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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Politique

Législatives : Une campagne délétère.

Une campagne où l'on diabolise le Nouveau Front populaire et où l'on normalise l'extrême droite. En regard, le curriculum vitae d'une vingtaine de candidats du Rassemblement national, condamnations comprises.

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Entre deux copies de BTS (corriger les copies a toujours été ma joie), j’ai regardé rapidement la télé. Je n’aurais pas dû. Cette campagne est catastrophique.

La précipitation du calendrier électoral donne une campagne étonnante et inconséquente. Avec moins de deux semaines pour décider de choix historiques pour le pays, je suppose que c’est logique.

On assiste étonnamment (au moins médiatiquement) à une diabolisation du Nouveau Front populaire et à une normalisation de l’extrême-droite.

Le Nouveau Front Populaire (NFP) est désormais associé à LFI. Ce parti n’en est pourtant qu’une composante. Elle n’est même pas majoritaire (ou majorité relative si vous préférez). Elle le sera peut-être encore moins après le vote. Peu importe, les médias en ont décidé ainsi.

J’ai déjà dit mes réserves sur ce parti mais voir dans le NFP un supplétif du NPA ou de LFI c’est juste un mensonge. Et d’ailleurs LFI n’est pas un mouvement uniforme. Il a des personnalités diverses. En faire un repaire d’antisémites, futurs Staline en puissance, c’est juste diffamatoire.

Cela n’empêche pas d’avoir un vrai regard critique sur ceux qui ont dérivé. On connaît tous les quelques députés problématiques. Il y a aussi 1 ou 2 candidatures NFP qui ont été critiquées et sont critiquables peut-être (un fiché S notamment. Même si être sous surveillance n’est pas une condamnation.) Mais ça ne doit pas jeter l’opprobre sur tous les autres. Trop facile.

Néanmoins Glucksmann a encore subi un harcèlement antisémite hier par une députée européenne fraichement élue. La réponse à la question de l’antisémitisme à LFI par quelques intellectuels (

) s’est montrée très pauvre en arguments. On a encore du chemin à faire. On ne peut pas le passer sous silence sous prétexte de campagne.

La machine médiatique bolloréenne (et pas qu’elle) a accentué encore sa pression pro-RN à un point assez délirant et une accentuation des bisbilles sur les candidatures dissidentes côté NFP (mais jamais à droite). Dans le même temps, le meurtre d’Angela Rostas, enceinte de 7 mois parce que Rom n’a pas eu d’écho médiatique.

Cette emprise sur la manière de voir l’actualité m’inquiète.

Ainsi elle pointe – à juste titre – les dérives de certains mais on passe sous silence volontairement le curriculum vitae des candidats du rassemblement national.

En voici quelques-uns (liste non exhaustive bien sûr) :

  • Frédéric Boccaletti : Candidat dans la 7e du Var. Condamné à de la prison ferme pour avoir tiré sur des compatriotes noirs et ancien détenteur d’une librairie négationniste.
  • Nathalie Aubert, Candidate 2e du Haut-Rhin qui poste une publication raciste le 3 juin (« Le Congo chez Tintin »)
  • Gilles Bourdouleix, Maire de Cholet et candidat sur le 5e du Maine-et-Loire auteur de cette saillie mémorable « Hitler n’en a peut-être pas tué assez » à propos des Roms.
  • Christophe Barthès, Frédéric Falcon et Julien Rancoule, Candidats dans la 1re, 2e et 3e de l’Aude qui posent fièrement avec une pancarte « Va faire la soupe salope »
  • Laure Lavalette, Candidate sur la 2e du Var qui signe un texte pour supprimer le droit à l’IVG.
  • Virginie Joron, Candidate 2e du Bas-Rhin, complice de Bachar El Assad en Syrie.
  • Marie-Christine Sorin, Candidate 1re des Hautes-Pyrénées qui hiérarchise les civilisations.
  • Pierre Gentillet, Candidat 3e du Cher, Pro-Russe notoire. Il y a 14 candidats ouvertement pro-russes sur la liste RN.
  • Joseph Martin, Candidat 1re du Morbihan « Le gaz a rendu justice aux victimes de la Shoah ».
  • Jean-Lin Lacapelle, Candidat 5e du Loiret, Ancien du GUD, homophobe notoire.
  • Anchya Bamana, Candidate 2e de Mayotte, adepte de la théorie du grand remplacement.
  • Thomas Esteve, Candidat 5e du Bas-Rhin. Commentaires racistes en pagaille.
  • Danièle Delavaux, Candidate en Corrèze encourage à faire sauter les mosquées.
  • Marta le Nair, Candidate en Gironde « quand tu sers la main d’un juif tu as intérêt à voir si tu as toujours tes 10 doigts »
  • Geneviève Veslin, Candidate en Creuse « les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique ».
  • Monique Guard Wilson, retranchée chez elle en s’aspergeant d’essence.
  • Christophe Gosse, Skinhead, misogyne.

Ces querelles empêchent – une nouvelle fois – le débat pourtant nécessaire, notamment au niveau de la politique budgétaire et sociale qui doit être menée par le futur gouvernement. D’ailleurs Bruno Le Maire a courageusement refusé le débat proposé sur le sujet par Valérie Rabault.

On est en droit de choisir si on souhaite continuer la politique de baisse des prélèvements obligatoires sur les entreprises (40 milliards de baisse d’impôts non compensées quand même) et la continuation des politiques anti-sociales (avec par exemple la réforme des retraites ou de l’assurance chômage). Personnellement je trouve déraisonnable de vouloir continuer à baisser les impôts et continuer d’affaiblir les services publics que je pense garants d’un certain ordre social. Cette politique anti-pauvre s’accorde avec une politique anti-immigrés (les immigrés étant globalement plus pauvres que la moyenne). La loi anti-immigration a été particulièrement nocive à ce niveau (notamment sur les allocations familiales).

À ce titre le gouvernement semble plutôt en phase avec le rassemblement national.

Au point de préférer gouverner avec lui plutôt que la gauche si ses députés se trouvent en situation de faiseur de roi ?

Je comprends que l’on puisse être favorable aux choix effectués par l’exécutif mais la majorité actuelle (si elle existe encore) doit admettre elle aussi que l’on puisse proposer d’autres solutions. C’est le principe même du jeu démocratique. À jouer sur les peurs, elle hystérise le débat et favorise le vote issu de la peur.

Pourtant les politiques keynésiennes de relance ne sont ni nouvelles ni baroques. On est très loin du grand soir.

Il nous reste un peu plus de 10 jours pour essayer d’avoir un débat éclairé, ce qui peut permettre au peuple français de choisir son destin en ayant pleinement conscience des enjeux.

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