Jour 53 : « L’armée russe, un colosse aux pieds d’argile »
Trois millions d’hommes mobilisables, 62 milliards de dollars de budget, des bases de l’Abkhazie au Mali : la masse de l’armée russe masque un recrutement en panne, une corruption endémique et 20 300 morts en sept semaines.

L’armée russe est monstrueuse par sa taille. Plus de 3 millions d’hommes disponibles (contre plus de 5 millions en 1989), plus de 700 000 actifs (dont 200 000 hors du pays) avec plus d’un million de réservistes. Néanmoins l’armée russe peine à recruter aujourd’hui. Ce sont les jeunes des régions pauvres qui s’engagent pour un salaire à peine supérieur à 430 € qui font l’essentiel des troupes. Un salaire enviable pour ces régions mais pas forcément suffisant si on a un réel risque de se faire trouer la peau. Reste à mobiliser les conscrits. L’armée le fait déjà de manière officieuse en forçant à la signature certains hommes. Pour les enrôler tous il faudra déclarer la guerre officiellement. Cela permettrait aussi de mobiliser les forces de la CEI (Communauté des États Indépendants).
L’armée russe est l’héritière de l’armée soviétique. Elle a engagé des réformes structurelles seulement à la fin des années 2000 (alors que Poutine est arrivé au pouvoir en 1999). De nouveaux matériels sont apparus (comme les missiles hypersoniques par exemple) mais le chantier est immense (retard sur les drones, les missiles guidés par laser, les tanks…). Et les combats actuels sont sans commune mesure avec ceux de la guerre de 2014 dans le Donbass ou même ceux de Syrie. L’entrainement, l’esprit de corps, l’absence de sous-officiers, la discipline sont autant de points faibles. Les bizutages parfois extrêmement violents des conscrits restent un facteur décourageant pour les jeunes russes. Le recours aux milices type Wagner est pratique mais marque aussi une carence de troupes assez nette. Idem pour les troupes tchétchènes de Kadyrov.
Une lacune aggravée par une présence extérieure importante :
- Abkhazie : la 7e base militaire russe ;
- Arménie : la 102e base militaire russe ;
- Azerbaïdjan : le contingent de maintien de la paix russe dans la région du Haut-Karabagh ;
- Biélorussie : la station radar Volga, le 43e centre de communication de la marine russe et la base aérienne de Baranavitchy ;
- Kazakhstan : le polygone d’essais de Sary Chagan, le cosmodrome de Baïkonour reste loué par la Russie mais est désormais placé sous administration civile.
- Kirghizistan : la base aérienne de Kant, la 954e base d’essais pour les armes anti-sous-marines de la marine russe, le 338e centre de communication de la marine russe et une station sismique des forces de fusées stratégiques ;
- Moldavie : le Groupe opérationnel des forces russes en Transnistrie ;
- Syrie : le 720e point logistique de la marine russe, le groupe d’aviation des forces aérospatiales russes en Syrie et le centre pour la réconciliation des belligérants et le contrôle des mouvements de réfugiés ;
- Tadjikistan : la 201e base militaire russe et le complexe opto-électronique de détection d’objets spatiaux Okno ;
- Ossétie du Sud-Alanie : la 4e base militaire russe.
Présence aussi au Mali, en Libye, en Centrafrique etc. Comme la France, la Russie ne peut plus se permettre d’être sur autant de fronts.
Son budget est de 62 milliards de dollars, ce qui correspond à 4% de son PIB (le double de la France) mais le PIB de la Russie est plus faible que celui de la France. Dans les faits nos budgets sont donc comparables et représentent seulement un dixième de celui des États-Unis à la 6e place mondiale (derrière les USA, la Chine, l’Arabie Saoudite, l’Inde et la France).
Mais cet argent est souvent dépensé à fonds perdus. La corruption est en effet endémique en Russie. Ce ne sont pas seulement des pots-de-vin ou des contrats surévalués mais un réel mécanisme de gouvernance et d’assurance de loyauté. Cela donne en fin de chaîne des produits de mauvaise qualité et une maintenance au mieux lacunaire. (pour les anglophones à lire :
). Cela explique en partie les pertes abyssales de l’armée russe dans le conflit ukrainien.
Pertes russes estimées du 24 février au début du 17 avril :
Environ 20 300 tués
773 Tanks
2 002 véhicules blindés
376 systèmes d’artillerie
127 systèmes de fusées
66 systèmes de défense aérienne
165 avions
146 hélicoptères
1 471 véhicules
8 navires/bateaux
76 camions-citernes
148 drones
27 équipements spéciaux
4 lance-missiles
La situation sur le front :
- Kyiv : Bombardements à Brovary et tentative à Kyiv interceptée par la défense ukrainienne.
- Kharkiv : De nombreux bombardements sur des zones résidentielles, notamment au nord de la ville. La ville est sévèrement frappée par l’artillerie alimentée via la base de Belgorod avec les groupements tactiques récupérés dans les armées engagées dans la bataille de Kyiv.
- Izium : Les troupes russes ont capturé Andriivka, Mala Komyshuvakha Sulyhivka et attaqué Dovhenske. Les défenseurs ukrainiens ont repoussé l’attaque contre le village. L’armée russe gagne du terrain au sud de Borova. Elle avance sur Lozove.
