Jour 59 : « Le rouleau compresseur russe ou l’importance de l’artillerie »
Environ 2 400 pièces d'artillerie et 1,5 à 2 kilotonnes d'explosifs par jour côté russe : face au pilonnage du Donbass, la France annonce dix Caesar et les États-Unis des M777 avec 144 000 obus de 155 mm.

L’offensive russe dans le Donbass est d’abord une offensive de bombardements intenses des positions ukrainiennes. C’est le fameux « rouleau compresseur russe ». Cela provoque des destructions considérables dans la zone conquise (mais cela n’est pas un problème vu de Russie). La Russie s’appuie sur environ 2 400 pièces d’artillerie diverses (dont les fameux héritiers des « orgues de Staline » aujourd’hui nommés BM-21 GRAD), et sur plusieurs centaines de sorties aériennes quotidiennes.
Cela représente entre 1,5 et 2 kilotonnes d’explosifs. Il faut donc pouvoir assurer la logistique quotidienne et avoir un stock conséquent d’obus disponibles pour tenir ce rythme.
Et ceci d’autant plus que la Russie a annoncé ses nouveaux objectifs hier. Il s’agit du contrôle total du Donbass (avec ou sans l’Oblast de Kharkiv ?) et de créer un corridor terrestre vers la Crimée (donc Oblast de Zaporijia et de Kherson) et même le contrôle de tout le sud de l’Ukraine afin de se connecter avec la Transnistrie moldave (donc Oblast de Mykolaïv et d’Odessa).
Cela correspond donc au projet de « Nouvelle-Russie » et officialise donc une guerre de facto avec la Moldavie (candidate à l’Union européenne). Cela explique aussi pourquoi on retrouve de plus en plus souvent le drapeau soviétique sur les uniformes des soldats russes. En effet le nom Nouvelle-Russie, a désigné administrativement la région au sens large sous l’empire tsariste mais l’origine du concept d’une union politique des russophones situés hors des frontières de la fédération de Russie remonte sans doute à l’éclatement de l’Union soviétique entre 1989 et 1991, et aux craintes de conflits nationalistes et ethniques qui en découlaient.
La réponse occidentale a été rapide et semble monter en régime. L’annonce de l’envoi de dix canons automoteurs Caesar (prélevés sur une commande de l’armée marocaine) par la France arrive dans ce contexte. C’est un canon de 155 mm/52 Cal. à chargement manuel positionné sur un châssis 6 × 6, avec une capacité de 18 coups prêts à l’emploi et une cadence de tir maximale de 6 coups/min. L’occasion de tester sans doute pour la première fois en combat réel l’obus Bonus (calibre 155 mm anti-char à détection de cible fonctionnant avec deux sous-munitions à énergie dirigée). La portée de ces canons est impressionnante (40 km). Cette différence de portée peut être décisive. Elle se couple avec une protection anti-aérienne assez efficace (la semaine a été très difficile pour l’armée de l’air russe). Ces obusiers sont terriblement efficaces et coûtent 3 fois moins cher en maintenance qu’un blindé. Nous en avons exporté dans de nombreux pays (pas toujours démocratiques loin de là). Si les Ukrainiens avaient eu ces Caesar quand la fameuse « colonne » de 64 km approchait de Kyiv il y aurait eu un carnage chez les Russes…
Nous avons même anticipé cet envoi par la formation de 40 soldats ukrainiens. Le tout à la veille du second tour de la présidentielle qui s’annonce d’une importance extrême sur le positionnement dans le conflit de la France.
Le Pentagone a également confirmé que l’artillerie lourde que les États-Unis fournissent à l’Ukraine est également l’obusier M777 avec 144 000 obus de 155 mm. La Grande-Bretagne, la République tchèque et les Pays-Bas suivent le mouvement. Reste à savoir si nous aurons la capacité à alimenter en munitions. Cela montre aussi l’importance de la compatibilité des matériels entre les forces de l’OTAN. Chacun est calibré à 155 mm (contre 152 chez les Russes). N’importe quel obus peut aller sur n’importe quel obusier côté occidental.
