Aller au contenu

Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Ukraine

Jour 42 : « Le concert des nations »

Devant le Conseil de sécurité, Zelensky réclame l'exclusion de la Russie. L'occasion de revenir sur une institution bloquée par le droit de veto de 1945, du mensonge de Colin Powell en 2003 aux sanctions annoncées par l'Union européenne.

Partager

Comme tous les mercredis, très peu de temps hélas à consacrer à la rédaction de cet article. Je vais donc être court. Le thème principal de l’actualité récente portait sur la confrontation à l’ONU entre l’Ukraine et la Russie.

Le concert des nations est une expression qui est intégrée au langage commun au XIXème siècle, et est particulièrement utilisée dans les années 1930 pour désigner les relations internationales qui ne sont pas fondées sur le recours à la force. C’est l’espoir qui avait été soulevé par la Société des Nations (1919-1946) qui s’est montrée malheureusement incapable de régler les conflits d’une des périodes les plus tumultueuses de l’histoire. Son héritière, l’Organisation des Nations Unies n’a pas vraiment un meilleur bilan.

Si, contrairement à son aînée, l’ONU regroupe la quasi-totalité des pays du monde (193 états), elle reste bloquée par le droit de veto au conseil de sécurité. Droit de veto accordé aux vainqueurs de la seconde guerre mondiale : États-Unis, URSS, Royaume-Uni, Chine (Taïwan remplacée par la Chine continentale en 1971) et la France (assez chanceuse d’être considérée comme victorieuse après la collaboration de 1940).

Aucune décision ne peut être prise sans l’accord de ces états. Et comme les conflits du monde se déroulent généralement entre ces zones d’influences, tout effort paraît vain.

Pour autant, ça ne l’est pas complètement. Pour preuve, les États-Unis payent encore aujourd’hui le mensonge de Colin Powell du 5 février 2003. Les États-Unis voulaient justifier leur intervention militaire en Irak par la présence d’armes de destruction massive dans ce pays. Devant l’ONU, Colin Powell, secrétaire d’État américain, prétend en apporter la preuve, recueillie par les services de renseignement en apportant une fiole d’anthrax (maladie infectieuse très grave) devant des représentants des nations stupéfaits. Cette démonstration a eu son effet. Mais le mensonge révélé ensuite par l’absence d’armes de destruction massive dans le pays va décrédibiliser les États-Unis pendant longtemps (et encore aujourd’hui en fait). C’est la naissance à l’ONU de la « guerre préventive » (déjà utilisée par Israël mais hors ONU). C’est sa fin aussi.

À l’instar d’un tribunal, les échanges au conseil de sécurité de l’ONU laissent des traces. Les états qui ne respectent pas leur parole perdent la force de leur signature. Et en diplomatie ça compte. Même si on peut oublier. La Russie a bafoué le Mémorandum de Budapest de 1994 où elle reconnaissait les frontières ukrainiennes contre son désarmement atomique. À la réflexion l’Ukraine aurait peut-être dû refuser ou être plus exigeante. Personne aujourd’hui n’ose affronter la Corée du Nord parce qu’elle a une vraie force de dissuasion nucléaire. Il est logique que d’autres puissances veuillent ce totem d’immunité. Pire, plus le dirigeant paraît incontrôlable moins on osera le contredire. Les très nombreux articles sur l’état de santé de Poutine le montrent bien.

Une prime à la « folie » en quelque sorte.

NB : Pour information le Concert des Nations est aussi un orchestre sur instruments d’époque, créé en 1989 par Jordi Savall et Montserrat Figueras. Son nom provient de l’œuvre de François Couperin Les Nations, un concept qui représente l’union des goûts musicaux et la prémonition que l’Art, en Europe, aurait pour toujours sa propre marque, celle du Siècle des Lumières. Un pari qui paraît osé aujourd’hui.

ONU

Confirmation avec des images satellites et de nouvelles images de drones de l’implication des forces russes dans les massacres de civils (même s’il était difficile d’en douter). Le président ukrainien, Zelensky, dans un discours devant le Conseil de sécurité de l’ONU, appelle à l’exclusion de la Russie du Conseil de sécurité de l’ONU.

« Si vous ne faites rien, les Nations-Unies n’ont plus qu’à fermer » a-t-il dit.

