Vidéo La stratégie des États-Unis dans le conflit
Notes prises sur la stratégie américaine dans le conflit : le retour aux fondamentaux du dernier paquet d'aide, la doctrine Monroe, le Rimland — et la dépendance européenne que la guerre installe.

La stratégie des États-Unis dans le conflit
Voici mes prises de notes en vrac (navré)
La visite du président Biden a été l’occasion de détailler le prochain package d’aide militaire à l’Ukraine. Pas d’annonces tonitruantes sur des avions de chasse, pas de nouvelles promesses de chars ou de véhicules blindés.
Mais plutôt un “retour aux fondamentaux” :
- des munitions d’artillerie, le nerf de la guerre,
- des moyens antichars (missiles, du Javelin au TOW pour les Bradleys sans doute),
- des radars de défense aérienne, pour boucher les nombreux trous de la défense ukrainienne.
Washington a des alliés, mais se place résolument en surplomb. Le président Biden est allé seul en Ukraine. Sans la “special relationship” britannique, sans européen.
Les Européens auront toujours besoin, sinon de soldats américains, au moins d’armes et de munitions européennes pour défendre l’Europe. C’est une situation de dépendance, pas d’alliance équitable en fait.
Et en 2024 ???
RAPPEL : Nous n’avons pas réussi à dissuader la Russie d’attaquer.
On a cédé à la Russie en bloquant l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN en 2008. Même année - l’invasion de Géorgie. Aucune conséquence pour Russie. Puis 2014 – impunité ou presque. Dialoguer est considéré par les Russes comme une faiblesse et on a envoyé ce message à maintes reprises, même après les invasions.
Les USA pensent avoir une mission particulière à remplir. C’est la « destinée manifeste ». Peu de pays partagent cette conviction (France, Royaume-Uni notamment).
Leur mode de vie leur apparaît comme la bonne solution pour les problèmes du monde : Capitalisme, libéralisme, consumérisme.
Mais les années Trump ont instillé un doute durable sur la solidité du régime (invasion Capitole).
Les USA doivent absolument retrouver une unité nationale, une cohérence. À ce titre le poison de la propagande russe a été particulièrement efficace. Chez nous aussi d’ailleurs.
« Ces gens-là ont terriblement la manie du commerce » Comte de Vergennes secrétaire d’État des affaires étrangères de Louis XIV.
Les États-Unis constituent leur puissance navale en même temps que celle de l’Allemagne et en concurrence avec le Royaume-Uni. Sa culture géopolitique s’est fondée sur cette opposition à l’Allemagne.
Empire basé sur sa marine depuis Georges Washington (1732-1799). Ce sont les Marines qui assurent la sécurité du président.
Doctrine Monroe 1823 : L’arrière-cour des États-Unis c’est l’Amérique. Interdiction d’action pour les Européens.
Leader malgré eux d’un monde où ils ne veulent pas intervenir (André KASPI). En 1917 ou en 1941 ils interviennent à reculons dans les deux guerres mondiales.
Vainqueur de la première guerre mondiale et renforcé dans sa puissance quand la France et le Royaume-Uni coulent (sans même s’en rendre compte).
1991- 2001 : Hyperpuissance et domination totale avec une avance technologique prépondérante (ex : bombardier furtif). Les USA se contentent de gérer la mondialisation et le fait que les flux commerciaux restent ouverts, persuadés d’en être les bénéficiaires.
Les attaques du 11 septembre marquent la fin de cette illusion d’hyperpuissance. Les interventions en Afghanistan et en Irak sont de cuisants (et coûteux) échecs. La stratégie US peu adaptée aux conflits hybrides et asymétriques.
Maintenant les USA investissent dans les drones et les armes qui permettent d’éviter les coûts en vie humaine. Cette déshumanisation de la guerre permet d’intervenir partout, pour un coût moindre (économique et surtout politique).
2021 : 782 milliards de dollars de budget
2022 : 813 milliards dont 100 milliards pour le dvpmt et la recherche.
Intérêt géostratégique :
- Asie : 40% PIB Mondial
- Europe : 25% PIB Mondial
- Amérique du Nord
- Golfe Persique : 5% PIB Mondial mais 40% des réserves de gaz et de pétrole.
