Situation le 28 au soir
Une dépêche de RIA Novosti publiée par erreur révèle le plan initial : une guerre éclair achevée le 26 février et une « Nouvelle Russie » annexant Biélorussie et Ukraine. Elle était rédigée le 19 février.
Les évènements semblent trouver une logique ce soir. Une fuite sur un article de l’agence de presse RIA Novosti (https://www.bbc.com/news/technology-60562240) révèlerait le plan initial de Moscou. Une guerre éclair qui devait se terminer le 26 février dont l’objectif était de créer la “Nouvelle Russie” en annexant la Biélorussie (ou Bélarus) et l’Ukraine. L’article a été rédigé le 19 février.
Ça donne un peu de logique dans ce flot d’informations. L’objectif avait des raisons pratiques évidentes. Une victoire rapide, peu de dégâts, une opinion internationale complètement estomaquée par l’audace de Poutine. Le Kremlin savait que la guerre serait impopulaire auprès de “frères” slaves. Il fallait faire vite. Cela explique aussi l’impréparation visible des troupes et surtout de la logistique russe dans ce conflit beaucoup de soldats ne savaient pas où ils partaient et pourquoi.
Une fois l’échec avéré il n’est plus possible de revenir en arrière. On est face à un problème psychologique de Poutine qui a récemment coupé tous les garde-fous possibles pour lui dire la vérité sur son pays et ses troupes.
Sur le terrain nous avons donc de petits détachements et unités de reconnaissance sans soutien logistique ni même l’assurance d’un soutien aérien. L’idéal pour la résistance/guérilla ukrainienne. À l’inverse aux frontières nous avons d’immenses colonnes de blindés qui feraient des cibles de choix si l’aviation ukrainienne arrivait à se recomposer. Et ce soir elle possède 70 chasseurs de plus donnés par les pays d’Europe centrale.
Ne pouvant reculer Poutine accentue la pression sur l’Ukraine en faisant arriver des renforts (Biélorussie, Koursk), bombardant les civils à Kharkiv et à Kiev. Ce faisant il pousse l’UE à être plus soudée que jamais. Il menace alors les pays qui donnent de l’aide à l’Ukraine… Entrainant une demande de la Finlande de rentrer dans l’OTAN. À chaque bravade russe, l’opposition est plus forte.
Le régime russe a clairement sous-estimé la résistance qu’il aurait en face. Il a dû se convaincre lui-même de son propre discours sur le fait que les russophones d’Ukraine seraient russophiles. Ce qui n’est pas le cas loin de là. Kharkiv est LA ville russophone d’Ukraine (si on excepte la Crimée) et c’est elle qui résiste avec le plus de vigueur. Ce type d’erreur est typique des régimes dictatoriaux puisque les généraux qui s’opposent et veulent éclairer la décision du dirigeant risquent gros.
Attention néanmoins, une grosse partie de l’armée russe n’est pas encore entrée dans le conflit. Et personne en Russie ne semble en situation de raisonner Poutine. Les tirs de missiles balistiques se sont multipliés (une centaine d’Iskander lancés), les premiers bombardiers Su-34 ont fait leur apparition dans le ciel ukrainien. Poutine est capable de raser une ville. Il l’a déjà fait à Grozny. Des bombes à sous-munitions ont été utilisées dans les quartiers civils marquant là aussi une escalade. Ces armes sont interdites pour cet usage car elles font l’effet d’un tapis de bombes non discriminant. L’inverse donc d’une frappe dite “chirurgicale”.
Dans le camp occidental on ferait bien de ne pas crier victoire trop tôt. Les sanctions économiques sont une réussite et font très mal (cela donnerait presque des idées pour chasser les paradis fiscaux au passage). La solidarité européenne a progressé plus en deux jours que dans les 20 dernières années. Mais même si elle patine l’armée russe avance. Elle se réorganise. C’est une machine lourde qui devrait monter en puissance (et en destruction). Les premiers pourparlers laissent de l’espoir car ils ont montré des revendications finalement pas si importantes de la Russie (ne réclamant pas le Donbass par exemple). Un second round est prévu prochainement. Nul doute que Poutine voudra une victoire majeure d’ici là (prise de Kiev, Kharkiv ou Marioupol).
La belle solidarité occidentale se voit aussi entachée par le sort réservé aux étudiants africains bloqués à la frontière par les garde-frontières polonais. Notre propre générosité nous renvoie en miroir notre indifférence aux réfugiés des autres pays du monde. On détruit des tentes ici (à Calais) pour en envoyer d’autres ailleurs (en Moldavie).
Chacun y trouvera sans doute une raison plus ou moins valable mais au fond de soi, on se doute bien que le raisonnement sera sans doute bancal.




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