Jour 32 : La population russe
Les quatre Russies de la géographe Natalia Zubarevitch : les métropoles encaissent les sanctions, les villes moyennes et les campagnes fournissent les soldats. S’y ajoutent une fracture générationnelle et une surreprésentation des minorités dans l’armée.

Étude des clivages de la société russe. Bien loin d’être monolithique comme présentée souvent. Le clivage n’est pas tant social (Peuple / Opposant / Oligarques) que géographique, générationnel, démographique, économique et urbanistique.
Il y a 4 Russies selon Natalia Zubarevitch (professeure à l’Université de Moscou)
- La Russie des villes de plus d’un million d’habitants. Ces villes se sont développées rapidement, sont plus ouvertes à l’international et aux idées d’opposition car plus politisées. C’est là où l’impact des sanctions internationales sera le plus fort. Mais cette Russie fournit peu de soldats. Ce sont ces personnes que l’on retrouve à passer la frontière finlandaise par exemple.
- La Russie des villes moyennes et des petites villes. En déclin depuis la chute de l’URSS avec des revenus plus modestes et un exode vers les plus grandes villes. Une identité régionale parfois forte. C’est le cœur du Poutinisme. La propagande marche à plein, mais le retour des morts du combat se verra.
- La Russie rurale. Grand isolement, grande pauvreté. Elle représente environ un tiers de la population. Cette Russie sera sans doute peu touchée par les sanctions. Mais elle sera touchée sur le plan humain par la guerre.
- Les marges comme le Nord du Caucase (Tchétchénie, Ossétie, Abkhazie…). Démodernisation, peu d’activité. Subventions de Moscou et régimes mafieux.
À ceci s’ajoute un clivage générationnel. La génération des 18-25 ans est connectée au monde, ils n’ont connu que Poutine. Ils sont concernés par la guerre et ne veulent pas mourir au front. Celle des 40-55 ans voit tous leurs efforts depuis la crise des années 1990 réduits à néant par les sanctions. L’espérance d’une retraite par capitalisation s’effondre. La génération des plus de 55 ans vote traditionnellement pour Poutine. Mais Poutine sort des codes de la guerre froide connus de cette génération.
Enfin il y a un clivage ethnique sur lequel je reviendrai. Il y a une surreprésentation des ethnies minoritaires dans l’armée (notamment asiatiques). Comme dans d’autres pays (comme les USA) cela représente aussi les inégalités économiques du pays.
Ce sont ces clivages qui vont orienter une éventuelle opposition à la politique de Poutine.
Sur le front il y a des changements :
- Avancée ukrainienne nette dans la région de Soumy et Kharkiv. Les villes de Soumy et de Kharkiv sont désormais reliées par la route sous contrôle ukrainien.
- Concentration des attaques russes sur Chernihiv et sur le Donbass. Volonté de tenaille qui se confirme. Le sort du conflit se joue peut-être là. La zone la plus éloignée pour recevoir l’aide extérieure et la plus difficile à atteindre. Cela explique aussi l’effort de concentration des troupes russes dans la zone. C’est sans doute le seul endroit où la victoire est abordable pour les Russes.
De nombreuses exactions dans les deux camps semblent montrer une intensification de la haine dans ce conflit rendant un accord de paix de plus en plus difficile à envisager pour les troupes sans doute.
La population jeune qui part à la guerre n’est pas celle des grandes villes et de la sphère russophone.
Izium, Slaviansk, Kramatorsk, Kurakhove sont les cibles prioritaires.




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