Jour 27 : Point Godwin (long mais nécessaire désolé).
Trois bataillons brandis par Moscou, une extrême droite à 2,5 % des voix en 2019, un président juif : l’accusation de nazisme ne tient pas. Elle en dit surtout long sur le régime qui la porte, dont les mercenaires de Wagner ont été fondés par un néonazi.

La rhétorique de la lutte contre le nazisme est omniprésente dans le discours de Moscou. Et ce n’est pas sans raison.
Tout d’abord la lutte contre le nazisme a été le ciment de l’Empire soviétique qui a payé cher sa lutte contre Hitler. 27 millions de morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ce récit est tronqué. En Russie on n’évoque pas la période 1939-41 où l’URSS est l’alliée des Nazis pour dépecer la Pologne. Là-bas le conflit commence en 1941. D’ailleurs il est étonnant de noter les mêmes discours de laisser-faire français à l’époque. Certains relativisant les ambitions d’Hitler (« il ne souhaite que le retour de Dantzig, ce qui est normal ») ou jugeant la résistance polonaise « stupide » ou « contre-productive ». La lutte contre le Nazisme, du point de vue russe, c’est l’assurance de mener une guerre juste. Car il faut toujours justifier une guerre pour motiver les troupes et avoir l’assentiment du peuple. Même dans une dictature.
Le discours de Poutine s’appuie sur la présence du régiment Azov à Marioupol pour décrire l’Ukraine comme nazie. Alors, y a-t-il des Nazis dans le régiment Azov ? Oui. Mais aussi en Russie et même dans l’armée française.
Retour en arrière. En 1941 l’Allemagne nazie attaque l’URSS. La plupart des Ukrainiens combattent donc logiquement auprès de l’armée rouge (4 millions d’Ukrainiens sont alors soldats). Mais une minorité choisit l’autre camp (200 000 environ). Stepan Bandera en profite pour essayer d’obtenir une indépendance de l’Ukraine (refusée par les Allemands en 1941). Donc il y a environ 5 % d’Ukrainiens qui préfèrent Hitler à Staline (combien en France ?). Et ils ont leurs raisons. L’Holodomor (famine soviétique ou extermination par la faim en Ukraine) de 1932-1933 a laissé des traces et est dans toutes les mémoires. Staline affame volontairement les Ukrainiens qui déplorent entre 2,6 et 5 millions de morts. L’Allemagne perd la guerre, les Ukrainiens sont vus comme des frères slaves qui ont trahi l’idéal communiste. Dans le même temps les collaborateurs russes (car il y en a eu aussi) sont réduits à quelques personnages diabolisés (comme Andreï Vlassov, général soviétique qui a combattu dans les rangs de la Wehrmacht).
En 2014, la révolution de Maïdan explose, les médias russes mettent en avant l’idée que ce sont les nazis qui font la révolution. Pourtant les images de la foule semblent montrer le contraire. Mais il y a bien des groupes nationalistes voire fascisants. Des portraits de Stepan Bandera (cité plus haut) se retrouvent bien sur la place Maïdan. Mais le mouvement Maïdan est divers, inclusif, ces nationalistes sont clairement minoritaires.
On cite aussi fréquemment trois bataillons : Pravy Sektor, Azov, Aidar
L’Ukraine compte une trentaine de bataillons et ces deux ont été infiltrés par des nationalistes voire des néo-nazis.
- Pravy sektor n’est pas affilié à l’État ukrainien. C’est un bataillon décentralisé, un « électron libre » constitué d’une centaine de personnes.
- Azov est plus idéologique et porteur d’idées ultranationalistes. Même si certains combattants se retrouvent là-bas sans idéologie particulière.
- Aidar est un groupe patriotique, sans engagement idéologique particulier. Il est aujourd’hui intégré à l’armée ukrainienne. On pourra y retrouver sans doute des nationalistes comme dans n’importe quel corps d’armée (y compris chez nous hélas).
Ces groupes ont sans doute été auteurs de crimes de guerre (comme dans hélas tous les conflits armés) mais n’ont pas procédé à des exactions de masse ou des nettoyages ethniques. C’est un peu comme si on disait aujourd’hui que notre armée ou notre police est nazie car ils sont plus nombreux que la moyenne à voter à l’extrême-droite.
C’est oublier que l’extrême-droite en Ukraine est en recul constant. Elle se situe à 2,5 % des votes en 2019. Un chiffre qui ferait rêver bien des pays européens. Que son président est juif (d’ailleurs on lui reproche aussi de demander la médiation d’Israël dans le conflit). L’Ukraine a ouvert les yeux sur son passé et notamment sur le génocide par balle effectué par la Wehrmacht. Le site de Baby Yar en témoigne (qui a failli être touché par le bombardement de la tour de télé de Kyiv). D’ailleurs il n’y a pas de trace d’antisémitisme aujourd’hui en Ukraine. Les juifs ont fui Marioupol et Odessa par les bombardements et n’ont pas souhaité aller en Russie mais en Occident. L’ennemi est le Russe, pas le juif là-bas.
