Ukraine: "Et maintenant ?"
Au lendemain de l'agression de Zelensky à la Maison-Blanche : pourquoi c'est un retournement d'alliance et non un changement de priorités, ce que la France peut faire tout de suite, et ce qu'il faut bâtir ensuite.

Ukraine : “Et maintenant ? Que vais-je faire ?”
🔸 Au lendemain de l’agression de Zelensky à la maison blanche par Trump et Vance il faut passer le choc et remettre les neurones en route.
La France par sa politique historique gaullienne est sans doute mieux préparée mentalement et militairement que les autres pays européens à ce retournement d’alliance. Car c’en est un. Ce n’est pas seulement un “changement des priorités des USA” comme je peux le lire chez certains éditorialistes (les mêmes qui disaient que la Russie n’envahirait pas l’Ukraine).
Continuer de considérer les USA comme des alliés aujourd’hui c’est faire preuve de naïveté. Ils étaient déjà de féroces concurrents commerciaux jouant (et abusant des règles). Ils étaient aussi de grands espions de nos données mais dans les moments les plus critiques ils restaient de notre côté pour éviter le pire. Ce temps est révolu. Et pour longtemps. Car si la démocratie est mal en point après deux mois de Trumpisme je ne suis pas sûr du tout qu’elle existe encore dans 4 ans.
🔸 Refaire les mêmes erreurs, toujours.
Ce qui est rageant c’est que nous faisons invariablement les mêmes erreurs. On fait la même erreur qu’avec Poutine. On pose une rationalité́ sur leurs agissements. Or la rationalité́ de Trump ou de Poutine n’est pas la même mais elle a sa logique. Une logique que l’on ne veut pas voir parce qu’elle nous fait peur. Quand Trump dit qu’il veut annexer le Groenland par exemple, ce n’est pas du bluff pour faire un deal, c’est juste vrai. C’est la loi du plus fort qu’il veut imposer. Parce que c’est possible. Parce qu’objectivement tant que l’Europe n’existe pas en tant que force géopolitique elle ne peut empêcher qu’un de ses états membres se fasse annexer une partie de son territoire.
🔸 Et il y a plus grave…
Trump n’est qu’un symptôme d’un phénomène bien plus grave. Les États-Unis abandonnent l’Europe parce qu’ils le souhaitent sincèrement. Ils défendent leurs intérêts immédiats (« America First »). L’Ukraine n’en est pas un. Et c’est aussi de notre faute de ne pas le comprendre. Il est évident que pour bon nombre d’Etats-Uniens ça n’est pas un sujet.
Ce qui est valable aux USA l’est même aussi pour certains de nos compatriotes plus inquiets de la fermeture de C8 que des grands équilibres géopolitiques mondiaux. Ce sont sans doute les mêmes qui hurleront de ne pas avoir été suffisamment prévenus ensuite, mais il sera trop tard.
Les Etats-Unis renoncent au rôle de gendarme du monde. « Rendre l’Amérique grande à nouveau » (MAGA) pour beaucoup c’est avant tout ne plus s’occuper des problèmes du monde pour s’occuper d’abord de soi. Contrairement à ce que beaucoup d’Européens pensent (notamment les campistes d’une certaine gauche), les USA rechignent souvent à l’impérialisme. Oui ils sont intervenus souvent à tort et à travers sur le globe poussés par leur exécutif mais la population elle est peu concernée par les affaires internationales. Il a fallu attendre 1917 pour que les USA entrent dans la première guerre mondiale. Il a fallu une attaque sur leur sol le 7 décembre 1941 pour qu’ils s’engagent dans la seconde.
🔸 Et s’il n’y avait que les USA encore…
Nous ne sommes pas à l’abri de cette volonté autarcique et de cette cécité aux grands enjeux du monde. J’ai cherché les réactions de Bardella ou de Marine Le Pen depuis hier soir. Sans succès évidemment.
L’absence de réaction nette du Royaume-Uni ou le message d’Emmanuel Macron se contente simplement de continuer à soutenir l’Ukraine. C’est gentil. Mais c’est bien léger pour ces deux puissances nucléaires ayant le droit de veto au conseil de sécurité de l’ONU. On va bâtir une défense commune sur ces sables mouvants ?
