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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Politique

Municipales : Petite analyse du scrutin

Faux comptes, vidéos diffamatoires, alliances de circonstance : un tour d'horizon des partis au lendemain du scrutin, de la stratégie de LR à la normalisation du RN, en passant par le glissement du Modem et du centre.

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🔸 Cette campagne municipale aura été marquée par une Trumpisation de l’espace politique. Tous ces faux comptes… Petits anges qui vont s’éteindre pendant six ans pour renaître sous une nouvelle forme. Ils vont me manquer (non, je déconne, c’est une plaie).
Cette brutalisation du débat à coup d’insultes et de vidéos diffamatoires porte un coup sérieux au processus démocratique. Et j’ai bien peur que nous n’en soyons qu’au début. Parfois même les candidats s’y sont mis. Malik Benakcha et son équipe à Blois par exemple. Autre exemple plus grave encore avec Yves Foulon à Arcachon.

Bilan par partis :

🔸Ces municipales ont montré un dévoiement total du LR Retailliste. Une stratégie délibérée par son chef. Un LR bien peu sûr de lui puisqu’il a recherché l’alliance dès le premier tour avec les macronistes partout où c’était possible. Une alliance voulue sans doute par les macronistes qui cherchent à limiter la casse en cette période de fin de règne.
LR reste prédominant sur la Côte d’Azur mais pour le reste c’est très compliqué. La perte de Nice voire de Toulouse va être difficile à cacher. Reste l’espoir de prendre Paris. Même si c’est avec une exclue de LR qui va passer en justice très vite.

🔸 La grande déception pour moi (notamment vis-à-vis de Marc Fesneau ou Mathilde Desjonqueres à Blois) a été de voir le Modem et le Centre se perdre dans ces alliances. Les mêmes sur tout le territoire avec les mêmes programmes, déconnectés de toute réalité des villes où ils candidatent. Cela restera comme une tache indélébile d’être associé à des campagnes aussi violentes et diffamatoires. Les électeurs ont de la mémoire. L’humanisme de ces partis est loin désormais. Tout comme le gaullisme chez LR.

🔸 De son côté le RN a commencé sa Mélonisation. Se montrer sage, courtois pour continuer la normalisation. Marine Bardet en est un bel exemple à Blois. Pourtant de nombreux candidats (une centaine au bas mot) présentent encore des casseroles. Et des sévères. La façade a changé mais le magasin ne change pas. Mais les outrances de la droite ajoutent à la normalisation de l’extrême-droite. Reconquête achevant la tâche en se montrant encore plus extrême.
Le RN est prédominant dans les campagnes et peine à percer dans les grandes métropoles. Il va néanmoins garder ses principales villes (comme Perpignan) ce qui est un succès en soi. Et s’il a échoué à Lens il devrait gagner Toulon.

À noter aussi la fragmentation de l’extrême-droite au fur et à mesure de la “normalisation du RN”. Avec l’UDR d’un côté et Reconquête de l’autre il y a peut-être un danger naissant pour le RN.

🔸 Au PS tout va se jouer sur Paris, Marseille et Lille alors que les résultats sont plutôt bons ailleurs, une perte d’une de ces villes sonnera sans doute comme un échec cachant de belles réussites locales. Le PS a beaucoup d’élus.

🔸 D’une manière générale la stratégie de la gauche est apparue peu lisible du point de vue national. Si Strasbourg est un cas particulier (PS-Horizons / EELV LFI) dans l’ensemble on assiste à des fusions parfois difficiles pour avoir une chance.

La gauche est souvent trop faible pour s’imposer seule. La réalité locale s’impose alors. LFI se sacrifie à Marseille (merci Delogu… J’aurais jamais cru dire ça un jour) mais met en péril Paris contre toute logique. À Toulouse seule la fusion entre François Piquemal (LFI) et François Briançon (PS) pourra permettre de gagner la ville. Idem à Limoges où le PS s’associe à LFI ou même à Tulle. Le LFI local étant bien loin du gourou.

Le cas inverse est plus fréquent. À Nantes, Clermont-Ferrand ou Brest le PS a besoin de la fusion pour garder la ville. Cela rend peu lisible l’annonce de la direction du parti de ne pas faire d’accord. Alors soit, il n’y a pas d’accord national et il y a des réalités locales. Mais quand c’est flou… (comme dirait Martine)

Si le PS garde Paris, Nantes, Lille, Marseille il pourra clamer une grande victoire. En attendant il se contente des victoires du premier tour : Les Ulis, Colomiers, Gonesse, Athis Mons, Eysines, Labatmale, Bourg-en-Bresse, Morlaix, Cachan… 80 villes. Mais pas de porte-étendard.
Gagner Pau à François Bayrou serait aussi un beau symbole (allez Jerome Marbot !).

🔸 LFI cherche à remplacer le PS. Et donc parfois à le faire perdre pour le remplacer ensuite. Pour préparer les sénatoriales et les présidentielles aussi. Mais ils partent de loin. Derrière la façade médiatique les résultats sont mauvais.
2,6 % des voix à l’échelle de l’ensemble des communes métropolitaines. Dans les seules villes où LFI s’est présentée cette année, les listes insoumises affichent une moyenne de 12,4 % contre 18,4 % aux européennes 2024 et 31,6 % aux présidentielles 2022.
Le bruit et la fureur touchent leurs limites. La prise de Saint-Denis est l’arbre qui cache la forêt. Néanmoins l’éventuelle prise de Toulouse grâce au PS cachera tout cela et je fais confiance à JLM pour imposer son récit des évènements. Surtout si le PS perd Paris ou Lille.

🔸 Du côté écologiste enfin ce sont plutôt de belles surprises. Bien souvent l’alliance avec le reste de la gauche a permis de déjouer les pronostics qui étaient plutôt mauvais. Tours, Grenoble, Lyon, Poitiers, Besançon peuvent être conservées. Mais peu de conquêtes à prévoir. Pire, Bordeaux pourrait être perdue.

🔸 Autre particularité, si 2020 avait donné une prime exceptionnelle au sortant avec la crise Covid, 2026 semble faire l’effet inverse. Le retour de balancier est sévère notamment à Romorantin ou à Issoudun où Jeanny Lorgeoux (maire depuis 1985) et André Laignel (maire depuis 1977) sont en difficulté.

Votez bien dimanche !

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