- Sievierodonetsk, Lysychansk et Popasna : Une ligne de front qui tient pour l’instant mais avec de nombreux dégâts (et de nombreuses victimes ?) Le marché de Lysychansk a été bombardé hier.
La météo est mauvaise et handicape l’activité aérienne et les appuis russes, les Ukrainiens reçoivent de nouveaux équipements et améliorent la défense des bastions.
- Donetsk : bombardements sporadiques ont été signalés dans les environs de Marinka et d’Avdiivka
- Sud : Offensive russe sur la ligne Liubymivka-Novozlatopil. De leur côté les Ukrainiens ont détruit le pont ferroviaire à Vasylivka (région de Zaporizhzhia) pour freiner la logistique russe.
- Marioupol : Les forces russes continuent de progresser lentement dans Marioupol. Le 503e bataillon d’infanterie navale ukrainien est parvenu à s’exfiltrer de l’usine Iliych dans le Nord pour rejoindre la poche de résistance centrale. Les Russes ont capturé un poste de police dans la partie ouest de Marioupol et la majeure partie du port. Le district de Prymoryki est contesté en ce moment, mais les troupes ukrainiennes se sont très probablement retirées vers Azovstal. Deux autres petites poches résistent à l’Ouest de la ville et dans le port (Garde nationale). Il resterait 3 000 à 3 500 combattants ukrainiens.
La 150e Division moto russe, la 810e brigade d’infanterie navale, la force tchétchène et les forces DNR = peut-être 10 000 h. au total
« L’élimination des derniers soldats ukrainiens à Marioupol mettra fin à toute négociation » selon Zelensky. Le gouvernement russe a proposé en échange une évacuation des troupes dans un couloir sécurisé. Mais le souvenir d’Illovaïsk en 2014 où les troupes ukrainiennes désarmées se sont fait massacrer reste fort (459 soldats ukrainiens ont été tués officiellement, mais selon des volontaires ukrainiens, le bilan pourrait être cinq fois supérieur).
- Crimée : Les survivants du Moskva exhibés à la télévision russe entre 100 et 240 personnes montrées sur un équipage de plus de 500 hommes. Quid des autres ?
- Kherson : Volonté de plus en plus forte de faire un « referendum » pour pouvoir faire un gouvernement fantoche comme celui de Louhansk et de Donetsk avant la date fatidique du 9 mai. Intensification des efforts ukrainiens à prévoir. Les forces russes de Kherson, le reliquat de la 7e Division aéroportée, de la 20e division motorisée et les forces de reconnaissance du 22e Corps d’armée ont tenté plusieurs attaques de dégagement, sans succès.
Front diplomatique :
Classement des soutiens à l’Ukraine par ordre d’importance
1 - Baltique, Pologne
2- États-Unis, Royaume-Uni, Slovaquie, République tchèque
3- UE (en général), France, Finlande, Suède, Turquie, Canada, Japon, Australie
4- Allemagne, Israël
5- Chine, Inde, Pakistan, Indonésie, Hongrie, Arabie Saoudite et autres.
Zelensky appelle le monde à se préparer à une possible attaque nucléaire de la Russie. Dramatisation ou risque réel ?
Des photos de restes d’armes chimiques découverts dans la région de Sumy après le retrait russe sont sans doute fausses. En fait ce matériel ferait partie d’un ancien kit de détection d’armes chimiques militaires soviétiques.
L’arme chimique et l’arme nucléaire pèsent sur ce conflit depuis le début. L’absence de ligne rouge clairement définie en fait un enjeu de propagande pour les deux camps. C’est une manière de jouer avec le feu.
Irresponsable ?
Rangées sur rangées sur rangées de tombes fraîchement creusées à Irpin.
Crime de guerre assurément. Voire plus.
Izium :
La raspoutitsa a joué un rôle crucial durant les différentes guerres en Russie, notamment lors de l’Invasion mongole de la Rus’ de Kiev. L’armée tataro-mongole n’est pas parvenue à franchir les cent dernières verstes (~107 km) qui la séparaient de Novgorod, à cause de la raspoutitsa de printemps.
La raspoutitsa a également fortement freiné la Grande Armée de Napoléon lors de sa campagne de Russie.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, la Blitzkrieg fut quasiment stoppée par la boue en l’absence d’un réseau routier pavé, rendant les chars les plus puissants inutilisables. Un des véhicules les plus appréciés était alors la moto chenillée. L’armée soviétique eut alors plus de temps pour se préparer à la bataille de Moscou.
Au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la raspoutitsa freine la progression des chars russes5,6.
Marioupol
« L’élimination des derniers soldats ukrainiens à Marioupol mettra fin à toute négociation » selon Zelensky. Le gouvernement russe a proposé en échange une évacuation des troupes dans un couloir sécurisé. Mais le souvenir d’Illovaïsk en 2014 où les troupes ukrainiennes désarmées se sont fait massacrer reste fort (459 soldats ukrainiens ont été tués officiellement, mais selon des volontaires ukrainiens, le bilan pourrait être cinq fois supérieur).
Kharkiv :




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