Trottinettes électriques: Mise au point
Ça jase beaucoup, alors j'apporte une explication.

J’ai échangé avec un journaliste de la NR au sujet du port ou non du casque en trottinette. Depuis ça jase beaucoup sur Blois. Alors je prends le temps d’une mise au point.
Tout d’abord j’affirme un point de vue personnel. Nous n’avons pas eu de prise de position (ni même de débat) de majorité sur le sujet. Je m’en excuse d’ailleurs auprès d’eux pour la gêne occasionnée.
Je pensais que le journaliste avait bien saisi mon propos (un échange de plus d’un quart d’heure). J’y ai finalement lu surtout une caricature. C’est sans doute le jeu de ce genre d’échange d’être limité par le nombre de signes. Difficile de résumer sans trahir. C’est aussi pour ça que je tiens un blog. Ici je suis libre. Et j’ai de la place pour un propos étayé et nuancé.
Alors oui j’ai bien dit que les mesures de Romorantin et de Vendôme étaient “un peu démagogiques” car je préfère que l’Etat assume (enfin) ses responsabilités. S’il considère qu’il faut une règle, qu’il la fixe, et nous l’appliquerons sans problème (je le précise d’ailleurs dans l’article).

Nous ne sommes pas au far-west, je ne suis pas shérif. Et le maire non plus. Ces mesures permettent surtout de se donner bonne conscience à peu de frais et de racoler les électeurs avec un discours facile. Elles empêchent aussi la police municipale de faire d’autres missions. Et surtout comment expliquer dans une grande ville touristique que ce qui est interdit ici est autorisé de l’autre côté de la rue ?
On a bien vu la catastrophe du passage de certaines routes à 90 km/h quand d’autres sont restées à 80 km/h. A ce rythme il faudra supprimer le code de la route tellement il devient absurde et aléatoire en fonction du territoire traversé.
Je suis pour que chacun se protège. Plus il y a de casques, mieux c’est.
(Dommage que le journaliste ait oublié ce propos).
Mais je vois bien aussi les commentaires désastreux de pro-bagnoles sur le sujet.
Certains profils (toujours les mêmes) critiquent le comportement des usagers de mobilités douces pour mieux oublier leur propre comportement.

Ce sont les mêmes qui m’insultaient quand j’étais à trottinette à Blois avec gilet et casque il y a 5 ans (depuis je suis passé au vélo). Ce sont les mêmes qui ronchonnent sur les bouchons, ne veulent pas de pistes cyclables, hurlent contre les radars. Respectez les règles… Mais pour les autres !
Pourtant la route tue. Et beaucoup. Plus de 3000 morts par an. Et ce ne sont pas les vélos et les trottinettes les responsables.
Si ces personnes mettaient autant d’énergie à lutter contre les comportement dangereux des automobilistes sur la route, il y aurait moins de morts sans aucun doute.

Car la trottinette (comme le vélo) ne met en danger que son utilisateur. Pas les autres.
Les gens se font tuer par des conducteurs de voitures et de camions.

S’auto-citer pour essayer enfin de percer. Triste.

La NR en fait des caisses et classe le sujet dans leur vidéo de la semaine. C’est sans doute le jeu. Mais ça n’éclaire pas le “débat” dans ces conditions. Qu’ils ne soient pas surpris si la prochaine fois je ne donne pas suite à leur demande.





2 commentaires
Cycliste
Bonjour et merci pour cette mise au point. Peut-être les avez-vous déjà croisés, sinon vous trouverez peut-être aussi ces éléments intéressants sur ce sujet, même si plus orientés vélo que trot : • position de la FUB (dispo sur leur site officiel, dans l’espace presse) • infographies d’un usager strasbourgeois : https://bsky.app/profile/jtrace-a-stras.bsky.social/post/3msnxufi6is2g
Piéton
Vous êtes professeur et enseignant : vous le savez. Pour toutes les questions de société, le réflexe binaire du « pour ou contre » est une absurdité qu’il faut prendre le temps de dénoncer. Il réduit des réalités complexes à un affrontement de positions, là où il faudrait examiner les faits, apprécier la solidité des preuves et reconnaître les incertitudes. Avant de demander à chacun de choisir son camp, prenons le temps de préciser de quoi nous parlons, dans quelles circonstances une affirmation est valable et jusqu’où les connaissances permettent de la soutenir. On peut juger une précaution raisonnable sans prétendre que son efficacité est pleinement démontrée, comme on peut discuter la valeur d’une preuve sans nier tout intérêt à cette précaution. La nuance est une exigence de rigueur et d’honnêteté intellectuelle. Les études d’accidents réels en trottinette électrique apportent des éléments limités en faveur d’un effet protecteur du casque sur les blessures à la tête. Dans les études examinées, la réduction des traumatismes cérébraux graves et de la mortalité n’est pas établie de manière robuste. Cela ne démontre pas que le casque est inefficace. Mais cela interdit de présenter son efficacité spécifique en trottinette comme une certitude fortement démontrée par l’accidentologie seule. La recommandation de le porter et le niveau de preuve disponible sont deux questions qu’il faut distinguer. - L’étude australienne de Mitchell : un résultat favorable, mais fragile. Sur 54 accidentés, le port du casque est associé à moins de blessures à la tête, avec un résultat statistiquement significatif (odds ratio 0,18 ; intervalle de confiance 0,04–0,83). C’est une observation réelle qui compte. Mais l’effectif est petit, les traumatismes de tête rapportés sont principalement mineurs et l’étude ne fournit pas une démonstration solide indépendante des différences de comportement entre usagers. Elle ne permet pas de conclure à une réduction précise des lésions cérébrales graves. Étude de Mitchell, 2019. - L’étude de Seattle : aucun bénéfice statistiquement démontré sur la gravité. Elle inclut 52 accidentés en trottinette et 153 cyclistes, tous sélectionnés parce qu’ils présentaient des blessures maxillofaciales. L’analyse ne retrouve pas d’association significative entre casque et gravité des blessures de la tête ou du visage. Cette sélection limite aussi sa portée : elle ne représente pas l’ensemble des accidentés et ne permet pas de mesurer correctement les blessures évitées. Étude de Bhaskar, 2024. - L’étude italienne : pratiquement aucune valeur pour comparer l’efficacité du casque. Un seul patient casqué parmi 92 accidentés : cela permet de décrire les blessures, mais pas d’estimer sérieusement la protection. Je n’aurais pas dû lui donner du poids comme preuve d’efficacité. Étude de Cittadini, 2023. Le problème central est que « presque tous les blessés à la tête étaient sans casque » ne prouve pas, à lui seul, que le casque protège. Si presque tous les usagers roulent sans casque, on s’attend déjà à retrouver une grande majorité de non-casqués parmi les blessés. Il faut comparer les proportions de blessures chez les accidentés casqués et non casqués, puis tenir compte notamment de l’alcool, de la vitesse et des circonstances de l’accident.