Un bémol malgré tout il est préférable de contrôler le ciel. L’artillerie étant une cible facile et plutôt complémentaire de frappes aériennes. En Ukraine le ciel est disputé mais plutôt dominé par les forces russes.
L’artillerie peut servir aussi à couvrir l’infanterie et lui donner une plus grande liberté de manœuvre. C’est aussi pour cela qu’elle est utilisée par les Russes. Elle peut l’être tout autant du côté ukrainien et permettre de regagner du territoire avec moins de pertes. L’artillerie sert aussi à éviter les pertes dues à des tirs amis en étant relativement loin du front mais elle nécessite un bon échange d’informations sur le terrain. Les Ukrainiens ont montré leur supériorité dans le domaine sur les Russes (d’ailleurs l’OTAN serait bien avisée d’étudier la formidable capacité d’adaptation des forces ukrainiennes sur le terrain malgré des ressources limitées).
« On a souvent besoin d’un plus petit que soi ».
La situation sur le front :
- Ouest et Nord : Retour de nombreuses ambassades étrangères à Kyiv. Notamment celle du Royaume-Uni annoncée hier. Normalisation dans la ville.
- Kharkiv : Les troupes russes ont tenté une percée près de Virnopilla dans la région de Kharkiv, mais ont échoué. L’armée ukrainienne a repris le contrôle de Bezruky, Slatyne, Prudianka au Nord de Kharkiv. On s’approche donc de la frontière russe (et donc de Belgorod).
- Izium : 22 Groupes tactiques russes (1 GT = entre 600 et 900 hommes). Bombardements à Lyman. Tentatives de poussées au sud d’Izium en direction de Virnopilla et Barvinkove en échec (villes bombardées elles aussi). Lozove et Zelena Dolyna sont tombées aux mains des Russes. Zarichne et Lyman sont les deux prochaines cibles sur la route de Slovyansk. Une retraite ukrainienne derrière la rivière Siverskyi Donets paraît probable pour mieux défendre Slovyansk.
- Sevierodonetsk/Lysychansk : 10-12 groupes tactiques russes face à 9 brigades ukrainiennes. Donc égalité d’hommes mais moins d’artillerie chez les Ukrainiens. Approvisionnement en eau coupé à Lysychansk, Pryvillia et Novodruzhesk à la suite de bombardements de l’armée russe sur une station de pompage.
- Louhansk : La Russie tente toujours de prendre Popasna. La ville est disputée. Attaque aussi à Novotoshkivske qui résiste toujours.
- Donetsk : 15 groupes tactiques russes. Incendies à Avdiyivka à la suite de bombardements. à Vuhledar, Marinka, Avdiivka et près de Horlivka, sans succès.
- Centre : 10 Groupes tactiques russes. L’armée russe a mené une frappe de missiles sur un garage de véhicules agricoles dans le district de Synelnykove de la région de Dnipropetrovsk
- Zaporizhzhia : Les troupes russes ont tenté d’attaquer Zelene Pole sur la ligne de front de Zaporizhzhia, mais ont échoué. Cela marque néanmoins une avancée des troupes russes de quelques kilomètres.
- Marioupol : 12 groupes tactiques russes occupé à Marioupol officiellement « libérée ». Néanmoins les batailles continuent près d’Azovstal. Une fosse commune de près de 200 cadavres trouvée en périphérie de Marioupol (Manhush). On en trouvera sans doute d’autres.
- Kherson : Renforts russes à Velyka Lepetykh et Oleshky. Nouvelle attaque ukrainienne sur l’aéroport de Chornobaivka. Attaque russe à Trudoliubivka dans la partie nord de l’oblast de Kherson. Le sort de la ville d’Oleksandrivka semble disputé.
Front diplomatique / médiatique / économique :
- Position toujours ambivalente de l’Allemagne « L’embargo sur le gaz imposé à la Russie n’arrêtera pas la guerre en Ukraine » dit le chancelier allemand Scholz. Plus tôt dans la journée, la banque centrale a annoncé qu’un embargo sur le gaz russe entraînerait une perte de 165 milliards d’euros.
