Le manifeste des élus aux côtés des femmes victimes de violences
Après deux nominations à des ministères régaliens, des élus et anciens élus exigent que ceux qui sont censés nous protéger soient irréprochables. La présomption d'innocence n'est pas en cause ; l'exemplarité l'est.
« Manifeste des
élu.es
et ancien.nes
élu.es
aux côtés des femmes victimes de violences »
À l’appel d’ECVF-
Elu.es
contre les violences faites aux femmes, avec le soutien de l’Assemblée des Femmes
Nous sommes ou avons été élu.es de la République.
Nous partageons l’indignation exprimée ces dernières heures par des militantes féministes et politiques de tous les bords politiques depuis la nomination le 7 juillet 2020 de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur et d’Éric Dupond-Moretti au ministère de la Justice.
Comme elles, nous considérons que ces nominations à deux ministères régaliens sont, du fait du comportement et des propos de ces deux hommes politiques, une entrave au développement d’une véritable politique publique nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, de lutte contre le sexisme, une provocation à l’égard des victimes, et un très mauvais signal de permissivité pour les auteurs de violences et de viols, ainsi que nous le voyons déjà.
Nous n’avons jamais remis en cause la présomption d’innocence et ne le faisons pas aujourd’hui. Nous voulons toutes et tous vivre libres dans un état de droit. Mais nous exigeons que les personnes censées nous protéger au plus haut niveau de l’État soient irréprochables, que ceux et celles qui nous gouvernent aient des comportements exemplaires.
Nous sommes régulièrement en contact avec des victimes de violences sexistes et sexuelles, et nous savons que :
• Plus de 200 000 femmes sont victimes de violences chaque année en France ; 1 sur 5 seulement dépose plainte,
• Plus de 90 000 femmes déclarent être victimes de viol ou de tentative de viol, et seulement 12% déposent plainte.
• 90% des victimes sont des femmes et 99% des agresseurs sont des hommes.
Lorsque les victimes portent plainte, elles le font dans des conditions difficiles ; elles savent que leur parole n’est pas protégée, et que face à la présomption d’innocence de l’accusé, elles risquent de devoir affronter la « présomption de mensonge » à leur encontre et la mise en accusation de leur propre vie. Nous voulons l’égalité de traitement pour la parole des femmes et réclamons le respect pour la parole de toutes les femmes, en particulier pour celles qui osent déposer plainte.
Notre société le dit avec force depuis #Metoo, il faut changer de culture, les dysfonctionnements actuels doivent partout cesser.
Élu.es, nous sommes concerné.es dans nos mandats et engagé.es
depuis toujours dans ce processus. Cela passe, entre autres, par un travail de longue haleine pour la formation des professionnel.les de la police et de la justice, par des moyens nécessaires alloués aux enquêtes, à l’accompagnement judiciaire et psychosocial des personnes – victimes comme auteurs – par une fermeté en matière pénale et par un plan d’éducation à l’égalité auprès des générations qui seront les adultes de demain.
Peut-on croire une seconde que le Ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux choisis par le Président Emmanuel Macron et le Premier Ministre Jean Castex mèneront avec volontarisme ces changements ? Peut-on croire que les victimes se sentiront sécurisées ?
Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, nous disons qu’il est temps, de revoir votre conception de la « République exemplaire ». L’impunité et le pouvoir machiste clairement protégés par ces nominations ne doivent plus avoir de place dans nos institutions.
C’est une question d’éthique politique, de dignité et de justice.




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