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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Ukraine

Jour 86 : « La difficile mue de l’Union européenne »

De l’échec de la CED en 1954 au veto turc sur les candidatures finlandaise et suédoise, l’histoire d’une puissance commerciale restée un nain militaire. Le sommet des 30 et 31 mai promet un budget d’armement commun, mais laisse intacte la règle de l’unanimité.

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L’Union européenne est la plus grande puissance commerciale du monde, et de loin. Mais elle est un nain politique et militaire. Ce n’est pas nouveau, mais ça peut changer.

L’Europe a dominé le monde par l’intermédiaire de ses nations depuis 4 siècles. Espagne et Portugal aux XVI et XVIIème siècles, France au XVIIIème, Grande-Bretagne au XIXème. Les deux guerres mondiales ont changé la donne. Dur d’admettre que l’on ne peut plus dominer seul désormais. Chacun de ces pays vivant souvent dans le mythe d’une puissance perdue (Victoria, Napoléon, Charles Quint…) et souffrant souvent d’un complexe de supériorité déplacé.

Les deux guerres mondiales ont changé la donne. En 1945 la domination des deux grands ne souffrait d’aucune contestation. L’Europe se coupe en deux.

L’Europe de l’Ouest, dominée par les USA se doit de s’unir pour résister au bloc soviétique. Les USA conditionnent l’aide du plan Marshall à un début d’union politique nécessaire pour se répartir cette aide. L’URSS pille de son côté les territoires conquis (surtout la RDA) pour se rembourser « sur la bête ». Cette différence de traitement entre les deux Europe se ressent encore aujourd’hui.

En 1950 c’est l’économie qui est choisie pour unifier le continent. La Communauté Économique du Charbon et de l’Acier (CECA) est censée empêcher les pays de pouvoir se faire la guerre à nouveau en rendant interdépendants les pays entre eux. Et 70 ans plus tard, c’est une réussite. Mais dès cette époque le projet ultime c’est de réaliser une union complète de ces pays. Des « États-Unis d’Europe », le rêve de Victor Hugo exprimé dès 1849 au Congrès International de la paix à Paris.

La guerre froide va apporter une occasion inespérée de franchir le pas rapidement. La guerre de Corée (1950-53) oblige les États-Unis à renforcer leur effort de guerre en Asie au détriment de l’Europe. Ils souhaitent donc favoriser le réarmement allemand. Chose inacceptable pour les Français, la seconde guerre mondiale est encore dans toutes les mémoires. Pas de panique, la France trouve une solution alternative. René Pleven propose à ses partenaires européens la création d’une Communauté européenne de Défense (CED). Une armée unique européenne composée de contingents issus des pays membres qui évite la création d’une armée allemande autonome. À la surprise générale les Allemands acceptent mais aussi les Italiens et le Benelux. Tout le monde ratifie le traité sauf la France et l’Italie.

Car le contexte change, en 1953 Staline meurt, la guerre de Corée se termine. On pense à une détente. L’urgence est moins présente. Les Gaullistes s’opposent à cette armée. Ils trouvent comme alliés le pacifisme (et le stalinisme) du PCF de l’époque. L’image d’une nouvelle armée allemande fait mouche dans l’esprit des Français.

Moins de 10 ans après la seconde guerre mondiale c’était sans doute trop tôt. L’Union de l’Europe occidentale (UEO) créée en remplacement est une coquille vide. L’Allemagne n’aura pas de grande armée mais aura des bases militaires et des missiles nucléaires (euromissiles) américains sur son sol pour contrer les SS-20 soviétiques. L’UE se développe dans d’autres secteurs (économie, culture etc.). Une brigade franco-allemande est créée en 1989 mais elle ne possède que 5600 hommes. On est dans le symbolique donc. L’Eurocorps créé en 1992 possède lui 6 États membres et jusqu’à 60 000 hommes en théorie c’est encore peu. La « Politique étrangère et de sécurité commune » est bien créée elle aussi par le traité de Maastricht en 1992 mais elle aussi aura peu d’impact car est basé sur l’intergouvernementalisme, ce qui signifiait l’unanimité au sein du Conseil, et peu d’implication des autres institutions.

