Ma réponse à François Ruffin
Réponse à François Ruffin, point par point : la césure de 2005, le référendum, et surtout l'Ukraine. Les frayeurs qu'il agite sur l'élargissement sont celles qu'on entendait déjà pour l'Espagne et la Pologne.
Ma réponse à François Ruffin
(ça va être un peu long)
Tout d’abord cela fait du bien de voir une gauche qui échange, qui n’hystérise pas tout perpétuellement. Preuve que c’est possible déjà, même si cet article est allègrement repris et commenté avec l’effet de meute classique des ultras de LFI.
Un dialogue et du fond donc. Je vais essayer d’y apporter ma modeste pierre.
Tout d’abord je partage le constat de la lucidité de l’aspect mortel de l’entre soi de la gauche dite « caviar ». Cette critique est nécessaire. On le voit particulièrement bien en ce moment avec le débat sur l’école privée où bon nombre de personnalités de gauche sont mal à l’aise. Ils sont pour l’égalité républicaine mais en « Off » ils apprécient Parcoursup, la sélection, les niveaux. Finalement ce système ne leur va pas si mal puisqu’il leur profite. Soyons lucides c’est aussi le cas pour certains de mes collègues enseignants.
Si on veut convaincre on doit donner l’exemple. Certains regardent leurs pompes sur ces sujets.
Ensuite vous abordez 2005 à juste titre. Cette date a été une césure pour la gauche. Une plaie mal cicatrisée car elle marque une rupture plus profonde. Celle entre les révolutionnaires et les réformistes.
La critique du non à ce troisième référendum sur un traité européen était basée sur plusieurs arguments clés. Certains tendant à droite ou à l’extrême-droite (nationalisme parfois étriqué, peurs irrationnelles…) mais aussi de clivages idéologiques (pérennisation d’un libre marché et d’une libre circulation). Problème, cette critique additionnait des votes complètement opposés parfois. Ceux qui étaient déçus par un rôle insuffisant du parlement européen et ceux qui – au contraire- souhaitaient un retour à la nation voire un Frexit (déjà). Idem pour la Charte des droits fondamentaux certains ne la jugeant pas assez contraignante (sur l’avortement par exemple) et d’autres donnant trop de pouvoir à l’Europe (sur la liberté de manifester sa religion).
Dans votre argumentaire vous additionnez ainsi les non de 2005, les gilets jaunes et les manifestations contre la loi sur les retraites comme ayant une idéologie uniforme. Or la réalité est toute autre. Aucun de ces trois mouvements n’a les mêmes bases ni les mêmes revendications.
Le troisième point de votre argumentaire porte sur le référendum. Et j’aurais tendance à vous suivre sur le sujet. Néanmoins un parti se doit de porter des convictions au-delà du vote populaire. Par exemple en 1981 nous savions que le vote pour l’abolition de la peine de mort était minoritaire. Nous l’avons porté dans notre programme et appliqué ensuite. Aucune trahison du peuple si le programme est clair avant le vote. On le sait aujourd’hui la manipulation des foules forte et parfois même téléguidée par des puissances étrangères. Les sujets liés au pathos, à l’affect sont souvent des sujets compliqués pour argumenter de manière rationnelle. On l’a vu récemment avec le COVID par exemple.
Je vous rejoins aussi sur la nécessité de votes plus réguliers et surtout plus utiles. La présidentialisation de la Vème République tue le débat dans notre pays. Ça tombe bien nos partis respectifs se retrouvent sur ce sujet.
Où je diverge totalement avec votre propos c’est bien entendu sur l’Ukraine. La promesse européenne est celle de l’élargissement, dès 1957 et le traité de Rome. La promesse de la gauche c’est l’élévation de tous, l’universalisme, l’éducation populaire. Votre propos a tendance à faire ressortir les frayeurs vaines de l’adhésion de l’Espagne (1986) ou de la Pologne (2004). Elle oublie que l’adhésion de ces pays a surtout permis d’élever le niveau de vie de tous. Elle a aussi permis à notre pays d’exporter nos productions en Europe, pas seulement d’importer. Votre propos laisse croire que nous devons nous recroqueviller et me fait penser justement à l’argumentaire de l’extrême-droite. D’ailleurs le salaire moyen d’un Ukrainien est plus élevé que le salaire d’un Polonais en 2004. L’écart est moins grand. Quelle aurait été notre Europe si nous n’avions pas accueilli les pays d’Europe centrale en 2004 ? Où serait le front du conflit avec la Russie ? Qui devrait se faire trouer la peau pour défendre la démocratie ? Les Allemands ? Nous ?
Oui il y a bien deux camps dans ce conflit. Un agresseur et un agressé. Votre relativisation à ce niveau m’est insupportable. C’est le syndrome de la jupe trop courte. Je vous accorde néanmoins que la formule de Raphaël Glucksmann était peut-être trop directe mais elle avait au moins le mérite de la clarté. Ma gauche est celle de l’unification du continent et de sa démocratisation. Pas celle d’un club de riches refermés sur eux-mêmes.
Ensuite vous abordez votre différence d’appréciation sur le fait que les politiques aient ou non le courage de l’impopularité. Vous avez –il me semble – à la fois raison et tort. Oui ils ont pris des mesures très impopulaires… Mais pas auprès de ceux qui votent ! Le conflit sur les retraites en est un bon exemple. Seuls les retraités le soutenaient… Mais ce sont aussi ceux qui votent le plus !
La clé d’une réussite commune paraît alors évidente. Savoir ramener les classes laborieuses aux urnes. Qu’elles redeviennent un enjeu électoral. Qu’elles permettent que les réformes contre les caissières et les infirmières, contre les enseignants et les étudiants, contre les cheminots et les ouvriers ne se contentent pas d’être impopulaires mais qu’elles permettent de faire perdre le pouvoir à ceux et celles qui les prônent.




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