Recomposition du monde, de l'Union Européenne, de la France
La guerre en Ukraine a marqué un basculement. Depuis l’invasion russe de février 2022, les certitudes de l’ordre international se fissurent : retour de la guerre en Europe, fragilisation des alliances, montée des autoritarismes, tensions énergétiques et commerciales, dérèglement climatique et révolution de l’intelligence artificielle. Face à ce nouveau monde, l’Europe et la France doivent repenser leurs alliances, leur sécurité et leur modèle.

Nous entrons dans une période de recomposition profonde. Les équilibres qui ont structuré le monde depuis plusieurs décennies sont remis en cause simultanément par le dérèglement climatique, les tensions géopolitiques, les bouleversements technologiques et les fragilités économiques.
🔸Recomposition du monde
Le réchauffement climatique n’est plus une perspective lointaine : il transforme déjà nos économies, nos modes de vie et nos relations internationales. Nous allons devoir adapter nos modes de vie, faire des choix, s’habituer à un monde différent. Migrer peut-être pour certains dont le climat ne sera plus vivable en l’Etat. Cela va accentuer aussi les disparités sociales entre ceux qui auront les moyens de se préserver un cadre de vie supportable (climatisation par exemple) et les autres.

À cela s’ajoutent de nouvelles contraintes sur le commerce mondial. La fragilisation des grands axes maritimes, notamment autour du détroit d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, fait peser des risques considérables sur les approvisionnements mondiaux. Dans ce contexte, le coût de l’énergie pourrait redevenir une contrainte majeure pour nos économies. Nous refermons la période du commerce mondial où les distances et les frontières n’étaient plus des problèmes. L’instabilité mondiale devient la règle. Nous choisissons nos destinations touristiques en fonction des conflits en cours.

Parallèlement, le développement fulgurant de l’intelligence artificielle bouleverse les équilibres économiques, industriels, militaires et même démocratiques. Les États qui maîtriseront ces technologies disposeront d’un avantage considérable dans la compétition mondiale. Nos sociétés démocratiques semblent mal adaptées pour résister à cette déferlante. L’information devient virale, falsifiable, relativiste.
Mais c’est surtout le bouleversement des alliances traditionnelles qui doit nous interroger.
L’alliance transatlantique, qui a constitué pendant des décennies l’un des piliers de la sécurité occidentale, est aujourd’hui non pas fragilisée mais détruit. C’est la fin de l’alliance avec les USA. Les Etats-Unis sont les alliés objectifs de la Russie et se rapprochent de la Corée du Nord. Peut-être dans le but de contrecarrer l’influence chinoise.
Face à ces bouleversements, l’Europe ne peut plus considérer que son environnement stratégique restera stable.
🔸Recomposition de L’union Européenne
L’Union européenne doit désormais réfléchir à son propre élargissement, mais aussi à la constitution d’un véritable espace politique, économique et stratégique autour d’elle.
La déclaration d’Ursula von der Leyen au Premier ministre canadien Mark Carney, évoquant la possibilité de faire du Canada le « premier membre associé de l’Union européenne », illustre une évolution intéressante : l’Europe pourrait demain développer des formes nouvelles d’association avec des démocraties partageant ses valeurs et ses intérêts.

L’UE doit étendre son influence en se rapprochant de ses alliés naturels: Suisse, Norvège, Islande, Royaume-Uni pour gagner en autonomie. L’objectif ne serait pas seulement économique. Il s’agirait aussi de renforcer l’autonomie stratégique européenne, sa sécurité et sa capacité à peser dans le monde.

Elle doit aussi intégrer les “dents creuses” au plus vite pour sa propre sécurité: Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Monténégro, Albanie, Moldavie (réunifiée à la Roumanie ?).
Elle doit essayer de pacifier toute la zone ultra stratégique pour elle reliant les Balkans au Caucase: Turquie, Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan. Cela passe par différentes stratégies. L’adhésion de la Géorgie à l’UE est illusoire tant qu’elle est soumis à une dictature pro-Russe. Celle de l’Arménie (pas encore candidate) est conditionnée à l’adhésion de la Géorgie pour des raisons d’accès à la mer. Celle de la Turquie est remise aux calendes malgré l’ancienneté de la candidature. Les conditions démocratiques en sont pas réunies. L’Azerbaïdjan lui est exclu de toute adhésion possible mais doit peser avec la Turquie pour empêcher l’expansionnisme Russe.