Par miroir on peut voir que la situation russe sur le sujet n’est pas enviable. On a une fâcheuse tendance à réviser l’histoire pour l’utiliser à des fins de propagande. L’accord Staline-Hitler est tu. On cherche à relativiser le Goulag, l’Holodomor.
Et surtout il manque un élément essentiel. Le Nazisme est un fascisme. Et la question du régime russe se pose. La Russie est une dictature de fait (élections truquées, opposants enfermés ou tués, pas de pluralisme, pas de contrôle du pouvoir). Cette Russie a ses troupes de mercenaires fondées par un néo-nazi (Groupe Wagner fondé par Dimitri Outkine) et a l’habitude de traiter ses ennemis de « Nazis » ou de « Terroristes » pour les discréditer et interdire le débat.
Et le Fascisme se caractérise par le culte du chef, contrôle totalitaire de la société (libertés d’opinion, d’expression, de manifestation…), impérialisme (Ossétie, Abkhazie, Transnistrie, Bélarus, Kazakhstan, Ukraine…), défense d’un mode de vie réactionnaire (lutte contre la « décadence », la « féminisation », les « lobbys gays »), sentiment d’être agressé perpétuellement par les autres (et les agresser en retour), discours de purification (avec l’éradication des « ennemis intérieurs » comparés à des « moucherons que l’on doit recracher » dans son dernier discours), glorification de la mort au combat jugée « magnifique » si elle sert le peuple et la patrie.
Mais ça aussi nous n’avons pas voulu le voir. Et pire nous reprenons parfois les éléments de propagande pro-Kremlin sans vraiment chercher à creuser la question. Soit par méconnaissance, soit par paresse, soit parce que l’on est coincé dans nos biais de confirmation.
Le groupe Wagner (russe : Группа Вагнера), également connu comme PMC Wagner, ChVK Wagner, ou CHVK Vagner, est une société militaire privée russe fournissant des mercenaires, active notamment lors de la guerre du Donbass et la guerre civile syrienne mais aussi dans d’autres zones de conflits à travers le monde. Cette organisation paramilitaire n’est pas liée officiellement au gouvernement russe mais proche du Kremlin. Le groupe œuvre dans le but d’assurer la défense des intérêts extérieurs de la Russie.
Symbole de commémoration du Holodomor apparaissant sur un timbre ukrainien de 1993.
Euromaïdan (en ukrainien : Євромайдан, Yevromaïdan ; en russe : Евромайдан, Yevromaïdan) est le nom donné aux manifestations pro-européennes en Ukraine, ayant débuté le 21 novembre 2013 à la suite de la décision du gouvernement ukrainien de ne pas signer un accord d’association avec l’Union européenne au profit d’un accord avec la Russie. Ces manifestations ont été marquées par de fortes violences entre le 30 novembre et le 8 décembre 2013, qui n’ont fait qu’accroître les mouvements de protestation, avec entre 250 000 et 500 000 manifestants à Kiev. Du 18 au 21 février 2014, des affrontements ont à nouveau éclaté, faisant plus de quatre-vingts morts.
Ce mouvement a débouché le 22 février 2014 sur la révolution de février et la fuite puis la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovytch, remplacé par Oleksandr Tourtchynov, ainsi que sur la libération de Ioulia Tymochenko et la mise en place d’un nouveau gouvernement dirigé par Arseni Iatseniouk. Ce mouvement s’inscrit dans le contexte plus large du conflit russo-ukrainien et provoque la guerre du Donbass.
Andreï Andreïevitch Vlassov (en russe : Андрей Андреевич Власов ; 14 septembre 1900 - 2 août 1946) est un général soviétique qui se rallia à Hitler et combattit dans les rangs de la Wehrmacht lors de la Seconde Guerre mondiale.
Monument à Stepan Bandera à Ternopil.
Stepan Andriïovytch Bandera (ukrainien : Степа́н Андрі́йович Банде́ра), né le 1er janvier 1909 dans la province de Kalouch dans l’Est de l’Empire austro-hongrois et mort assassiné le 15 octobre 1959 à Munich, est un homme politique et idéologue nationaliste ukrainien.
Il est l’un des dirigeants de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et le dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens, dite « OUN-B », à tendance extrémiste. Dans sa lutte pour l’indépendance de l’Ukraine contre la Pologne et l’Union soviétique, il collabore avec l’Allemagne nazie en créant la Légion ukrainienne, sous commandement de la Wehrmacht.
Le 30 juin 1941 à Lviv, il rédige avec Iaroslav Stetsko une déclaration d’indépendance de l’Ukraine. Celle-ci étant rejetée par l’occupant nazi, il est arrêté et envoyé après janvier 1942 dans le camp de Sachsenhausen. Libéré en septembre 1944, il collabore à nouveau avec l’Allemagne nazie depuis Berlin.
Il fuit en Suisse avant la fin de la guerre pour réapparaître en Allemagne de l’Ouest, où il est assassiné par les services secrets soviétiques.




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