Réponse occidentale en trois temps :

  • Envoi de matériel militaire (t-72) par la République tchèque. L’OTAN souhaite accentuer ses livraisons et aider de manière plus forte la Géorgie et la Bosnie.
  • Expulsion de nombreux diplomates (mais pas de rupture diplomatique à l’exception de la Lituanie)
  • Renforcement des sanctions économiques : interdiction d’importer du charbon de Russie, interdiction totale des transactions sur 4 banques russes clés, dont VTB, interdiction aux navires russes et exploités par la Russie d’accéder aux ports de l’UE et interdiction aux transporteurs routiers russes et biélorusses, interdictions d’exportation des semi-conducteurs avancés, les machines et les équipements de transport.

Du côté américain : Interdiction de tout nouvel investissement en Russie. L’annonce officielle devrait être réalisée demain.

L’UE lance des processus pour réduire les fonds hongrois en cas de violation de l’État de droit. L’annonce intervient deux jours après que le Fidesz, un parti dirigé par le Premier ministre hongrois Viktor Orban, a remporté une quatrième élection consécutive faussée par le contrôle d’Orban sur les médias.

Réponse russe :

  • Déni contre toute évidence des exactions des soldats russes (ce qui tend à confirmer une organisation au sommet et non pas quelques troupes qui désobéiraient aux ordres).
  • Certainement une réponse similaire au niveau diplomatique.
  • Pression sur les livraisons de blé ukrainien à l’étranger. L’objectif est de faire porter la responsabilité d’une éventuelle crise alimentaire mondiale à l’occident par « ses mauvais choix » (Poutine).

Évolution du front.

  • Ouest et Nord : Les militaires ukrainiens ont pu regagner les casernes les plus au Nord et sécuriser les frontières. Un missile a atteint un entrepôt d’engrais polluant l’eau localement. Quelques bombardements (Lviv, Kozyatyn). Putyvl et Buryn ne sont plus occupées par les Russes mais pas encore investies par l’armée ukrainienne.
  • Kharkiv : 54 bombardements hier. 6 tués, 8 blessés. Arrestations et kidnapping de militants ukrainiens dans l’arrière-pays (au Nord-Est)
  • Izium : Attaque russe et prise de Brazhkivka, Sulyhivka et Dovhenke en direction de Barvinkove. L’objectif est Sloviansk puis Kramatorsk. La compagnie ukrainienne des chemins de fer a évacué 15 000 personnes de Pokrovsk, Kramatorsk, Sloviansk et Lozova.
  • Louhansk : Attaque russe sur Popasna. Les troupes russes ont atteint un dépôt de train au centre de Popasna. La partie nord et ouest de la ville reste aux mains des Ukrainiens. De violents combats ont été signalés à Rubizhne et à Lysychansk. Aucune avancée significative signalée dans la région. Attaque d’un réservoir d’acide nitrique à Rubizhne
  • Horlivka : Attaque d’artillerie russe sur Novhorodske (usine Chimique)
  • Donetsk : Attaque d’artillerie russe sur Marynka et Avdiivka.
  • Marioupol : Pas de nouvelle. Reddition de soldats ukrainiens toujours pas claire.
  • Kherson : Rumeurs de contre-attaque ukrainienne dans la nuit après l’attaque russe d’hier sur Olexandrivka. Mikolaiev est régulièrement bombardée. Certains pensent que c’est pour couvrir un recul des troupes russes vers la Crimée. Ça paraît peu probable.

Au moins trois attaques hier sur des sites chimiques. C’est inquiétant.


La résistance russe passe souvent par la culture.

Borodianka et le buste de Taras Shevchenko

Colin Powell en 2003 et son faux Anthrax

buste de Taras Shevchenko

Réagir à cet article

Votre commentaire paraîtra après quelques minutes, le temps que le site se reconstruise. Les insultes et le courrier indésirable sont écartés automatiquement ; le désaccord, lui, est le bienvenu.

Votre pseudonyme et votre texte seront publics. Votre adresse email, si vous la donnez, ne sera jamais affichée ni transmise — elle sert uniquement si une réponse est nécessaire.

Dans la même rubrique

Tout Ukraine →

Le bombardement de trop ?

Une nuit très difficile pour Kyiv : le bilan des morts dans la capitale s’élève déjà à 14.

· Lecture 1 min

Jour 1636 - Sortir de sa zone de confort

Difficile de penser le monde dans le bruit ambiant. On se raccroche souvent à ce que l'on connaît déjà. Je suis persuadé que l'on se trompe en agissant de cette manière et que ça pénalise nos capacités d'analyse.

· Lecture 15 min