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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Blois

Commémoration de la bataille de Signeulx.

Le discours de la commémoration : ce que fut le 22 août 1914, et pourquoi Signeulx n'est pas qu'une bataille. C'est le symbole d'une conception de la guerre qui nie la vie humaine — et ce n'est pas du passé.

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Ce matin je représentais Marc Gricourt pour commémorer la bataille de Signeulx. La bataille la plus meurtrière de l’histoire de France, et un sacrifice terrible pour la Ville de Blois

Tout d’abord j’aimerais avoir une pensée pour Joel Garcia-Alvarez absent ce matin. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.

Mesdames et Messieurs les représentants des administrations civiles et militaires,

Mesdames et Messieurs les Présidents et Représentants des Ordres nationaux, des Associations d’anciens combattants et victimes de guerre et des associations civiles,

Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames et Messieurs les Élus,
Mesdames et Messieurs, Chers concitoyens,

Suite à la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France au début du mois d’août 1914, les trois régiments de Blois (113e régiment d’infanterie, 313e régiment d’infanterie et 39e régiment d’infanterie territoriale) partirent pour le front le 5 août 1914.

Le 21 août 1914, alors que s’engage ce que l’on a appelé la guerre des frontières ou bataille de Charleroi, le 113e régiment d’infanterie combat pour la première fois avec l’ennemi. Dans cette région de Wallonie proche du grand-duché de Luxembourg.

Les Allemands sont alors déjà installés depuis une dizaine de jours et ont eu tout le loisir de renforcer leurs positions. Les soldats blésois arrivent eux avec leur courage mais peu d’entrainement. Le soir même les Allemands attaquent et ce premier combat qui dure jusqu’à 23 heures fait déjà de très nombreuses victimes. Le 22 août, au matin, dans un épais brouillard qui ne permet pas de voir au-delà de 50 mètres, les combats reprennent.

À deux reprises, le 113e se lance à l’assaut des lignes. Mais, soutenus par leur artillerie installée sur les hauteurs, les Allemands pilonnent l’armée française. Vers midi, le général Brisset commande la retraite. Jusqu’au soir, les Français tentent de se replier en bon ordre. Mais au soir les pertes sont terribles. Fort de 3 200 hommes partis de Blois, le 113e n’en compte plus que 1 600. Son chef, le colonel Gérardin, blessé, a été fait prisonnier. Trois chefs de bataillon, six commandants de compagnie sont hors de combat.

Malgré leur supériorité, les Allemands ont également perdu de nombreux hommes mais on ne saura jamais combien exactement. Beaucoup de cadavres sont en effet incinérés pour tromper l’opinion publique. Qu’aurait en effet pensé la population devant des convois de cercueils aux premiers jours d’une guerre que l’on annonçait courte ? Côté français, les pertes furent également tues pendant longtemps. Il semble en fait que cette journée du 22 août 1914 fut sans doute la plus meurtrière de toute l’histoire de l’armée française. On estime entre 20 et 30 000 les pertes françaises et aux environs de 10 000 celles des Allemands entre Longwy et Charleroi sur un front de 120 km dont Signeulx marque l’épicentre. Cette bataille a été révélatrice de manière précoce du manque de considération accordé aux combattants dans les stratégies militaires au début de la guerre.

Les survivants rejoignirent le 131e régiment d’infanterie et participèrent ensuite aux combats de Vauquois, de l’Argonne puis de Verdun.

On reproche parfois l’excès de commémoration. Chacune d’elles doit avoir un sens. Signeulx n’est pas qu’une bataille dans la 1GM. C’est le symbole d’une conception de la guerre qui nie l’importance de la vie humaine. Ce n’est hélas pas un symbole du passé. Ce qui s’est passé à Signeulx se passe aujourd’hui à l’Est de l’Europe.

C’est aussi la reconnaissance d’une histoire locale. Loin d’un roman idéalisé notre devoir de mémoire est surtout un devoir d’histoire. Les faits doivent retrouver leur place dans notre mémoire collective et ne pas se laisser submerger par des discours coupés des réalités.

C’est pour honorer leur courage et se rappeler de ces pages douloureuses de notre histoire que nous tenions à commémorer cet évènement. Leur sacrifice le mérite. À nous de faire en sorte qu’un tel gâchis ne se reproduise jamais.“

Merci Préfet de Loir-et-Cher pour s’être fait représenter lors de cette cérémonie.

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