Elle doit enfin choisir des alliances claires au niveau mondial: Canada comme dit précédemment mais aussi Corée du Sud, Indonésie, Japon, Inde, Brésil. Nous devons peser. Nous devons aussi permettre la stabilité des dernière démocraties restantes alors que le monde bascule vers l’autoritarisme.
Indice de démocratie dans le monde (2024)

Brexitxit : Pays de Galles / Ecosse / Irlande du Nord (pour une réunification ?).
Le Royaume-Uni constitue enfin un cas particulier. Les évolutions politiques de l’Écosse, du Pays de Galles ou de l’Irlande du Nord pourraient, à terme, modifier profondément les conséquences politiques du Brexit et les relations entre les îles britanniques et l’Union européenne.

Nous pouvons assister à l’adhésion de ces trois futurs pays qui regrettent le Brexit (pour lequel ils n’ont pas voté). Cela pose la question de la désagrégation de certains Etats Nations, notamment quand ils ont été d’anciennes puissances coloniales. La question ne peut pas laisser indifférent la France notamment.
L’Allemagne, enfant malade elle aussi de l’Europe
La stratégie allemande, fondée pendant des années sur une puissance industrielle soutenue par une énergie relativement bon marché et par des débouchés commerciaux mondiaux, est aujourd’hui profondément remise en question.

Pourtant bien loin de se remettre en cause, l’Allemagne a tendance à torpiller les efforts d’industrialisation de l’Europe et de son autonomie stratégique. l’Allemagne a tendance à ne soutenir que les projets dont elle a la tête. Une vision étriquée et dangereuse dans un pays attiré par les sirènes de l’AFD, parti ouvertement néo-nazi.
La France menacée par l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite et de sa soumission à Trump et Moscou.
La France n’est pas en reste. Elle devra éviter de se retrouver isolée dans une Europe divisée. La progression de l’extrême droite et la possibilité d’un rapprochement politique avec les positions de Donald Trump ou de Moscou constituent, dans cette perspective, un enjeu majeur pour l’orientation future du pays.
Enfin, la guerre hybride n’est désormais plus véritablement « hybride » : les attaques, les cyberattaques, les opérations de déstabilisation, les campagnes de désinformation et les ingérences se multiplient. L’Europe doit reconnaître qu’elle est déjà confrontée à ces menaces et qu’elle n’est pas encore suffisamment préparée à y répondre. Nous hésitons, nous avons du mal à prendre des mesures fortes. Nous souhaitons gagner du temps et éviter de fâcher Russes et Américains. Nous sommes lâches tout simplement.
🔸Recomposition de la France
Ces bouleversements internationaux interviennent alors que notre propre modèle connaît une période de grande fragilité. En fait notre modèle agonise depuis 40 ans ans moins.
Le premier problème est celui du financement de notre modèle, notamment du coût des retraites, qui reste un sujet difficile à aborder pour l’ensemble des forces politiques. Le vote des plus de 65 ans est majoritaire et un parti politique souhaite gagner les élections. Donc nous continuons comme si de rien était. Même en famille les discussions sont parfois difficiles sur le sujet. Les retraités ont mérité leur retraite. Le problème n’est pas individuel mais mathématique. Le coût est insoutenable tout simplement. Et il le sera de plus en plus.
Cette contrainte financière réduit mécaniquement la capacité de l’État à investir dans le présent et dans l’avenir : école, justice, police, armée, recherche, infrastructures et transition énergétique notamment.
À cela s’ajoute la remontée des taux d’intérêt dans un pays déjà fortement endetté. Une part croissante des ressources publiques risque ainsi d’être consacrée au financement de la dette plutôt qu’à l’investissement.
Dans le même temps, nos territoires connaissent des transformations profondes.
Les centres-villes sont fragilisés par le développement du commerce en ligne. Les campagnes, elles, subissent simultanément la hausse du coût des carburants et la désertification progressive de certains services publics.
La transition énergétique elle-même risque d’être plus lente que nécessaire. L’électrification du pays suppose des investissements considérables, alors que le pouvoir d’achat des ménages demeure contraint.
À cela s’ajoute une difficulté politique : la campagne électorale permanente tend à rendre plus difficiles les décisions structurelles, précisément au moment où elles deviennent nécessaires.
🔸Et Blois là-dedans ?
Nous étions récemment réunis en séminaire budgétaire à Blois. Notre responsabilité consiste précisément à essayer d’anticiper ces évolutions plutôt que de les subir.
Nous devons intégrer dans nos décisions les risques liés à la hausse des taux d’intérêt, à l’inflation et à l’évolution des dépenses de fonctionnement, notamment dans un contexte où une revalorisation du point d’indice peut légitimement être envisagée.
La situation financière de la ville reste aujourd’hui solide. Elle nous donne une marge de manœuvre et donc une capacité à nous protéger davantage que d’autres collectivités contre les chocs à venir..
Les vents contraires qui se lèvent à l’échelle mondiale, européenne et nationale pourraient souffler beaucoup plus fort qu’on ne le croit.




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