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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Politique

Affaire Brun

Philippe Brun, accusé de « violences », ne pourra pas se présenter à la primaire socialiste. Quelques éléments factuels pour se faire un avis objectif sur cette situation.

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Affaire Brun

Au Parti Socialiste nous avons des instances. Elles ont pris leur décision en conscience et à la quasi unanimité. Je rappelle qu’elles représentent toutes les tendances du parti. Et il est rare que l’on soit tous d’accord. C’est le fonctionnement démocratique d’un parti. je trouve ça plutôt sain.

Dans le doute on croit la parole de la femme qui dénonce une agression. On préserve aussi la présomption d’innocence de l’accusé.

La suspension paraît donc la mesure la plus approprié dans le cas précis. Le dossier aura le temps d’être instruit. Philippe Brun le temps de préparer sa défense. Sa non participation à la primaire est regrettable, mais moins grave que la participation d’une personne suspectée de VSS.

Quelques points néanmoins

  • Ecrire que sa supposée victime “a été licenciée pour faute grave” me paraît hors sujet dans le contexte. On sait que chaque fois qu’une femme dénonce ce genre de fait elles subissent un harcèlement médiatique terrible. Pas sûr que ça aide la défense de Philippe Brun. On pourrait aussi objecter que Philippe Brun a déjà été attaqué pour licenciement abusif et harcèlement moral. Il a négocié à l’amiable avec son ex collaboratrice la fin de cette affaire. Même hors sujet (encore que les faits reprochés sont plus proches dans cette dernière affaire).

  • L’enquête de la Commission contre le harcèlement, les discriminations et les violences a commencé au mois de juillet dernier. Cette commission est composées de camarades bénévoles. Elle auditionne de façon contradictoire et sans la moindre directive des instances du Parti. Leurs travaux sont soumis à une totale confidentialité. Elle met du temps à enquêter (jusqu’à 8 mois). J’ai déjà été interrogé par cette commission, je connais leur professionnalisme.

  • Le Conseil National (CN) et le Bureau National (BN) ne sont pas liés à cette commission qui est totalement indépendante pour protéger les victimes. Il est donc logique que ces institutions n’aient pas été au courant. C’est l’honneur du PS d’avoir une telle commission. Cela évite des catastrophes comme l’affaire Quattennens (entre autres).

  • Le timing interroge oui. Mais le BN devait trancher de toute façon. je crois que l’on peut s’éviter les théories complotistes sur le sujet.

  • Oui il serait utile qu’une plainte soit déposée. Cela permettrait à la justice de trancher. Même si on sait que les dépôts de plaintes dans ce type d’affaires sont rares et que les condamnations le sont encore plus.

6 commentaires

  1. Cléronic

    Je comprends parfaitement les raisons qui ont amenées le Conseil national à prendre cette décision : il y a eu trop d’affaires dans la société et il est insupportable pour les victimes que les agresseurs continuent à sévir. Pourtant, la première règle de la première démocratie moderne a été l’habeas corpus et le droit d’un accusé d’être informé de ce dont on l’accuse. Puis chronologiquement le droit de se défendre. Et plus tard le droit de se défendre. Et enfin le droit à un second procès (ce dernier point n’ayant été acquis aux assises en France qu’en 2000 par la gauche défenseuse des droits humains). Maintenant, le principe de précaution l’emporte sur tout. Je crois qu’un débat profond sur nos valeurs, et notamment ce qui l’emporte sur quoi, serait nécessaire. Car je ne donne pas de leçon, je suis perdu dans ce débat et j’ai besoin qu’une réflexion collective pour me forger de nouvelles convictions, en accord avec mes camardes ou de nouveaux camarades. Si on raisonne en dialectique marxiste, j’ai la thèse, j’ai l’antithèse mais je ne parviens plus à faire la fameuse synthèse qui me permettrait de franchir cet obstacle et de passer à autre chose. HELP ME.

    1. Fred Orain

      Merci de votre message. Il est très instructif. L'échange est nécessaire je crois en cette période sur ce genre de problèmes. En fait cette affaire se heurte au délai de la primaire. L'enquête interne a commencé mais n'a pas eu le temps de s'achever. Il fallait donc trancher. L'habeas Corpus promettait un procès sous trois jours. La complexité du droit et des affaires rend cela bien illusoire aujourd'hui. La Synthèse c'est de faire le choix "le moins pire". Protéger la supposée victime. Permettre à l'accusé de se défendre. C'est ce qui a été fait ici je crois.