Sécurisation de l’apport énergétique et pays désormais exportateur.
2005 : Import des 2/3 du pétrole et maintenant exportateurs.
Aujourd’hui pour la première fois les USA ont un concurrent qui équivaut à plus de 40% de son PNB. La Chine (puisque c’est elle) peut asseoir sa domination sur la Russie avec le conflit. Cela explique la relative bienveillance vis-à-vis de la Russie (bien plus que la peur hypothétique d’un conflit nucléaire).
Le conflit en Ukraine change la donne : L’Europe devient importatrice de GNL américain à la place du gaz russe (ce qui lui fait perdre en compétitivité au niveau industriel, grosse consommatrice d’énergie).
La mondialisation telle que nous l’avons connue est déjà terminée. Mais il nous faudra du temps pour nous en rendre compte. La fragmentation du monde en blocs énergétiques se met en place. La Russie se tourne vers l’Asie, l’Europe vers l’Amérique. La Russie a été coupée du système SWIFT. Les USA combinent les actions financières, juridiques et technologiques pour défendre leurs intérêts et pour isoler aujourd’hui la Russie, demain la Chine quand les liens vitaux pour l’économie US auront été coupés. L’Europe et la France devraient anticiper ce futur probable.
Inquiétudes :
Déficit commercial de 975 milliards de dollars en 2021
Août 2021 : retrait d’Afghanistan (Viêt-Nam)
Deux façades océaniques.
Jusqu’à Kennedy (1917-1963) les USA se sont plutôt tournés vers l’Europe. À partir de Nixon (913-1994) la bascule s’est opérée vers l’Asie.
Le soutien à l’Ukraine est une revanche de l’US Army (pro Europe) sur la Navy (Pro-Asie).
Carl Schmitt :
- Imperium : Autorité sur le territoire et les populations
- Dominium : Espace de domination possible par la propriété privée.
19e siècle, Nicholas J. Spykman réalise la synthèse entre Mahan et Mackinder. Il insiste sur la concentration des efforts sur le Rimland (« bord du monde »). Il s’agit de la ceinture littorale qui enserre littéralement le Heartland décrit par Mackinder.
Le Rimland présente un double avantage : d’une part, il assure la maîtrise des mers, d’autre part, il permet le maintien de la pression sur le Heartland.
En conclusion, en termes de gestion des espaces maritimes, Spykman appelle les États à s’insérer dans une zone tampon entre les puissances maritimes et les puissances terrestres, à fonctionner de manière amphibie, à se défendre sur terre et mer.
Les États-Unis veulent empêcher le contrôle du heartland par l’Allemagne ou la Russie.
Contrôle du monde par les alliances militaires, le dollar, le droit et les plates-formes numériques.
Maîtrise des mers, de l’air, de l’espace, des datas.
L’OTAN a une nouvelle vie. En juin 2022 le sommet de Madrid définit un nouveau concept stratégique où la Russie est la menace identifiée et où la Chine est évoquée.
Les pays d’Europe se voient dans l’obligation d’augmenter leurs capacités de défense et achètent surtout du matériel américain. (“Clause de solidarité est l’article 5 pas le F35” Parly ministre française de la défense jusqu’en 2022)
Émergence aussi des grands acteurs des réseaux sociaux dans la réalité géostratégique. L’apport de Starlink a été fondamental pour les troupes ukrainiennes. Le retournement pro-russe d’Elon Musk est un réel danger sur le terrain.
Crise institutionnelle aux USA. 20 ans après le 11 septembre il y a une polarisation idéologique.
L’Amérique inquiète, l’American way of life n’existe plus.
Côté français après le désastre d’AUKUS et des sous-marins australiens nous devons trouver notre futur rapport avec les USA.
L’OTAN est désormais indispensable à court terme. La défense européenne est pour l’instant une chimère. Nous avons le deuxième espace maritime mondial et nous sommes dans l’incapacité de le défendre (notamment face à la Chine).
On doit aussi s’appuyer sur l’UE pour empêcher la concurrence US (subvention, extraterritorialité).




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