À la chute du mur en 1989 et après la désintégration de l’URSS (1991) l’idée d’une guerre en Europe paraît s’éloigner. Pourtant la guerre de Yougoslavie (1991-2001) aurait dû servir de rappel. En plein cœur de l’Europe les Balkans s’embrasent. Les États-Unis souhaitent que l’UE gère la situation elle-même. Elle s’en montre bien incapable. Les accords de Dayton ont mis fin au conflit en Croatie et Bosnie sous l’égide des États-Unis en 1995. La guerre du Kosovo (1998-1999) fut l’affaire de l’OTAN et a créé une rancœur tenace en Serbie et en Russie sur l’impérialisme américain. C’est de là que naît le sentiment d’être assiégé et menacé par l’OTAN. La situation en Bosnie, Serbie, Kosovo et Macédoine reste encore instable aujourd’hui. Rien n’est réellement réglé.

L’UE se contente des interventions américaines. Elle a du mal à adopter une position commune, se concentre sur son élargissement à l’Europe centrale et à l’Europe de l’Est. Cela lui permet en outre de ne pas dépenser pour sa propre armée. Pourtant, depuis plus d’une décennie, les États-Unis répètent que leur intérêt stratégique repose désormais en Asie de l’Est (Chine/Taïwan/Japon/Corées) et que l’UE se doit de se défendre seule. Las, les États membres de l’UE dépensent moins de 2% de leur PIB dans le domaine militaire. On refuse de voir la Russie comme un ennemi.

Les guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2009) ne sont pas une alerte, c’est une affaire intérieure russe et la lutte contre l’islamisme commune aide à fermer les yeux sur les exactions russes dans ce conflit. Celle contre la Géorgie (2008) a créé un choc. Mais c’est la Géorgie qui a cherché à recouvrer ses territoires. Ce conflit est un des nombreux conflits « gelés » depuis 1991 et chacun a intérêt à ce qu’ils le restent. Le traité de Lisbonne (2007) a bien créé un « Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité », dont le titulaire devient par Vice-président de la Commission européenne, mais qui connaît Josep Borrell ? La règle de l’unanimité au conseil de l’UE reste, paralysant toute action.

L’invasion de la Crimée et du Donbass en 2014 marque un réel réveil devant le danger russe. Pourtant rien ne changea dans nos pratiques. Le complexe d’infériorité face à l’armée russe est trop puissant. Et puis finalement la partition de l’Ukraine avec la majeure partie qui bascule du côté occidental n’est pas une mauvaise affaire. On ferme la porte à l’UE et à l’OTAN pour ne pas vexer la Russie. On condamne la Russie mais on ne change pas réellement de politique.

En 2022, le choc est brutal alors qu’il était tellement prévisible. Et comme d’habitude l’Europe se construit dans les crises, de manière un peu erratique. Les réponses économiques ont été rapides car prévues. Elles ont été sans doute beaucoup plus fortes que prévues par la Russie. Mais tout reste à faire en termes de défense. Les difficultés liées aux vetos turcs et croates sur l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN marquent la nécessité d’avoir une défense commune au-delà de l’OTAN. Certains pays (notamment le Royaume-Uni, les pays scandinaves et la France) ont assuré la Finlande et la Suède de leur assistance militaire en cas d’attaque russe, mais c’est bien évidemment insuffisant.

Lors du sommet européen de février à Versailles, les dirigeants européens avaient demandé à la Commission un état des lieux et des propositions sur le thème de la défense. Ces conclusions vont être rendues les 30 et 31 mai prochains. Josep Borrell et Thierry Breton vont appeler à la « préférence européenne ». Un budget commun va être créé pour soutenir les industriels de l’UE et pour des achats ciblés d’armements destinés à protéger l’UE dès 2023-24. Mais toujours aucune solution pour contrer le problème de l’unanimité. Pourtant si on cumulait toutes les armées de l’UE cette armée serait de taille à lutter contre la Russie, largement. Le matériel est désormais plus proche avec les normes communes de l’OTAN, les pays ont l’habitude de travailler ensemble. Une organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAr) a été créée dès 2001. Finalement il ne manque que le courage politique. Mais qui ose encore parler d’intégration européenne aux citoyens ?

PS : Des publications plus courtes ce week-end sans doute, Vitiloire 2022 et les amis qui vont avec seront prioritaires ;-)

Situation sur le front.

  • Russie :

o La Russie affirme avoir commencé à utiliser en Ukraine le prototype d’une nouvelle arme laser capable d’atteindre une cible située à 5 kilomètres.

o La croissance du PIB russe a ralenti au premier trimestre. Les analystes prévoient une contraction marquée au second. Sur l’ensemble de l’année, le recul est estimé entre 8 % et plus de 10 %, selon les estimations.

o Moscou a annoncé aujourd’hui l’expulsion de cinq diplomates portugais.

o Moscou semble avoir entamé une purge au sein du commandement militaire, selon le ministère de la défense britannique.

o Un responsable américain de la défense anonyme a rapporté que les forces russes avaient encore 106 BTG opérant en Ukraine, mais avaient dû en dissoudre et en combiner certains pour compenser les pertes.

