Jour 213 : « Il n’y aura pas de paix sans défaite russe »
Un détour par le 17 juillet 1940, quand Churchill refuse la paix offerte par Hitler, pour expliquer pourquoi un traité signé avec Moscou n'engagerait à rien : de Munich aux accords de Minsk, en passant par l'Ossétie du Sud et la Transnistrie.

Pour comprendre mon propos je vous propose un voyage dans le temps. Remontons au 17 juillet 1940. L’Allemagne a gagné la guerre, du moins elle le pense. La guerre éclair a mis à genoux la Pologne (avec l’aide de l’URSS), la Norvège, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, la France. Auparavant l’Europe centrale avait été donnée par la faiblesse des démocraties (Anschluss en Autriche, puis Tchécoslovaquie avec le traité de Munich). Italie et Espagne sont des alliés des Allemands ainsi que les régimes fantoches mis en place dans les espaces conquis.
Seul reste le Royaume-Uni. Les États-Unis n’envisagent pas une entrée en guerre. Churchill se retrouve seul face à une Europe totalement dominée par Hitler avec le soutien de Staline. Les démocraties paraissent moribondes.
Miracle donc le 17 juillet. Hitler propose une paix unilatérale. Sans aucune exigence. Nos plateaux télés auraient existé à l’époque, nul doute que l’ensemble des commentateurs (certains les appellent éditoriales voire pire « experts ») aurait sauté sur l’occasion pour hurler à la paix.
Pourtant Churchill refuse. Il a refusé d’ailleurs la même proposition un an plus tard (le 10 mai 1941) alors que la situation n’était pas meilleure.
Pourquoi ce refus ? Parce que Churchill savait qu’une paix avec Hitler n’avait aucune valeur. Un traité signé avec lui n’engage en rien. Cet homme conchiait les normes internationales, les règles du jeu. Il s’amusait de la naïveté de nos démocraties et s’étonnait de la facilité avec laquelle nous avions pu abandonner nos alliés à Munich.
Poutine n’est pas Hitler mais il partage cette indifférence totale par rapport aux règles établies. Il a bafoué de nombreux traités et la parole de la Russie en tant qu’État n’a plus de valeur. Signer avec la Russie en forçant l’Ukraine à concéder des territoires (Crimée ? Donbass ? Ligne de front actuelle ?) c’est lui donner carte blanche pour recommencer plus tard. C’est ce qui s’est passé avec les accords de Minsk mais c’est aussi ce qui se passe en Ossétie du Sud, en Abkhazie, en Transnistrie par exemple. Au moins nous gagnerions un conflit gelé pendant quelque temps. Le temps que la Russie se prépare à nouveau à repousser ses limites. Nous donnerions l’assurance que les règles internationales ne sont pas valables pour tous et que la loi du plus fort est une fatalité. Comme le disait Churchill justement « nous aurions le déshonneur et la guerre à force de vouloir l’éviter ».
Les États-Unis semblent l’avoir compris (« On ne peut pas laisser Poutine s’en tirer comme ça » déclare le Secrétaire d’État américain, Antony Blinken.), les pays d’Europe de l’Est le savent par leur vécu (les forces russes ont quitté les pays Baltes en 1994 seulement, la Moldavie reste en partie occupée, inutile de citer l’exemple polonais). La France et l’Allemagne restent Munichois dans l’âme.
Pas par intérêt supérieur de l’État ou parce qu’en étant plus loin du conflit nous aurions une vision plus claire. Mais avant tout par lâcheté. L’idée d’une « grande nation » qui conquiert de petites que l’on peine à situer sur la carte ne nous est pas indifférente. Notre pays glorifie toujours Louis XIV et Napoléon après tout.
Ces deux derniers jours :
L’armée russe mobilise. Les gouverneurs font du zèle, surtout en Asie. Cela permet à Poutine de faire un nettoyage ethnique en ayant plus de soldats. Gagnant-gagnant comme dirait Ségolène Royal.
Les images de cette mobilisation font rire ou pleurer (au choix) : Alcoolisme, bagarres, insoumissions, matériel obsolète ou en très mauvais état, des « casernes » où on pose juste des lits en forêt. L’armée russe voulait se professionnaliser, elle a perdu un bon nombre d’équipements qui étaient nécessaires à une mobilisation quasi générale. Ces soldats vont recevoir une formation de deux semaines avant d’être envoyés sur le front. Clairement ils sont utilisés comme chair à canon. Certains l’ont déjà compris. Les autres répètent la propagande avec plus ou moins de bonne volonté.
Dans le même temps nous recevons des images des « référendums » fantoches avec de nombreuses tricheries en tout genre. Elles sont habituelles en Russie mais là elles poussent à l’absurde le plus total. À noter que certains Français sont quand même partis sur place pour les faire valider. Nous avons une réelle faculté à avoir des Brasillach, Laval ou Bousquet à toute époque.
Certains Russes choisissent la fuite. Les autorités locales annoncent que les passages frontaliers vers la Finlande et la Géorgie, la Mongolie au départ de la Russie se sont intensifiés. Les avions pour Istanbul sont complets malgré des tarifs prohibitifs.
Sur le front :
L’armée ukrainienne a gardé un peu d’élan à l’Est d’Izium. Cette progression est plus lente mais le « nettoyage » est fait directement. Elle est donc consolidée. Elle cherche contournement de la ligne de défense russe sur la Krasna. Cela permettrait une série d’actions futures, vers Lyman, Severodonetsk mais aussi Svatove, plus au nord. Cependant cette stratégie est mise en péril par une contre-attaque russe sur Kupiansk qui montre que le front est consolidé. Les forces ukrainiennes peinent à garder des positions à l’Est de l’Oskil (à Dvorichna ou à Petropavlivka par exemple).
Sur le front de Kherson, Poutine aurait refusé un retrait organisé de ses troupes (là aussi ça rappelle le petit brun allemand) proposé par les militaires. La réponse a été une nouvelle purge et le maintien des troupes. À voir si la défense peut tenir. Cela conforte néanmoins la stratégie ukrainienne d’isolement et de pourrissement du conflit dans cette zone.




Réagir à cet article