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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Blois

Commémoration de la bataille de Signeulx

Le 21 août 1914, le 113ᵉ régiment d'infanterie de Blois livrait son premier combat en Wallonie : sur 3 200 hommes partis de la ville, 1 600 restaient au soir du 22 août. Le texte du discours de commémoration.

Ce matin, j’avais l’honneur de représenter Marc Gricourt pour la commémoration de la bataille de Signeulx. Une commémoration nouvelle depuis ce mandat qui me tient particulièrement à coeur car on s’honore plus à se souvenir de défaites que de victoire parfois.

Voici le discours tenu

“Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les présidents et représentants des associations d’anciens combattants, des ordres nationaux, des associations patriotiques et civiles, Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux,

Chers concitoyens,

Le 5 août 1914, à peine quelques jours après la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, les régiments de Blois – le 113ᵉ, le 313ᵉ et le 39ᵉ régiment d’infanterie territoriale – quittaient leur ville pour le front. Quelques jours plus tard, le 21 août, le 113ᵉ régiment engageait pour la première fois le combat, dans cette région de Wallonie que l’on nomme Signeulx.

Ce fut le début de la tragédie. Les soldats blésois, peu entraînés mais animés d’un courage immense, se heurtèrent à un ennemi solidement retranché. Pendant deux jours, dans le brouillard, sous l’artillerie allemande, ils livrèrent bataille. Les pertes furent effroyables : sur les 3 200 hommes partis de Blois, il n’en restait que 1 600 au soir du 22 août 1914. Leur colonel, Gérardin, fut blessé et fait prisonnier. Trois chefs de bataillon, six commandants de compagnie, et des centaines de jeunes soldats tombèrent ce jour-là.

Ce fut, dit-on, la journée la plus meurtrière de l’histoire de l’armée française. Entre 20 000 et 30 000 Français et près de 10 000 Allemands périrent en un seul jour, entre Longwy et Charleroi. Signeulx en fut l’épicentre.

Pourquoi rappeler cette bataille oubliée, parfois jugée secondaire ? Parce qu’elle incarne l’aveuglement des stratégies militaires du début du conflit, qui sacrifièrent des milliers de vies dans une guerre que l’on annonçait courte. Parce qu’elle montre, avec une brutalité saisissante, le peu de considération accordé aux hommes face aux logiques de puissance.

On reproche parfois l’excès de commémorations. Mais commémorer n’est pas répéter. C’est donner un sens. Signeulx n’est pas seulement une bataille parmi d’autres : c’est un avertissement. Ce qui s’est passé là, ce mépris de la vie humaine, se répète aujourd’hui encore, à l’Est de l’Europe ou au proche orient.

Se souvenir, ce n’est pas entretenir une légende dorée, c’est affronter l’histoire. Notre devoir de mémoire est d’abord un devoir d’histoire : restituer les faits, reconnaître les souffrances, honorer le courage des combattants, mais aussi tirer les leçons pour l’avenir.

C’est pourquoi nous nous retrouvons ici. Pour rendre hommage à ces jeunes hommes arrachés à leur terre et à leur famille. Pour rappeler que leur sacrifice ne doit pas être vain. Pour dire que, face à la tentation de l’oubli ou de l’indifférence, nous choisissons la fidélité et la vigilance. À nous de faire en sorte qu’un tel gâchis ne se reproduise jamais. Je vous remercie.“

Merci à Marie-Annick Pellé, Stéphane Baudu pour leur présence et à Joel Garcia-Alvarez pour la mise en contexte historique. Merci à Nicolas Wietrich pour les photos :-)

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