  • Biélorussie : Dernier pays d’Europe à encore appliquer la peine de mort, la Biélorussie l’a introduite pour la préparation d’attentat ou la « tentative d’acte de terrorisme », selon un décret publié mercredi 18 mai, cité par les agences russes. La Biélorussie achète des systèmes antiaériens S-400 et des missiles Iskander à la Russie.
  • Kyiv : Au deuxième jour d’audience, le parquet a requis la peine maximale pour Vadim Chichimarine qui, le 28 février, a abattu Oleksandre Chelipov, un homme de 62 ans, dans le nord-est du pays. L’accusé, qui reconnaît les faits et a dit avoir obéi à un autre militaire russe, n’a pas réagi à ce réquisitoire. L’audience a ensuite été suspendue et reprendra demain avec la plaidoirie de son avocat.

Les Ukrainiens ont enfilé, jeudi, leurs chemises brodées pour une journée de célébration annuelle de ce vêtement traditionnel, symbole de l’unité et « arme culturelle » contre l’invasion russe. Connue sous le nom de « vychyvanka », cette chemise ample brodée dont chaque région du pays possède ses propres motifs et techniques, est revenue à la mode depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014.

Un missile russe a été abattu ce matin dans la région de Kiev

  • Ouest : Rien de notable
  • Centre : Rien de notable
  • Nord : Rien de notable
  • Kharkiv : La statue d’Alexandre Nevsky, prince de la Russie des tsars adulé pour ses victoires militaires, a été déboulonnée par des Ukrainiens. Les troupes russes tentent de se maintenir sur leurs positions et essaient de lancer des contre-attaques pour reprendre le contrôle des localités qui ont été récemment reprises par les forces armées ukrainiennes. Sans succès pour l’instant. Les responsables militaires ukrainiens ont signalé que certaines troupes russes retirées de l’axe de la ville de Kharkiv se sont redéployées dans l’ouest de l’oblast de Donetsk.
  • Autour de Sloviansk : D’après le compte rendu quotidien des militaires ukrainiens, « l’ennemi a intensifié ses attaques et tentatives d’assaut pour améliorer ses positions tactiques » dans le Donbass, dans l’est du pays.

o Izium : Au sud-ouest d’Izium les forces russes ont tenté des opérations de combat dans la région de Velyka Komyshuvakha, elles ont subi des pertes et ont dû se retirer.

o Severodonetsk : les troupes russes ont capturé le village de Shchedryshcheve directement au Nord et adjacent à la ville. Au moins douze personnes ont été tuées et quarante autres ont été blessées jeudi dans des bombardements sur la ville. Au sud de Severodonetsk, les forces russes ont tenté des opérations d’assaut dans la région d’Ustynivka. Toshkivka est partagée entre Russes et Ukrainiens.

o Popasna : Druzhba capturée par les forces russes (Ouest Popasna). Il y a des combats dans/autour de Trypillya, Komyshuvakha, Troits’ke.

o Lyman : Bombardements intensifs toute la journée.

  • Marioupol : 1 730 militaires ukrainiens d’Azovstal se sont rendus depuis lundi, selon Moscou. Sviatoslav Palamar, commandant adjoint du régiment, a affirmé dans une vidéo qu’il se trouvait toujours dans l’usine avec le reste du commandement. Il a également affirmé qu’une « opération » était en cours, refusant de donner plus de détails.
  • Zoporijia, Donetsk : Le vice-premier ministre russe, Marat Khousnoulline est en déplacement dans la région de Zaporijia, tenue par les forces russes. « Je considère que l’avenir de cette région est de travailler au sein de l’amicale famille russe. C’est pour ça que je suis venu, afin d’aider au maximum à l’intégration ». Dans la direction d’Avdiyivka, les troupes russes ont mené un assaut dans la région de Novobakhmutivka. À l’Ouest d’Horlivka, attaque sur Oleksandropil.

Dans la direction de Kurakhove, les troupes russes ont utilisé de l’artillerie et des systèmes de lance-flammes lourds ont tenté de mener une offensive près de Stepne, Slavne et Maryinka

  • Kherson : Les troupes russes ont bombardé Velyka Kostromka à deux reprises
  • Crimée : Rien de notable
  • Odessa : Les forces russes renforcent leur présence navale autour de Snake Island pour fortifier leur groupement sur l’île avec deux détachements de navires de guerre et des missiles de croisière.

