Histoire : L'indignation, utile ou contre-productive ? La rafle du Vel d’Hiv
Deux cents signes pour trois idées à la fois, sur un sujet douloureux : profiter de l'éclairage d'une commémoration pour une attaque politique parasite l'événement. Mais l'indignation qui a suivi paraît surjouée. Et sur le fond, l'hommage rendu à Pétain était bien une faute.

L’indignation, utile ou contre-productive ?
Les mots de Mathilde Panot sur la rafle du Vel d’Hiv ont choqué de nombreuses personnes. Ces personnes m’ont demandé de m’exprimer sur le sujet. J’ai préféré attendre pour ne pas parasiter cette cérémonie.
Sur la forme tout d’abord. S’exprimer par tweet sur un sujet douloureux et sensible comme celui là est difficile. 200 signes c’est peu. Mathilde Panot a voulu faire passer trois idées en même temps, c’est trop pour ce format. Profiter de l’éclairage donné par la commémoration pour faire une attaque politique me paraît déplacé car il parasite l’évènement pour amener une controverse. C’est une manière de faire habituelle de ce groupe politique. Je suppose que c’est pour être plus efficace. Ma culture politique et personnelle fait en sorte que je suis rétif à ce type de message et que je considère cela comme contre-productif. Néanmoins la période semble leur donner raison. Que l’on parle de vous en bien ou en mal l’essentiel est que l’on parle de vous. La récupération de ce tweet par la majorité me met assez mal à l’aise aussi. L’indignation paraît surjouée et l’exploitation politique assez évidente.
Mon premier réflexe était de penser à Badinter en 1992 qui hurle « taisez-vous » lors de la cérémonie du 50e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv alors que François Mitterrand vient pour la première fois à la cérémonie.
Sur le fond, voici la première partie du tweet.
« Il y a 80 ans, les collaborationnistes du régime de Vichy ont organisé la rafle du Vel d’Hiv »
Rien à dire. C’est factuel. Certains lui ont reproché de ne pas avoir marqué que ce sont les juifs qui sont déportés. Autant on peut reprocher ce qui est écrit mais pas ce qui ne l’est pas, surtout en si peu de signes.
C’est surtout la deuxième partie qui a posé problème :
« Ne pas oublier ces crimes, aujourd’hui plus que jamais, avec un président de la République qui rend honneur à Pétain et 89 députés RN ! »
Sur le président Macron tout d’abord. Oui Philippe Pétain a été frappé d’indignité nationale et déchu de sa distinction militaire en 1945. Malgré ça, le Président Macron lui a rendu hommage en l’appelant même « Maréchal ». Titre qu’il a perdu (même rétroactivement ce qui est une exception en droit français). Cet hommage avait fait grand bruit il y a deux ans et le président n’était pas revenu sur ses propos (« il assume » comme souvent) même s’il avait finalement renoncé à l’hommage aux invalides. Il n’est pas le seul à avoir honoré Pétain. Mitterrand l’avait fait avant lui. Mais il n’y a pas deux Pétain. Celui de 1914-18 était déjà antisémite. Il était d’ailleurs déjà défaitiste (il a voulu abandonner Verdun par deux fois, a voulu abandonner Reims, Dunkerque et Amiens). C’était donc une faute. Une faute répétée par le président à plusieurs reprises (Rappel de Maurras, théorie du « glaive et du bouclier », de la nation « organique » etc.)
Était-ce pour autant le moment de faire ce reproche ? Je ne pense pas. Ou tout au moins le faire dans un deuxième tweet aurait permis de séparer la commémoration de l’accusation politique. Il aurait été utile aussi d’attendre le discours du président à Pithiviers.
Un discours où il s’est montré clair dans la dénonciation de l’antisémitisme et la falsification de l’histoire « Ni Pétain, ni Laval, ni Bousquet, ni Darquier de Pellepoix, aucun de ceux-là n’a voulu sauver des juifs. C’est une falsification de l’histoire que de le dire » mais toujours aussi ambigu sur les origines de la France qui pour lui (et lui seul) remonteraient à 2000 ans, ce qui est une hérésie historique).
Sur le RN. Ce sujet me touche particulièrement parce que j’ai eu la surprise de rencontrer pour la première fois Roger Chudeau (député RN de Loir-et-Cher) lors de la cérémonie d’hier. Son parti est l’héritier du FN, fondé par des nazis et des collaborateurs (Léon Gaultier, Roland Gaucher, François Brigneau, Victor Barthélémy etc.) Je me suis senti perturbé par cette présence mais je l’aurai sans doute été aussi par une éventuelle absence.
Je ne reconnais pas au RN de légitimité d’être là eu égard à leur passé. Pour autant le député est non seulement légitime mais c’est son rôle d’être là. Si je suis franc avec moi-même j’aurai pu reprocher cette absence aussi. Il n’est pas rare que je fustige le RN local pour leurs absences quasi totales de toutes les commémorations pour ne pas accepter qu’ils soient là.
Reprocher à Emmanuel Macron l’élection des 89 députés du RN est une paresse intellectuelle. Il a sa part de responsabilité mais nous l’avons tous. LFI y compris. La chute des partis et de la formation intellectuelle auprès de ses membres entraîne une confusion totale et un manque de culture politique évident. Certains sont aujourd’hui au RN et à la CGT sans voir le problème. Cet état de fait nous y avons tous contribué.
« Ce n’est pas être patriote que de déchirer les pages de l’histoire qui nous dérange, de les occulter ou de les amoindrir », a déclaré la fille de Joseph Borne, juif et résistant, arrêté par la Gestapo puis déporté à Buchenwald. Tout l’enjeu est là. Comment le faire comprendre à des nationalistes qui se prennent pour des patriotes ?




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