  2. Villegp

    C’est normal de choisir le camps de la victime en cas d’hésitation. On a cependant un problème avec la décision du choix le moins pire. Nos règles internes doivent évoluer pour assurer la publicité des risques de sanction et éviter les psychodrames. Dans le 67, nous avons le cas de camarades « exclus définitive de façon temporaire » (toujours pas entendus) et une candidate socialiste aux sénatoriales qui déroule une liste avec des gens de l’UDI et de l’UMP après un vote sur une liste à trous. Nos règles manquent de clarté. Dans un contexte où la coopération avec la société civile est urgente, il faut l’intégrer dans notre fonctionnement. Ces enquêtes doivent être en partie externalisées auprès de partenaires de la société civile, tout comme les formations et le cadre préventif.

    1. Fred Orain

      Il y a un retour d'expérience à faire c'est sûr. Je trouve cependant que cela honore le PS de traiter ces affaires et de ne pas être dans le déni comme d'autres parti C'est forcément douloureux ces histoires mais il faut absolument que ça change. Comment prétendre changer la France si on ne change pas nos propres pratiques ?

  3. Guillaume LAURENT

    Bonjour, Que Philippe Brun soit suspendu à titre conservatoire du PS et du groupe socialiste, c’est une (bonne) chose. En revanche, qu’il soit empêché de participer à cette primaire sans qu’une enquête ait pu aboutir pose question. En réagissant ainsi, le principe de présomption d’innocence risque d’être mis à mal. Ce qui m’interroge également, c’est le calendrier. Si j’ai bien compris, un premier signalement a été effectué en juillet, entraînant la saisine de la commission indépendante du PS, qui n’a pas encore eu le temps de statuer. Puis un second signalement serait intervenu la veille, à dix minutes de la clôture des listes. Dans ce cas précis, ce dernier a pris le pas sur le premier et accéléré sa mise à l’écart. C’est problématique, car on semble réagir dans l’instant, sans laisser le temps à la procédure de se dérouler et au mis en cause de faire valoir sa défense. Je tiens néanmoins à préciser que je considère le travail de cette commission indépendante comme indispensable, et c’est très bien qu’elle puisse exercer sa mission en toute indépendance. C’est précisément pour cela que ses travaux doivent pouvoir se dérouler dans un cadre rigoureux, avec le temps nécessaire à l’examen des faits et au respect des droits de chacun. À mon sens, pour que la parole des femmes victimes puisse se libérer, il faut aussi garantir un traitement sérieux et impartial des signalements. C’est essentiel pour protéger les victimes, mais également pour préserver la crédibilité de leur parole. Une procédure qui ne permettrait pas de distinguer les faits établis des accusations non étayées pourrait, à terme, fragiliser la confiance dans le dispositif de lutte contre les VSS. La procédure doit donc être revue. Je vous rejoins sur la nécessité d’éviter une nouvelle affaire Quatennens, mais cela ne doit pas conduire à faire n’importe quoi. Il faut pouvoir protéger les victimes présumées tout en garantissant une instruction sérieuse, contradictoire et respectueuse des droits de chacun.

    1. Fred Orain

      Bonjour et merci de votre message. L'ensemble du BN a jugé que participer à cette primaire dans ces conditions c'était polluer son déroulement et ne pas permettre à Phillipe Brun de se défendre correctement (ce qu'il a lui-même avoué en conférence de presse). Si les deux commissions ont décidé d'ouvrir une enquête c'est qu'elles estimaient qu'elles avaient suffisamment d'élément pour le faire. J'ai déjà vu des refus d'ouvrir des enquêtes dans ce cadre pour éviter les dérives justement. On a appris qu'il y avait eu un troisième signalement à la CNC (commission nationale des conflits) au mois de juillet aussi. Cette Commission aurait dû prévenir el BN en amont pour qu'il statue. Il semble qu'elle ne l'ait pas fait. C'est une faute dans ce cas. Cela expliquerait le coup de téléphone tardif de la supposée victime.

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