Le soutien d’Orban à Trump était attendu mais l’attitude ambiguë de Meloni est largement inquiétante. Les pays européens sont gangrénés par des partis qui sont fondamentalement prêts à pactiser avec Trump et Poutine. Le culte de la force, de la violence a toujours un impact fort pour eux. La démocratie est perçue comme un régime faible. Ils sont fascinés et complices de la destruction possible de l’État de droit qu’ils souhaitent. La droite « classique » se gargarise de la « fermeté » d’un Retailleau qui a remis en cause ce même état de droit.
Ce soutien repose sur les mêmes bases que dans les années 1930. Le mépris des élites, la manipulation des médias (la presse et la radio hier, la télévision et les réseaux aujourd’hui). L’Etat paraît faible, inadapté, lent dans ses réponses. Et sans argent donc sans moyens aussi. La violence de Trump et de sa politique est perçue comme une fatalité.
🔸 C’est le moment.
C’est dans les grands moments que l’on voit les grands hommes. Zelensky en est un assurément. Mais chez nos dirigeants qui osera frapper du poing sur la table et se lancer dans une politique ambitieuse et forte ? Qui saura emmener son peuple ?
Parce que ne pas agir c’est déjà faire un choix. Bien sûr faire autre chose demande du courage politique et un langage de franchise envers son peuple. Vous voulez garder votre mode de vie ? Vous voulez continuer à consommer et avoir un pays en paix ? Il faudra le défendre car aujourd’hui votre mode de vie est sérieusement menacé. Vous ne voulez pas le défendre, vous le perdrez. Vous voulez le défendre, il faudra faire des sacrifices.
Attendre que les choses changent ne fera que subir une situation de plus en plus défavorable. Feindre de croire que les Empires Etats-Uniens, Russes ou Chinois vous laisseront tranquille si vous ne dites rien est idiot. L’Europe est un enjeu. Une zone riche, le premier marché commercial au monde, et sans défense.
🔸 Ce qu’il faut faire maintenant.
Si l’Europe et la France veulent exister elles doivent agir et sortir du déni et de la tétanie.
Voici en vrac quelques pistes qui doivent être portées politiquement de manière forte. Le plus tôt possible :
- No fly zone : France et Royaume-Uni doivent assurer une défense du ciel ukrainien.
- L’Allemagne doit participer au financement et à la montée en charge de la production de munition et de matériel.
- Interdire la navigation sur la Baltique aux bateaux hors UE. Création de nouveaux câbles sous-marins de transfert de données sécurisés.
- Nous devons créer un nouvel OTAN sans les Etats-Unis. Ce nouvel OTAN serait constitué principalement par la France et le Royaume-Uni, l’alliance des pays scandinaves, l’alliance des pays d’Europe Centrale et orientale volontaires. Le Canada. Australie, Nouvelle-Zélande, Corée du Sud et Japon s’ils le souhaitent.
- Créer un Schengen militaire pour permettre le déplacement des troupes et du matériel sans contrainte.
- Lutter réellement contre la propagande sur les réseaux. Fermer si besoin ces réseaux s’ils ne permettent pas une régulation correcte.
- Exemption du budget de la défense des 3% de déficit. Augmenter le budget de la défense à 5%.
- Annoncer une aide pérenne pour l’Ukraine jusqu’à la fin du conflit basée sur l’utilisation massive des fonds russes gelés (200 milliards de dollars a minima)
- Rompre les relations diplomatiques avec la Russie et la Biélorussie.
- Interdire l’achat de gaz russe.
🔸 Ce qu’il faut faire à plus long terme :
- Nos capacités industrielles doivent être souveraines au niveau européen (donc sans composants US).
- Relancer massivement la production militaire. Lancement du blindé européen et de l’avion de 5e génération européen. Développer de grandes usines de production de munition en Europe Centrale et Orientale.
- Terminer le plus vite possible la via Baltica
- Accélérer le plus possible l’adhésion de l’Ukraine et de la Moldavie.
- Renforcement massif des frontières avec la Biélorussie et la Russie.
- Création d’un bouclier aérien commun sur des bases technologiques européennes (dôme de fer).
- Rechercher de nouvelles alliances : Inde ?
- Exclure de l’UE si nécessaire les pays collaborateurs avec la Russie Hongrie, voire Slovaquie. Bloquer l’adhésion de la Serbie tant qu’elle ne sort pas de la corruption endémique et de sa position ambivalente. Accélérer l’adhésion des autres pays des Balkans pour stabiliser la zone.
- Créer un porte-avions de nouvelle génération (PANG) européen.
Nous connaissons les enjeux et les moyens. Maintenant il faut du courage et de l’action.




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