Occident :

  • USA : Un programme d’aide de 40 milliards de dollars à l’Ukraine a été adopté par le Sénat avec un soutien bipartisan. Il va maintenant au président Biden et porte l’engagement de l’Amérique à près de 54 milliards de dollars.
  • USA : Après une série d’échecs, l’US Air Force annonce le succès d’un essai du missile hypersonique AGM-183A
  • Le réseau social Twitter a annoncé, jeudi, qu’il allait apposer des avertissements sur certains messages manifestement trompeurs sur la guerre en Ukraine, dans le cadre d’une nouvelle politique sur la désinformation en temps de crise.
  • L’Australie enverra en Ukraine 14 véhicules blindés de transport de troupes M113 et 20 véhicules blindés “Bushmaster” pour repousser l’offensive russe. Le coût des véhicules est de 60,9 millions de dollars. L’Ukraine recevra également 60 palettes de fournitures médicales données par des citoyens australiens.

UE :

  • France : Des pièces françaises de février 2022 ont été trouvées sur un Orlan-10 russe. Des représentants du cinéma ukrainien ont demandé aujourd’hui à Cannes l’exclusion totale des films russes à l’international. “Êtes-vous prêts à effacer Tchekhov, Dostoïevski, Tolstoï et d’autres génies russes ?”, a réagi le cinéaste russe Kirill Serebrennikov, après que des représentants du cinéma ukrainien ont demandé l’exclusion totale des films russes du festival. Le réalisateur a toutefois dit “comprendre” cette demande.
  • UE : Lors d’un sommet en février à Versailles, les dirigeants européens avaient demandé à la Commission un état des lieux et des propositions. La copie sera sur leur table pour le sommet extraordinaire convoqué les 30 et 31 mai. Josep Borrell et Thierry Breton appellent à la “préférence européenne”. Les dépenses de défense des pays de l’UE ont augmenté de 20% entre 1999 et 2021, quand leur croissance a été de 60% aux États-Unis, de 292% en Russie et de 592% en Chine, a souligné la Commission. La Commission propose de créer des incitatifs financiers avec le budget commun pour soutenir les industriels de l’UE. Si les dirigeants acceptent, un instrument sera créé “d’ici l’été” doté de 500 millions d’euros pour la période 2023 et 2024 pour des achats “très ciblés” d’armements destinés à protéger l’UE. Il est appelé par la suite à financer des achats groupés.
  • UE : plan baptisé RePowerEU - «redonner de la puissance à l’Europe». 210 milliards d’euros d’investissements publics et privés d’ici à 2027. Ce montant serait financé, en partie, par des redéploiements dans le budget européen, notamment pris sur la politique agricole (PAC) et les fonds de cohésion. Les États membres auraient aussi «la possibilité d’amender leur plan de relance respectif pour créer un chapitre RePowerEU». La Commission propose toutefois de dégager 20 milliards d’euros de recettes nouvelles en mettant aux enchères des permis de polluer qui avaient été mis de côté.
  • Pour ne plus dépendre d’hydrocarbures russes, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Belgique veulent multiplier par quatre leur capacité totale dans l’éolien en mer d’ici 2030, et par dix d’ici 2050.
  • Le Parlement européen approuve la suspension des droits d’importation sur les exportations ukrainiennes vers l’UE pendant un an.

OTAN :

  • Des militaires du 31e régiment du génie à Castelsarrasin vont construire un camp de l’Otan en Roumanie. La France a déployé en Roumanie, où elle agit en nation-cadre des forces de l’Otan, un système de défense sol-air de dernière génération face aux menaces que fait peser le conflit en Ukraine, a indiqué jeudi 19 mai l’état-major des Armées.

“un lanceur suédois Pansarskott 86 (AT-4) a explosé dans le camion d’une voiture civile non pas en Ukraine mais à Mytishchi, en Russie.”

Il a été pris sur les champs de bataille de l’Est de l’Ukraine, peut-être comme souvenir ou pour la vente.

  • Kharkiv : Les troupes russes tentent de se maintenir sur leurs positions et essaient de lancer des contre-attaques pour reprendre le contrôle des localités qui ont été récemment reprises par les forces armées ukrainiennes. Sans succès pour l’instant. Les responsables militaires ukrainiens ont signalé que certaines troupes russes retirées de l’axe de la ville de Kharkiv se sont redéployées dans l’ouest de l’oblast de Donetsk.

Des traces satellites des combats sur la rive Est du Donets, mais toujours pas d’image.

La Russie passerait par le Kazakhstan pour s’alimenter en pièces étrangères malgré les sanctions.

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