Jour 199 : Et maintenant ?
Kupiansk tombée, Izium encerclée : quatre suites possibles à la percée, de la consolidation prudente à la double poussée vers le nord et vers Svatove, voire un nouveau front à Melitopol. Pour comparaison, la Russie avait gagné 612 km² en deux mois.

En un peu plus de 72 heures, près de 2500 km² de territoire ukrainien ont été repris aux forces russes (5400 km² à 15 h). Un tour de force stratégique impressionnant qui fera le tour des écoles militaires pendant encore très longtemps sans aucun doute. Pour comparatif les forces russes ont mis deux mois pour gagner 612 km² avant de prendre la raclée actuelle. Cela va si vite que cet article sera peut-être périmé avant même que je termine de l’écrire.
Kupiansk (27 000 habitants avant la guerre) est tombée (au moins pour sa partie occidentale de la rivière Oskil) et Izium (46 000 hab), complètement encerclée, paraît perdue pour les forces russes (certaines sources donnent les soldats déjà en fuite). Lyman (22 000 hab) serait tombée elle aussi (sources russes)
Et maintenant ?
Plusieurs solutions s’offrent à l’armée ukrainienne :
- La plus prudente consiste à renforcer ses positions pour affirmer ses gains. « Nettoyer » le territoire, éviter une contre-offensive brutale.
- L’armée ukrainienne peut aussi continuer sur sa lancée jusqu’à rencontrer une résistance plus forte. Cela amènerait sans doute à aller jusqu’à la frontière russe au Nord, et à la ville de Volchansk en particulier. Les lignes s’étireraient jusqu’à devenir vulnérables (sauf si l’armée russe est incapable de se remettre en place). Cette thèse paraît validée par la frappe de la base russe de Velykyi Burluk et la reprise de Rubizhne (début du réservoir d’Oskil).
- Une autre possibilité intéressante mais la plus risquée serait de continuer à l’Est vers Svatove (16 000 hab) voire Starobilsk (16 000 hab). Avec cette solution, c’est la quasi-totalité des soutiens logistiques aux forces russes de l’Oblast de Louhansk qui s’effondreraient. Resteraient seulement les zones occupées de Donetsk qui sont alimentées elles par Kamensk-Shakhtinsky et Rostov. Cette stratégie serait risquée car l’armée ukrainienne serait sans doute vulnérable. Une telle hypothèse montrerait une confiance totale dans sa supériorité de bien mauvaise augure pour les forces russes.
- Une dernière possibilité un peu folle serait de faire les deux choses en même temps (poussée vers le Nord et vers l’Est), voire d’ouvrir un autre front (aller vers Melitopol par exemple). Ça paraîtrait complètement dingue mais je ne peux m’empêcher d’y songer car l’attrition des troupes qui est le plus gros souci dans l’étirement des lignes paraît peu présente. En effet l’accueil enthousiaste de la population fait en sorte qu’il n’y a pas besoin de laisser des troupes pour assurer l’ordre. Il n’y a pas eu de réelle bataille pour reprendre des villes comme Senkove (peu importante mais un des rares points de passage de l’Oskil entre Kupiansk et Izium)
Cela ne veut pas dire que cela ne bouge pas sur les autres fronts, même si c’est moins spectaculaire. Oleksandrivka a été reprise une nouvelle fois dans l’Oblast de Kherson malgré l’arrivée récente de renforts Kadyrovites sur place.
La déroute russe pose de nombreuses questions dont pourtant nous avions les réponses depuis longtemps : Moral faible des troupes, bataillons à moitié vides, chaîne de commandement incompétente et corrompue, matériel obsolète et mal entretenu (malgré un nombre nettement supérieur à celui des Ukrainiens), stratégie suicidaire d’attaquer tous les jours aux mêmes endroits avec les mêmes résultats. Cette armée s’est épuisée noyée dans la mégalomanie de son leader à qui on ne peut pas révéler l’état réel des troupes.
Les troupes russes volent du matériel civil.
Édit. Photo prise à Marioupol.
Continuité possible de l’action à l’Est pour couper l’approvisionnement russe du front.
Carte très très conservatrice des gains ukrainiens. Elle se périme vite.
3 scénarios possibles…




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