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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Géopolitique

Syrie : massacre de près de 1000 Alaouites

Le massacre d'un millier d'Alaouites en Syrie, expliqué de bout en bout : qui ils sont, ce qui s'est enchaîné depuis janvier, quelles milices ont tué, et ce que le pouvoir central en a fait.

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Syrie :

🔸 J’ai reçu quelques messages malsains récemment mais qui montrent des choses intéressantes.

On me somme de manière plus ou moins agressive de m’exprimer sur le massacre de près de 1000 Alaouites. Les mêmes qui le plus souvent soutenaient le régime de Bachar El Assad.

Ils ne voient que les massacres qui les arrangent en fait.

À ceux-ci je voudrais répondre tout d’abord que je n’ai aucune obligation de répondre à tout sur tout, tout le temps. Ensuite qu’avant de réclamer quoi que ce soit aux autres qu’ils produisent eux-mêmes quelque chose avant de se permettre de me juger.

🔸 Je crois avoir quelques connaissances sur le Moyen-Orient mais j’écris peu sur le sujet.

Parce qu’il est extrêmement difficile d’expliquer l’enchevêtrement des relations dans la région, notamment à des occidentaux.

Dans notre partie du monde nous fonctionnons assez facilement en termes de camps (« gentils contre méchants ») et nous sommes facilement perdus face à la complexité des liens politiques, religieux, culturels d’une zone que beaucoup estiment tout simplement « Arabe » (ce qui n’est pas le cas).

🔸 Qui sont les Alaouites ?

Les Alaouites ont la particularité de pratiquer une forme dérivée de l’Islam (chiite duodécimain). Ils représentent entre 10 et 15% de la population syrienne et sont le groupe ethno-religieux qui a porté la famille Assad au pouvoir.

Bien évidemment la chute d’Assad et le ressentiment de la population les mettent en grand danger. Ils ont souvent la faveur des occidentaux car leur religion repose sur une trinité divine et parce qu’ils s’opposent à l’intégrisme islamiste.

🔸 Eléments de contexte

La HTS (Ahmad al-Sharaa) essaie de former une unité nationale. Les milices islamistes vont devoir se fondre dans l’armée nationale ou être réprimées. Une grande réunion d’unité nationale a lieu. Les forces Kurdes refusent de se soumettre, les milices les plus extrémistes aussi. Le temps joue contre les milices. L’unité nationale marquerait la fin de leur pouvoir. Les Alaouites restent de leur côté méfiants vis-à-vis du pouvoir central et craignent de subir la répression de la population.

Tout commence au mois de janvier.

Les cadres HTS combattent plusieurs prédicateurs salafistes ultra-conservateurs, qui menaient des prêches à Lattaquié. Ils sont arrêtés et sont toujours enfermés dans une prison d’Idlib. Des groupes jihadistes avaient alors dénoncé HTS comme groupe traître

La base 107 près de Jableh (ville côtière près de Lattaquié) est envahie par des bataillons jihadistes. Leur comportement est violent. Les exactions ne sont pas rares. Le 8 janvier 2025 trois ouvriers agricoles Alaouites sont tués. Les funérailles tournent à la manifestation hostile contre les jihadistes. Le sheikh alaouite Saleh Mansour, autorité locale respectée par HTS est présent.

Dans le même temps des centaines de combattants loyalistes d’Assad restent dans les montagnes aux abords de la ville.

Le 14 janvier la situation s’aggrave. Une embuscade a lieu à Ain Sharqiya, près de Lattaquié par les forces loyalistes d’Assad contre les forces de sécurité d’HTS.

🔸 Le 7 mars, tout explose.

Les exécutions sont massives et concernent très majoritairement des hommes. Des prisonniers frappés et abattus sommairement. Ces exécutions ont eu lieu en ville (Jableh, Lattaquié, Tartous, Baniyas) mais aussi dans l’arrière-pays et ont visé des hommes non armés (ouvriers, fermiers, etc.)

Pris de panique, des milliers de partisans de l’ancien régime, ayant combattu ou non, avec leurs familles, ont trouvé refuge dans la base aérienne d’Hmeimim, toujours contrôlée par la Russie. Dans le même temps la désinformation sur les réseaux joue à plein et aggrave la situation localement.

Les forces armées Pro-Assad répliquent et attaquent les bases du pouvoir central.

Le gouvernement central envoie alors massivement des troupes pour rétablir l’ordre contre les forces Pro-Assad et contre les milices jihadistes. Ahmad al-Sharaa fait un discours appelant au calme et à la réconciliation nationale. Il réclame aussi la sanction envers ceux qui ont commis ces massacres.

Le calme est rétabli avec difficulté. Le bilan est lourd. On est aux environs de 1000 morts civils.

🔸 Qui a massacré les Alaouites ?

Ansar al-Islam : Groupe dirigé majoritairement par des Kurdes irakiens. Groupe non intégré à HTS.

Le bataillon Fursan Muhammad : Groupe de combattants Turcs qui ont combattu aux côtés de HTS mais qui refusent l’intégration dans la nouvelle armée nationale. Des reliquats aussi de l’ancienne ANS. Cette Armée Nationale syrienne qui n’était en réalité qu’un corps syrien expéditionnaire au service des intérêts turcs.

Les jihadistes tchétchènes, des combattants ouïghours et des kirghizes : Des mercenaires pour la plupart. Le gouvernement central leur avait demandé d’évacuer la zone après un premier double assassinat de deux ouvriers alaouites à Jableh.

Ahrar ash-Sharqiyah : Milice composée de Syriens de l’Est (Deir Ezzor). Composée d’anciens jihadistes en rupture avec HTS qui a refusé de rejoindre la nouvelle armée nationale. Ce groupe a été sanctionné en 2016 et 2019.

🔸 Conséquences :

Ahmad al-Sharaa, bien décidé à ne pas laisser la main aux groupes radicaux et aux chefs de bandes qui refusent de se plier au gouvernement, nomme un comité pour la préservation de la paix civile. Le gouvernement central a été débordé par ces groupes islamistes en rupture avec lui et veut donner des gages.

Trois personnalités en ressortent sur les 7 membres de ce comité :

  • Khaled al-Ahmad en fait partie. C’est un alaouite, ancien conseiller de Bachar al-Assad dont le travail portait sur la réconciliation nationale, et ayant rompu avec le régime en 2018. Il a vécu au Liban en exil.
  • Hassan Soufan, sunnite et natif de Lattaquié. C’est un ancien chef de la rébellion, ayant été membre du groupe salafiste Ahrar ash-Sham (groupe alors en guerre contre HTS et Ahmad al-Sharaa). Il est l’actuel gouverneur intérimaire du gouvernorat de Lattaquié.
  • Anas Ayrout. Il est l’actuel gouverneur intérimaire du gouvernorat de Tartous. Il est lui aussi natif de la région. Il a été membre du gouvernement de salut à Idlib. Il a été visé par un attentat à la bombe par des jihadistes de l’État Islamique.
  • On peut y ajouter deux juges Alaouites.

Les Kurdes s’opposent à ce massacre et rejoignent l’armée d’union nationale. C’est leur manière de bien dissocier le gouvernement en place des massacres commis. Ils sont soutenus dans cette démarche notamment par les Etats-Unis qui ont fait un communiqué officiel sur le sujet.

La Révolution syrienne n’est pas terminée. Le chantier est immense.

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