Aller au contenu

Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Politique

De quoi Zemmour est-il le symptôme ?

Son électorat n'est pas seulement l'ancien FN : un cinquième d'abstenus de 2017, le vote Fillon, un sixième des électeurs de Mélenchon. La dynamique tient à une envie de renverser la table — dangereuse et franchement méritée. La fenêtre d'Overton s'est ouverte en grand, et nous nous noyons à combattre du vent.

Partager

(Texte long, navré)

De quoi Zemmour est-il le symptôme ?

Ce sera mon premier post sur Zemmour et j’espère bien le dernier. Pourquoi en parler ? Parce que le moment est important je crois.

Tout le monde a déjà beaucoup parlé de l’impact médiatique de ce personnage. Il est favorisé par des chaînes devenues des « Fox News » à la Française. Ce fait est désormais acquis. L’influence des sondages entre dans un cercle vicieux délétère qui nous condamne sans doute à supporter pendant longtemps la pression médiatique d’un personnage pas encore officiellement candidat. D’ailleurs pourra-t-il seulement atteindre les 500 signatures ?

On a déjà beaucoup évoqué aussi son révisionnisme historique et son racisme. Là aussi, la justice a tranché. Le sujet ne me semble plus à débattre.

Par contre on a assez peu évoqué les électeurs de ce personnage. Ça paraît pourtant essentiel. Leur rappeler les évidences précédentes a sans doute peu d’intérêt, ils le savent sans doute déjà.

Quand on regarde l’électorat supposé de M. Zemmour nous avons 20% d’abstentionnistes à l’élection présidentielle de 2017. Les autres sources de ce vote sont les anciens du Front national (logique car il reprend le discours de Le Pen père), le vote Filloniste (ultra conservateur) et 1/6e des électeurs de Mélenchon. Pire son électorat « ferme » est à 64% soit au même niveau que Mélenchon (63% mais qui a vu son électorat fondre de plus de la moitié) ou de Macron (66%, qui a changé ses électeurs de gauche contre ceux du centre et de droite).

C’est-à-dire que ce candidat putatif arrive à rassembler des forces variées et nouvelles. Je pense que la dynamique est liée à une réelle envie de « renverser » la table. C’est à la fois ultra dangereux et franchement mérité tellement la classe politique nationale a été en-dessous depuis plus d’une décennie. Pour ne citer que le premier exemple qui me vient en tête le scandale des Pandora Papers n’a pas fait deux minutes dans les journaux Télé. Un scandale à 11 300 milliards de dollars quand même.

Comment reprocher à Zemmour d’être autocentré quand on assiste de manière permanente au bal des égos dans les autres partis ? D’ailleurs cette candidature reflète aussi – je pense – le rejet des partis et de leur logique. Marine Le Pen en se « normalisant » avait réussi à gagner un électorat que le FN n’avait pas (notamment les femmes). Mais avec l’hypothèse Zemmour elle perd celui de son père. Une alliance entre les deux serait redoutable.

Zemmour ne sera sans doute pas élu. La prime au sortant risque de jouer. Pour rappel dans 5 ans il n’y aura pas de prime au sortant. Si nous arrivons à ne pas tomber dans la lie fascisante dans 6 mois nous risquons d’être mûrs pour la prochaine fois.

Nous portons politiquement une responsabilité considérable. Celle de ne pas avoir su (pour l’instant au moins) créer une force de proposition réellement collective à gauche. Nous portons la responsabilité de dérives idéologiques considérables sans doute liées à une recomposition nécessaire après 2017 mais toujours non aboutie malgré l’urgence (sociale, économique, climatique). Nous avons accepté de discuter de sujets qui n’ont pas de sens. Le “grand remplacement” n’existe pas. Pourtant 2/3 des français y croient contre l’avis de tous les démographes. La fenêtre d’Overton s’est ouverte en grand et nous nous noyons à combattre du vent. La vérité est devenue “alternative”. Les militants (qui restent) se retrouvent désarmés face à une vague médiatique considérable.

Il reste 6 mois.

Réagir à cet article

Votre commentaire paraîtra après quelques minutes, le temps que le site se reconstruise. Les insultes et le courrier indésirable sont écartés automatiquement ; le désaccord, lui, est le bienvenu.

Votre pseudonyme et votre texte seront publics. Votre adresse email, si vous la donnez, ne sera jamais affichée ni transmise — elle sert uniquement si une réponse est nécessaire.

Dans la même rubrique

Tout Politique →

Balladur, l'image des fautes de la Vème République

HIer soir avait lieu la première réunion de section PS dirigée par Anaëlle Ramos et Simon Blin. Ils m'ont demandé de revenir sur le parcours d'Edouard Balladur. Un sujet intéressant car il représente les problèmes systémiques de nos institutions. La période de deuil étant passée, on a le droit d'être honnête.

· Lecture 6 min