Je suis 0,1 %
Le ministre affirme que 99,9 % des enseignants adhèrent à sa réforme. Un texte de Cécile Rullon, que je reprends — j'ajoute seulement que ma profession souffre surtout du mépris de sa propre institution.
Je reprends ce texte de Cécile Rullon découvert sur le mur de mon amie et collègue Marlène Jurado.
Je n’aurais pas dit mieux. J’ajoute que si ma profession souffre d’une chose c’est bien du mépris de sa propre institution vis-à-vis d’elle.
“Ce midi, sur France Inter, dans l’émission “Questions politiques”, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education Nationale, a déclaré que dans l’ensemble, les lycées vivaient “ avec bonheur“ la réforme du lycée et que 99,9 % des enseignants étaient d’accord avec lui.
Pour rendre à César ce qui est à César, car M. Blanquer a ses lettres, et éviter d’être accusée de déformation des propos, remarquons que dans la formulation quelque peu chaotique de ses idées, le ministre a tout de même ajouté habilement que nous étions presque tous d’accord pour assurer le bien-être des élèves, prendre leur intérêt à coeur. Impossible en effet de nier cela : si nous sommes enseignants, c’est parce que nous voulons que les élèves apprennent, grandissent, s’épanouissent.
Et pourtant, ce soir, j’affirme que non, je ne suis pas d’accord avec M. Blanquer.
Ce faisant, je fais partie, selon lui, des “forces (qui se sont) déchaînées pour faire croire le contraire de la vérité”. Pire, je suis de celle qui use des réseaux sociaux pour exprimer leurs idées anti-démocratiques, une radicale, immobiliste, conservatrice. Une parmi cette minorité qui joue les “pompiers pyromanes” de façon irresponsable et égoïste. Je devrais donc, selon M. Blanquer, me ranger à cette majorité d’enseignants heureux et responsables qui ont à coeur la réussite de leurs élèves et dont l’expression bienheureuse de leur adhésion au ministre est couverte par mes cris hystériques.
Je suis 0,1 % quand je constate au quotidien la souffrance des élèves et l’impuissance collective des acteurs de l’Education Nationale.
Je suis 0,1 % quand on multiplie les injonctions contradictoires et nos missions, sans moyens supplémentaires, ni financiers, ni humains.
Je suis 0,1 % quand on réforme sans former, sans expliquer, sans écouter.
Je suis 0,1 % ici, parce qu’on ne lit pas nos lettres, qu’on ne répond pas à nos questions à la radio, qu’on minore le nombre de grévistes et de manifestants et que nos grèves restent lettre morte.
Je suis 0,1 % quand on m’explique que pour “créer des vocations” on achètera des étudiants.
Je suis 0,1 % quand on me dit que je ne travaille pas assez, que je gagnerai peut-être un peu plus mais pas trop, pas sûr, pas tout de suite, que je ne comprends rien.
Je suis 0,1 % quand j’entends des parents perdus, des enfants anxieux, des collègues en arrêt de travail.
Je suis 0,1 % pour tant de choses encore, le temps me manque et la fameuse confiance surtout.
Je suis 0,1 % quand des collègues se suicident, et tout est dit, finalement.“




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