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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Politique

Comment sommes-nous devenus réacs ?

Une droite réactionnaire hégémonique dans les médias, une gauche atomisée et minée par le narcissisme des petites différences. L'universalisme confondu avec l'occidentalisme, l'antiracisme avec le totalitarisme, le généreux avec l'idiot.

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Un peu de réflexion, c’est toujours utile dans cette période de buzz quotidien. (€)

ENQUÊTE

L’hégémonie médiatique des polémistes qui pourfendent l’époque est une réaction à une triple révolution anthropologique, à la fois écologique, intime et géopolitique, qui bouscule les sociétés occidentales.

Comment en est-on arrivé là ? Une France en apparence confinée dans ses remugles les plus rances. Une droite réactionnaire hégémonique dans la sphère médiatique, qui impose ses thématiques dans l’espace public. Une gauche atomisée, fracturée, au corpus idéologique non renouvelé, minée par le narcissisme des petites différences. Le conservatisme consacré, le progressisme dévoyé. L’universalisme confondu avec l’occidentalisme. L’antiracisme assimilé au totalitarisme. Ses nouvelles formes couvertes d’opprobre, taxées du sobriquet infamant d’« islamo-gauchisme » et censément disqualifiant de « wokisme ». Les féminismes de notre ère réduits à des « postures victimaires ». Les jeunes mobilisés pour le climat comparés à des ayatollahs, et l’écologie à une nouvelle religion sectaire. L’université accusée de diffuser un « savoir militant » et d’importer des « théories étrangères ». Le bien transformé en mal. Le bon en mauvais. Et le généreux en idiot.

Il est sans doute nécessaire de comprendre comment fonctionne la rhétorique néoréactionnaire, sa mécanique, d’étudier pourquoi elle est largement portée par un milieu social endogamique et une certaine classe médiatique, comment l’évolution du champ intellectuel et politique a mené à cette montée vers les extrêmes, sans parler des responsabilités de la gauche dans cette défaite culturelle. Une contre-révolution intellectuelle analysée par la politiste Frédérique Matonti, qui s’attache à comprendre pourquoi, « à la veille de l’élection présidentielle de 2022, l’idéologie réactionnaire semble désormais hégémonique » (Comment sommes-nous devenus réacs ?, Fayard, 2021).

Mais peut-être convient-il, dans un premier temps, d’aller chercher plus loin les raisons d’un tel discours de restauration. Car ce retournement idéologique est tout d’abord une réaction à de grandes transformations sociales et à de véritables mutations anthropologiques. Un basculement du monde à la fois écologique, intime et géopolitique qui bouscule l’Occident, affecté par de nouvelles blessures narcissiques.

(…) Merci à Mamie-Jo Cmlt

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