Jour 52 : « La tenaille »
Le sort du conflit se joue dans le Donbass : les Russes referment une tenaille depuis Izium et Marioupol, tandis que les Ukrainiens misent sur Borova pour couper leur approvisionnement. Pendant ce temps, l’OTAN s’élargit vers le Nord.

La décision du conflit se joue dans le Donbass.
Un mouvement en tenaille est un terme utilisé dans le jargon militaire, désignant une manœuvre permettant d’encercler un ennemi en le prenant à revers par les deux flancs afin de lui couper toute retraite ou nouveau renfort.
Par le Nord depuis le territoire russe avec un saillant à Izium. L’objectif est de prendre Barvinkove, Slaviansk et Kramatorsk. Pour les Ukrainiens cela rappelle le siège de Sloviansk qui a eu lieu du 12 avril au 5 juillet 2014. Après 4 assauts les Ukrainiens avaient repris la ville. La propagande russe avait alors inventé de toutes pièces l’histoire d’un enfant de 3 ans crucifié par les Ukrainiens, ce qui avait fortement marqué la population.
Par le Sud : Une fois Marioupol définitivement écrasée les forces russes pourront partir vers le Nord pour briser la résistance ukrainienne vers Solodke puis Pokrovsk. Ainsi environ 1/3 de l’armée ukrainienne se retrouverait prise au piège et obligée de se rendre à terme.
Du côté ukrainien le plus raisonnable serait sans doute de se retirer pour tenter une défense plus facile à partir d’une ligne Kharkiv – Dnipropetrovsk. Mais au lieu de cela ils tentent une stratégie audacieuse (ce qui montre une confiance importante de leur côté). Ils cherchent à étirer les lignes russes (comme c’était déjà le cas sur le front Nord (entre Chernihiv et Kyiv)) pour harceler leur ligne d’approvisionnement entre Kupiansk et Izium. Ils ont notamment bombardé la seule voie de chemin de fer permettant d’approvisionner le front à Shebekino (un bombardement sur le territoire russe). La multiplication des attaques sur le sol russe est un camouflet pour Poutine.
S’ils réussissent cela peut leur permettre de reprendre un axe Borova- Savuntsi-Balakliia. Ainsi ce sont les Russes qui se retrouveraient encerclés à Izium. Borova est un lieu stratégique majeur. C’est aussi le seul moyen de traverser la rivière Oskil qui est très large en raison d’un lac de retenue d’un barrage à Oskil.
Sur les autres points du front :
- Kharkiv : Peu de changement. Bombardement d’artillerie russe au Nord de la ville de Kharkiv. Les forces russes implantent des mines pour empêcher les forces ukrainiennes de couper l’approvisionnement vers Izium à partir du Nord.
- Severodonetsk-Donetsk. Les forces russes poursuivent des attaques quotidiennes à petite échelle au sud-est et au sud-ouest d’Izium et contre Rubizhne, Severodonetsk et Popasna. La Russie continue d’alimenter des renforts au coup par coup, comme elle l’a fait autour de Kiev. 6 attaques ont été repoussées dans les dernières 24h.
- Marioupol : La situation à Marioupol continue de se détériorer pour les défenseurs ukrainiens, mais ils s’accrochent au sud-ouest et au centre de Marioupol. On ne sait pas combien de temps ils pourront tenir, mais l’augmentation de l’activité de frappe russe (avec des bombardiers TU-22 pour la première fois) laisse penser qu’ils ont gravement endommagé les forces russes ou que la Russie a décidé de faire ployer la ville sous un tapis de bombe pour en finir vite. La suspicion d’attaque chimique allait déjà en ce sens.
- Kherson : Les forces russes continuent de lutter pour maintenir un contrôle significatif de Kherson. Les tentatives d’extension du périmètre défensif russe à l’ouest de Kherson n’ont pas abouti. L’Ukraine pourrait lancer des contre-attaques plus importantes ici. À noter une résistance ukrainienne dans les villes occupées comme Melitopol.
Sur le front diplomatique :
La destruction du Moskva (toujours pas de nouvelle de l’équipage au passage) a rendu furieux les médias russes (qui pourtant disent que ce n’est pas l’Ukraine qui l’a coulé). On parle de plus en plus d’une déclaration de guerre officielle de la Russie contre l’Ukraine. Cela permettrait à la Russie de mobiliser ses troupes. Or on sait que la Russie est en grande difficulté de recrutement. Par contre cela reviendrait aussi à reconnaître que « l’opération spéciale » n’en est pas une. On partirait aussi dans un conflit beaucoup plus long. Cette mobilisation prendrait du temps.
La future candidature de la Suède et de la Finlande à l’OTAN hérisse aussi la Russie. Une escalade prévisible de ce côté mais pas avant la dernière semaine de juin où ces candidatures seront officielles. À noter le beau geste de la Suède qui reste solidaire de la Finlande. En effet une fois la Finlande entrée la Suède serait de facto protégée par la Norvège et la Finlande, n’ayant pas de frontière avec la Russie. La Finlande, déjà soumise à la Russie entre 1809 et 1917 et l’ayant combattue victorieusement en 1940 dans une guerre très proche de celle entre la Russie et l’Ukraine aujourd’hui a pris sa décision. Ce sont ainsi 1000 km de frontières en plus que la Russie aura avec l’OTAN. Pas simple à contrôler.
Comme d’habitude par sa conduite Poutine obtient l’exact inverse de ce qu’il souhaite :
- Une extension de l’OTAN
- Une unification de l’Ukraine et une progression de son sentiment national.
- Un armement de l’Ukraine
- Une unification de l’UE et une extension probable à l’Est voire au Caucase à terme.
L’irrationalité de ses décisions prises par Poutine affaiblit la Russie. Pas impossible que les Russes le voient un jour.
Les Ukrainiens tentent une stratégie audacieuse (ce qui montre une confiance importante de leur côté). Ils cherchent à étirer les lignes russes (comme c’était déjà le cas sur le front Nord (entre Chernihiv et Kyiv)) pour harceler leur ligne d’approvisionnement entre Kupiansk et Izium. Ils ont notamment bombardé la seule voie de chemin de fer permettant d’approvisionner le front à Shebekino (un bombardement sur le territoire russe). La multiplication des attaques sur le sol russe est un camouflet pour Poutine.
Les Ukrainiens ont notamment bombardé la seule voie de chemin de fer permettant d’approvisionner le front à Shebekino (un bombardement sur le territoire russe). La multiplication des attaques sur le sol russe est un camouflet pour Poutine.




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