Hommage à Cécile Rol-Tanguy à Monteaux.
Hommage à Cécile Rol-Tanguy à Monteaux. « Je n'étais pas derrière Henri, j'étais à côté » : une vie de lutte, et le rôle des femmes dans la Résistance, longtemps minoré, parfois volontairement omis.

Discours de Nathanael Uhl
Madame la Vice-Présidente du Conseil départemental
Monsieur le Conseiller départemental,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs les Conseillers municipaux,
Madame la Présidente de l’Association nationale des Anciens Combattants de la Résistance,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs de Monteaux et d’ailleurs,
Chère famille Rol-Tanguy,
C’est au nom de la fédération de Loir-et-Cher du Parti Communiste Français, que je m’exprime en ces premiers jours du mois de mai, avec une émotion certaine et avec le respect dû à une femme qui a marqué Monteaux comme elle a marqué la France, parce que son histoire est étroitement mêlée à la grande histoire.
Cécile a marqué l’histoire du peuple de France, ce peuple qui s’est tenu debout, maintenant la lumière au bout du fusil alors que la nuit de la guerre mondiale et de l’occupation s’était abattue sur l’Europe.
J’aurais préféré ajouter quatre œillets rouges de plus au bouquet de 80 fleurs que nous avions remis à notre camarade Cécile pour ses cent ans à quelques encablures d’ici. 80 fleurs pour 80 années de luttes émancipatrices au PCF.
Mais la vie en a décidé autrement et il m’échoit donc la responsabilité de rendre hommage à une femme combattante d’exception.
Cécile Rol-Tanguy est entrée très jeune dans les luttes collectives, au travers du syndicalisme ouvrier. Son ancrage dans les dures conditions de travail de l’époque forge son caractère et son esprit de résistance. Toute sa vie, elle a résisté à l’exploitation. Toute sa vie elle a résisté au fascisme et au nazisme et ce, dès avant l’occupation du territoire national par les troupes hitlériennes.
Ses combats quotidiens, pendant les longues années de lutte contre les nazis et leurs collaborateurs, nous font reconnaitre en elle une héroïne de la Résistance. Il en faut de l’héroïsme pour défier les occupants et faire passer sous leur nez des messages qui sont aussi mortels pour les nazis et les miliciens que la dynamite ou les pistolets-mitrailleurs.
Cécile Rol-Tanguy mérite donc cet hommage pour elle-même, pour ses actions. L’historiographie comme notre vision de cette période ont évolué en 80 ans. Et c’est tant mieux. On s’est d’abord intéressé aux faits militaires, aux gradés, puis on s’est penché sur cette classe ouvrière qui a tenu un rôle fondamental dans la Résistance. Désormais, la place des femmes dans le combat collectif est reconnue.
En la matière, Henri et Cécile Rol-Tanguy étaient précurseurs par leur compréhension aigüe de ces faits historiques. Comme elle l’a dit elle-même, « je n’étais pas derrière Henri, j’étais à côté ». Ce rappelant, elle contribuait à mettre en lumière le rôle essentiel qu’ont joué les femmes dans le combat face aux nazis. Pendant longtemps, cette contribution a été minorée, oubliée si ce n’est volontairement omise. Le colonel Rol-Tanguy estimait, lui, à juste titre qu’après la Libération on n’a pas donné aux femmes la place qu’elles auraient dû avoir : « Dans ce travail obscur et périlleux, disait-il, les femmes ont joué dès l’été 1940 un rôle capital. On ne dira jamais assez ce qu’elles ont réalisé comme agents de liaison. Elles ont assuré les contacts qui ont permis de mettre en place, de refaire fonctionner les directions, de maintenir les liens de celles-ci avec l’échelon supérieur et les échelons subordonnés. Sans elles, aucune organisation n’aurait pu exister durablement. On les a souvent oubliées après la Libération… »
Aux côtés de son camarade, Cécile l’est donc dès le début, quand la jeune dactylo Le Bihan est embauchée par le syndicat CGT des métaux parisiens alors dirigé par celui qui est encore Henri Tanguy.
À son égal, Cécile fait partie de ces « levés avant le jour », qui se mobilisent aux côtés de la République espagnole agressée par les factieux de Franco et les puissances fascistes : Allemagne hitlérienne, Italie mussolinienne, Portugal salazariste. Son engagement ne se réduit pas à être la marraine de guerre de celui qu’elle épousera à son retour d’Espagne. Comme ses parents, impliqués dans le Secours rouge international, qui deviendra le Secours populaire français après la guerre, elle s’active pour envoyer de l’aide aux Républicains espagnols, pour accueillir les réfugiés en provenance d’au-delà les Pyrénées.
À l’heure où d’aucunes et d’aucuns acceptent de, je cite, « saluer de manière républicaine » ses représentants, Cécile Rol-Tanguy a toujours su qu’il n’y a qu’un pas entre serrer la main et tendre la main à l’extrême-droite. Elle l’a appris quand ses camarades, dont on appelle chaque année les noms au Mont-Valérien ou à Châteaubriant, sont tombés au combat, sous les balles des collaborateurs ou torturés par les SS ; elle l’a appris au travers de son père, résistant mort en déportation à Auschwitz.
Jusqu’à la fin de sa vie, elle a continué à combattre les héritiers de Laval et de Pétain, de Doriot et de Déat. Elle a combattu les nostalgiques du IIIe Reich, réfugiés dans un parti au nom usurpé : le Front national. Cécile n’a jamais manqué de rappeler que le Front national pour la libération et l’indépendance de la France, le vrai Front national, a rassemblé les femmes et les hommes de bonne volonté, engagés contre le nazisme et pour construire, autour du Conseil national de la Résistance, « les jours heureux ». Cécile a mené un inlassable travail de mémoire la conduisant à témoigner dans tous les collèges et les lycées où elle était invitée. Son engagement l’a aussi amenée à accepter de vous précéder, Madame la présidente, à la tête de l’Association nationale des Anciens Combattants de la Résistance comme elle a assumé la présidence d’honneur de l’Association des Amis des Combattants en Espagne Républicaine, Amicale des Volontaires en Espagne Républicaine. Ce combat dans la résistance puis pour les résistantes et les résistants, pour la mémoire de la Résistance, va nouer son lien avec Monteaux où Henri et elle ont choisi de reposer.
Venant de Bretagne, grandi à Paris, ni l’un ni l’autre ne connaissait ce village avant la Libération. Ils ne savaient pas qu’ici, il y a très exactement 80 ans, en 1943, 20 paysans de la commune ont décidé de retourner au Préfet de Loir-et-Cher qui leur avait écrit, les lettres de réquisition de leurs récoltes au profit de l’armée allemande. Cet acte de résistance collective, dont le journal paysan communiste alors clandestin, La Terre se fait l’écho à sa une, témoigne qu’au plus fort des ténèbres, l’action collective seule fait jaillir la lumière.
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Cérémonie d’hommage à Cécile Rol-Tanguy.
Un hommage mérité pour une vie de lutte contre le fascisme.




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