- Le Premier ministre polonais a déclaré que la confiscation des avoirs russes dans l’UE devrait être une source de fonds supplémentaires pour la reconstruction de l’Ukraine et l’aide aux réfugiés. Il demande à l’UE : “Voulez-vous restituer cette propriété gelée aux Russes, après les crimes qui se sont produits ? Ce serait immoral”
- Le fabricant suédois IKEA et la société espagnole Inditex, qui détient les marques Zara et Bershka, étudient la possibilité de reconfigurer la logistique afin de revenir sur le marché russe, a déclaré Viktor Evtukhov de l’Industrie et du Commerce de Russie
- Inquiétude sur l’état de santé de Poutine lors de sa rencontre filmée avec Shoigu. Poutine était vouté, ne lâchait pas la table, avec le regard parfois dans le vide.
- Les feux étranges se multiplient en Russie ces derniers jours. Par exemple jusqu’à cinq bureaux d’enrôlement militaires russes ont été incendiés depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, ont rapporté des médias russes indépendants. Un incendie dans une installation de recherche sur les armes à Tver a été suivi quelques heures plus tard par des informations faisant état d’un incendie dans une usine chimique clé à Kineshma.
- Marine Le Pen explique sa reconnaissance du référendum de Crimée par le fait que la Crimée est le « berceau de la Russie »… Alors qu’elle a été annexée au XVIIIème siècle.
Demain je suis de bureau de vote toute la journée. On se retrouvera donc sans doute lundi. Belle journée à toutes et tous.
Le camion équipé d’un système d’artillerie (CAESAR) est un canon automoteur français en service depuis la fin des années 2000 dans les forces armées françaises et exporté dans plusieurs pays. C’est un canon de 155 mm, long de 52 calibres (soit un peu plus de huit mètres) conçu et fabriqué par Nexter Systems à Bourges et intégré par Nexter sur son site de Roanne, monté sur la plate-forme arrière d’un camion.
7 zones de front :
- Kharkiv
- Izium
- Luhansk
- Donetsk
- Zaporizhzhia
- Kherson
- Marioupol
- Zaporizhzhia : Les troupes russes ont tenté d’attaquer Zelene Pole sur la ligne de front de Zaporizhzhia, mais ont échoué - État-major des forces armées ukrainiennes. Cela marque néanmoins une avancée des troupes russes de quelques kilomètres.
2 jeunes femmes en armes à Kharkiv
Classement à mettre à jour, la France passe désormais les 100 millions d’euros d’aide. C’est malgré tout modeste.
Fonctionnement d’un M777 howitzer, dans la province de Lôgar en Afghanistan.
L’obusier M777 est un canon léger de 155 millimètres conçu par BAE Global Combat Systems, une branche de BAE Systems. Il est opérationnel depuis 2005.
Il est assemblé dans une usine située à Hattiesburg, dans l’état de Mississippi, mais les pièces les plus complexes sont fabriquées à Barrow-in-Furness, en Angleterre
La Raspoutitsa en action
- Sevierodonetsk/Lysychansk : 10-12 groupes tactiques russes face à 9 brigades ukrainiennes. Donc égalité d’hommes mais moins d’artillerie chez les Ukrainiens. Approvisionnement en eau coupé à Lysychansk, Pryvillia et Novodruzhesk à la suite de bombardements de l’armée russe sur une station de pompage d’eau
Le rapport de force paraît déséquilibré mais l’Ukraine tient encore et toujours.
On retrouve de plus en plus souvent le drapeau soviétique sur les uniformes des soldats russes. En effet le nom Nouvelle-Russie, a désigné administrativement la région au sens large sous l’empire tsariste mais l’origine du concept d’une union politique des russophones situés hors des frontières de la fédération de Russie remonte sans doute à l’éclatement de l’Union soviétique entre 1989 et 1991, et aux craintes de conflits nationalistes et ethniques qui en découlaient.
l’Antonov-225, le “rêve” ukrainien détruit
je n’ai peut-être pas insisté assez sur le sujet mais la Russie vient de déclarer la guerre à la Moldavie en révélant ces nouveaux objectifs. Cela reprend au passage la bourde de Loukachenko…




Réagir à cet article