Suicide de Nicolas
Il est toujours délicat d’écrire sur l’éducation. Je vais essayer de le faire en évitant les maladresses.

Il est toujours délicat d’écrire sur l’éducation. Je vais essayer de le faire en évitant les maladresses.
Pour commencer simplement, le suicide de Nicolas N. me bouleverse. En tant qu’enseignant mais aussi en tant que père. J’ose à peine imaginer la douleur de sa famille et de celles de tous les autres enfants harcelés à l’école. Ils doivent être notre priorité.
Il est heureux que le ministre de l’éducation mette en avant le thème du harcèlement. Il n’est pas le premier à le faire mais ses prédécesseurs avaient été particulièrement maladroits sur le sujet.
Ce nouveau ministre montre une habileté remarquable en termes de communication. Ça ne m’étonne pas, je l’avais déjà remarqué lorsqu’il était au cabinet de Marisol Touraine (une autre époque où avec Hélène Sagne nous luttions pour une meilleure reconnaissance des orthophonistes). Il a réussi à faire oublier les lacunes de recrutement avec l’affaire de l’abaya notamment
Personnellement j’approuve ces choix (et ça me coûte de le dire connaissant justement son cynisme et sachant que d’autres problèmes seront posés ensuite). Reste à savoir s’il va savoir dépasser la culture de la communication pour prendre pleinement en charge ces problèmes.
Ainsi, dans l’affaire Nicolas N, l’attitude de l’exécutif est saine. Oui le courrier du rectorat de Versailles est « choquant » (Borne) et même « une honte » (Attal). Convoquer les recteurs est aussi un signal positif (reste à savoir les décisions qui seront prises).
Pourtant je garde une part de méfiance. En effet, la pression de l’institution n’est pas un élément nouveau. Le « pas de vague » est connu depuis bien longtemps. L’utilisation ad nauseam de l’affaire Paty pour justifier n’importe quoi aussi. Je rappelle que le président de la République lui-même a utilisé un hommage à Samuel Paty pour un jeu avec McFly et Carlito dans une vidéo. J’ai bien peur que le cynisme reste donc. Je garde en tête aussi les nombreux enseignants poussés au suicide (mon département ayant encore été touché à cette rentrée).
Les recteurs agissent dans l’intérêt du ministère, c’est leur fonction. S’en servir de fusible c’est se dédouaner à peu de frais. Et si le rectorat de Versailles était particulièrement mauvais sur le sujet il n’est pas le seul, loin de là. C’est aussi le résultat du changement des règles de nomination des recteurs pour placer Charline Avenel (amie du président à l’ENA) à ce poste. Une place qu’elle a quittée en juillet 2023 pour rejoindre le groupe privé d’enseignement supérieur privé Ionis.
Comme tous les personnels j’ai reçu un message me rappelant les obligations de mon métier sur le thème (signé Pap Ndiaye). Ce rappel à la règle est nécessaire mais très maladroit dans la période. Il prend même la tournure à peine voilée d’une menace puis d’une caution de l’action du gouvernement (avec le programme pHARe). Pourtant les enseignants sont bien en première ligne pour recevoir les confessions des élèves. Il est évident que tous n’agissent pas parfaitement. Mais ce n’est en général pas à ce niveau de la hiérarchie que le « pas de vague » apparaît.
Bref, j’ai l’impression que tout le monde est responsable sauf le ministère lui-même. C’est en cela que c’est inquiétant. Une bonne action commence par un bon diagnostic. Et – pardon de le dire – l’école est souvent une institution violente et peu inclusive. Elle l’est envers ses personnels, envers les enfants aussi parfois.




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