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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Ukraine

Jour 202 : « Au-delà de l’Oskil et du Donets »

L'armée ukrainienne a franchi le Donets en trois points — Sviatohirsk, Staryi Karavan et Siversk —, mais rien n'est acquis tant que Lyman, Yampil et Kreminna ne sont pas tenus. 10 000 km² repris sur 120 000 occupés : méfiance envers les cartes optimistes.

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Les forces ukrainiennes ont joué longtemps avec l’appui des rivières de leur pays pour se défendre de l’agression russe. La bataille du Donets du 5 au 13 mai dernier a été un exemple éclatant de victoire tactique ukrainienne entrainant des milliers de morts côté russe. Bilohorivka et Dronivka étant des localités qui doivent résonner pour longtemps dans la tête de nombreux soldats aujourd’hui.

L’inversion des capacités militaires fait en sorte que les rôles sont échangés aujourd’hui. C’est au tour de l’Ukraine de passer cette rivière avec ses blindés. Elle a semble-t-il réussi à le faire à trois endroits différents : D’ouest en est à Svyatohirs’k (et son sublime monastère qui semble ne pas trop avoir souffert), à Staryi Karavan (en direction de Lyman et Yampil) et enfin à partir de Siversk vers Kremina.

Pour autant rien n’est gagné sur ce front. Et au risque de déplaire je lis trop de retours optimistes par rapport à la situation réelle. Pour prendre pied de l’autre côté de la rivière il faut en tenir les localités clés : Drobysheve – Lyman – Yampil – Torske – Kremina – Roubijne (Rubizhne). Une fois ces villes maîtrisées (car ce n’est pas le cas malgré les allégations) cela permettra à l’armée ukrainienne de couvrir l’avancée à l’Est de l’Oskil à partir de Borova, Senkove et bien évidemment Kupiansk.

Cela permettra aussi de prendre une option sur un assaut des villes jumelles de Lyssytchans/Sievierodonetsk par le Nord. Mais là le combat sera tout autre. Les forces russes sont présentes en nombre important. Ces villes ne sont déjà plus qu’un champ de ruines.

Je reste persuadé que l’intérêt ukrainien serait de reprendre Svatove et Starobilsk qui sont peu défendues et permettraient de couper l’approvisionnement par le Nord de Sievierodonetsk et même de Louhansk.

L’armée ukrainienne sait jouer de ses atouts et de ses faiblesses. Les appels d’hier sur les redditions à Kherson en sont un bon exemple. Il est vrai que les forces russes ont reculé mais (au risque de passer pour un rabat-joie) elles ne se sont pas rendues en masse comme je peux le lire un peu partout. Le commandement ukrainien a annoncé la reprise de 5 villes : Vysokopilliya, Novovoznesens’ke, Myrolyubivka, Bilohira, Sukhy Stavok. Mais ces villes étaient déjà reprises depuis quelques jours ! Le recul russe est essentiellement tactique pour avoir le soutien de sa contre-batterie au Sud du Dniepr. Cela montre que l’armée ukrainienne arrive bien à empêcher les renforts. Elle s’appuie certainement sur le moral très bas des troupes russes pour mener une habile campagne de propagande pour pousser à la reddition. Il doit bien y avoir quelques soldats qui y cèdent mais ils doivent être extrêmement minoritaires. Sur le front de Kherson la bataille sera longue. Chaque village va devoir être gagné petit à petit sauf si l’approvisionnement en munition devient trop famélique pour assurer la défense des positions russes.

Le fait que le conflit gagne à nouveau en intensité et en mouvement a des répercussions ailleurs. L’Azerbaïdjan (soutenu par la Turquie) a violé le cessez-le-feu (garanti par la Russie) pour tenter de reprendre le Nagorni-Karabakh (Athsahk pour les Arméniens). Ils savent que désormais les Russes seront dans l’incapacité de défendre l’Arménie (qui occupe ces terres de manière non reconnue au niveau international). L’Arménie appelle au secours la Russie. Sera-t-elle entendue ? Rien n’est moins sûr.

Idem au Mali où les forces islamistes reprennent l’offensive sachant que Wagner est plus intéressé par l’exploitation des mines que l’aide aux civils.

Pendant ce temps, l’extrême-droite (souvent pro-russe) est annoncée victorieuse en Suède et en Italie alors que dans le même temps on commence à entendre de plus en plus d’officiels russes remettre en cause Poutine lui-même (ou au contraire, attaquer l’armée pour le dédouaner). Certains appellent à la paix, d’autres à la mobilisation générale.


Le Nord de l’Oblast de Kharkiv est désormais contrôlé. L’Ukraine peut regarder à l’Est.

10 000 km² de récupéré. C’est bien mais il en reste encore 120 000…

Contrairement à certaines rumeurs, la ville clé de Snihurivka n’est pas tombée.

Ces cartes sont belles mais trompeuses par la taille des flèches. Lyman et Kremina ne sont pas tombées.

Les prises de Svatove, Kreminna et Lyman sont essentielles à la poursuite des conquêtes dans l’oblast de Louhansk.

Une carte plus conservatrice (et plus sûre).

Machine à laver devant l’ambassade de Russie à Helsinki.

En noir la ligne de l’Oskil.

Les cercles jaunes pour la portée des Himars.

En rouge les mouvements russes possibles.

En bleu les mouvements ukrainiens possibles.

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