spirales de matière constituent le noyau de chaque pièce, dont l’état d’âme varie, depuis les structures sereines et similaires aux nuages, aux blessures sanglantes du panneau final qui culminent la série en une apothéose exaltée. Malgré l’esthétique intrinsèque de chaos et d’instabilité des peintures, une structure très maîtrisée domine la composition. Le fond gris opère comme espace négatif, compensant les tourbillons sanglants de la peinture et les croûtes d’impasto coagulé. Sur cette toile de fond neutre, la ligne qui parcourt la moitié des peintures sert de marque pour subdiviser la composition. Plusieurs des peintures de la série Commode présentent aussi des séquences numériques qui structurent les quadrillages, graphiques et axes géométriques qui forment le squelette des œuvres.
Cette série fut exposée pour la première fois à la Galerie Leo Castelli de New York en mars 1964, devant un public américain encore esclave du Pop Art et du minimalisme. Les peintures ésotériques et désordonnées de la série Commode de Twombly, qui semblaient complètement hors contexte et surannées, firent l’objet de critiques féroces, qui exprimaient de manière catégorique l’absence de Twombly de la scène artistique new-yorkaise, insinuant son abandon des États-Unis et transmettant le message subliminal clairement chauviniste que ces peintures avaient été importées de la « Vieille Europe ». En outre, l’installation elle-même de ces peintures dans la Galerie, dans un ordre confus, laissant leur trajectoire générale indéchiffrable, alors qu’elles dépendent intrinsèquement de la narration et de la séquence, n’aida pas beaucoup non plus.
Suite à cet accueil ignominieux, les peintures de la série Commode, invendues, furent à nouveau exilées en Italie. La controverse sur les œuvres et les séquelles eurent une énorme répercussion sur la peinture et la trajectoire artistique de Twombly, qui réduisit sa production créative dans les deux années qui suivirent. Cette situation servit peut-être de catalyseur à son changement de tendance postérieur, avec sa série « ardoise ». Il fallut attendre les étés de 1977 et 1978, alors que Twombly se préparait pour une exposition rétrospective au Whitney Museum of American Art, pour la création d’un autre ensemble historique, Cinquante jours à Iliam (Fifty Days at Iliam). Lorsque la rétrospective de Whitney de 1979 fut inaugurée, ce n’était que la deuxième fois que les peintures de Commode étaient exposées.
Il a fallu des années pour que le véritable impact des peintures Commode éclate dans toute son évidence. Actuellement, loin des rivalités et des débats des années 1960, la solidité de l’art pictural de Twombly n’est désormais plus assombrie par ces polémiques. Les peintures Commode, autrefois considérées comme secondaires ou aberrantes par les contemporains de Twombly, occupent clairement aujourd’hui une place centrale et unique dans l’histoire de la peinture d’après-guerre.
Source(s) :
Nicholas Cullinan, « Cy Twombly », Colección del Museo Guggenheim Bilbao, Bilbao, Guggenheim Bilbao Museoa ; Madrid, TF Editores, 2009.
CENT CINQUANTE MARILYNS MULTICOLORES
ANDY WARHOL
En 1963, Andy Warhol annonça la rupture de son engagement avec le processus de création esthétique : « Je pense que quelqu’un devrait être capable de peindre tous mes tableaux pour moi », dit-il au critique Gene R. Swenson. Il s’écarta de la fonction imaginaire attribuée à l’artiste expressionniste abstrait, dont l’application spontanée et gestuelle de la peinture sur la toile était considérée comme une expression des aspirations spirituelles et de la vision poétique incisive de l’artiste. Warhol, comme d’autres artistes Pop, se rangea sous le signe de la culture de masses de son époque. Il utilisait comme thème de ses œuvres des images imprimées trouvées dans les journaux, des publicités et des annonces, et adopta comme outil de travail la sérigraphie, un procédé de reproduction mécanique. Le fait d’avoir recours à des thèmes traditionnellement considérés comme inférieurs hors de la sphère des beaux arts — depuis le culte aux célébrités jusqu’aux étiquettes des produits alimentaires — a été interprété comme une affirmation catégorique de la culture nord-américaine et un choix pour le « populaire » dénué de sens critique.
Dans ses Retrospectives et Reversals de la fin des années 1970, Warhol s’inspira de ses premières œuvres, récupérant bon nombre des célèbres images sérigraphiées de sa période Pop (les boites de soupe Campbell, Elvis, les vaches, la Mona Lisa) en les combinant ou en inversant les couleurs pour créer des images en négatif. Cent cinquante Marilyns multicolores (One Hundred and Fifty Multicolored Marilyns), de plus de dix mètres de large, est l’une des plus grandes œuvres de cette série et présente l’un des personnages les plus célèbres de l’artiste. Marilyn Monroe apparut pour la première fois dans l’œuvre de Warhol en 1962, année où mourut l’actrice. Cette même année, l’artiste avait réalisé de nombreuses peintures sérigraphiées en utilisant différentes configurations d’une seule photographie de la jeune et infortunée étoile, avec ses lèvres ouvertes et ses yeux séduisants aux lourdes paupières, depuis une seule image sur fond doré (Gold Marilyn) jusqu’à un diptyque ou quadrillage formé de 25 Marilyns. Le nombre de fois où se répète le visage de l’actrice dans Cent cinquante Marilyns multicolores exprime clairement la reproduction potentiellement illimitée de cette image ou de n’importe quelle autre. En même temps, les images inversées possèdent un caractère fantasmagorique et évocateur qui laissent dans cette peinture une sensation de rétrospection caractéristique de plusieurs des dernières œuvres de l’artiste, depuis ses peintures inspirées de l’ombre jusqu’à ses autoportraits et crânes.
Cent cinquante Marilyns multicolores Plein écran
Andy Warhol
Cent cinquante Marilyns multicolores (One Hundred and Fifty Multicolored Marilyns), 1979
Acrylique et sérigraphie sur toile
201 x 1 055 x 6 cm
Guggenheim Bilbao Museoa
Barge, une toile de plus de neuf mètres de large, est la plus grande des peintures sérigraphiées de Rauschenberg. Cette
œuvre monumentale en noir, blanc et gris incorpore de nombreux motifs répertoriés par Rauschenberg dans ses 79 sérigraphies : le milieu urbain (citernes d’eau sur un toit), le vol et l’exploration de l’espace (un satellite, une comète, des réflecteurs paraboliques de radar, des moustiques et des oiseaux), les moyens de transport (un camion) et quelques exemples de l’histoire de l’art (La Venus del espejo [Vénus à son miroir], de Diego Velázquez, 1647–51). L’emploi d’images populaires reconnaissables et l’application d’une technique commerciale ont conduit les critiques à associer Rauschenberg à d’autres artistes qui utilisaient ce langage, comme Andy Warhol. Mais si nous les comparons à la froide exécution des artistes pop, les œuvres de Rauschenberg sont très gestuelles et artisanales. Dans des peintures comme Barge, la qualité d’expression se doit aux zones peintes à la main, aux superpositions de type collage avec des photos et aux décalages et irrégularités que l’artiste introduit dans le processus de projection.
Barge Plein écran
Robert Rauschenberg
Barge, 1962–63
Huile et encre sérigraphiée sur toile
208 x 980,5 x 5,2 cm
’‘Le chien Puppy’’ au Musée Guggenheim de Bilbao
La structure en acier inoxidable de ce topiaire comprend de la terre et des fleurs fraîches arrosées grâce à un système d’irrigation interne. Les fleurs qui offrent le design du chiot »Puppy » sont changées deux fois par an et représentent la nouvelle floraison saisonnière.
Le Musée Guggenheim Bilbao, œuvre de l’architecte nord-américain Frank Gehry, constitue un magnifique exemple d’architecture d’avant-garde du XXe siècle. Avec ses 24 000 m2 de superficie, dont 11 000 destinés aux expositions, l’édifice s’érige en un véritable événement architectural, grâce à sa configuration audacieuse et à son design innovateur, qui conforment une séduisante toile de fond pour l’art qui y est exposé.
L’ensemble de la création de Gehry constitue une œuvre d’art sculpturale et spectaculaire, parfaitement intégrée dans la trame urbaine de Bilbao et son cadre environnant.
Louise Bourgeois
La sculpture représente une araignée monumentale, d’environ 10 m de hauteur pour autant de large. Son abdomen et son thorax sont, dans la plupart des versions, en bronze. Sous son corps, elle comporte un sac contenant 26 œufs en marbre. Les extrémités des huit pattes de l’araignée sont les seuls points de contact de la sculpture avec le sol, et les pattes s’élancent ensuite presque à la verticale, avant d’obliquer sous l’horizontale pour rejoindre le reste du corps de l’animal.
Bosque de árboles : des réverbères sous forme d’arbre placés en groupes, formant une espèce de forêt.
Aujourd’hui j’ai rencontré Manet, Monet, Gauguin, Bourgeois, Koons, Warhol et tant d’autres.
Fatigué mais tellement plus riche de ces émotions.




Réagir à cet article