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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Ukraine

Jour 65 : Les États-Unis entrent en guerre

33 milliards d'aide votés par 417 voix contre 10, dans des conditions qui rappellent le prêt-bail de 1941 : Washington ne cherche plus seulement à défendre l'Ukraine. Le même jour, Kyiv est bombardée pendant la visite d'Antonio Guterres.

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Avec 33 milliards d’aide à l’Ukraine (20 milliards de dollars d’aide militaire, 13 milliards d’aide économique) il sera désormais difficile de ne pas considérer les États-Unis comme cobelligérant dans ce conflit. De facto ils prennent la tête d’une coalition occidentale dans le conflit en fournissant à ce pays l’équivalent de la totalité du budget militaire de l’Italie par exemple. Cette mesure a été adoptée à la Chambre des représentants à 417 voix contre 10, une écrasante majorité donc. Il ne reste plus qu’à signer la loi, une formalité. On s’approche de l’aide faite au Royaume-Uni puis à l’URSS au temps de la seconde guerre mondiale (prêts, dons, le remboursement ou le paiement des frais de transport notamment pouvant ne pas être systématique. Les matériels pourront être utilisés plus de 5 ans. Les conditions sont donc extrêmement avantageuses). La Chine a haussé le ton avec un discours très dur de Wang Wenbin, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères sans pour autant montrer une envie d’intervention dans le conflit.

L’Europe fait à la fois beaucoup et peu. Elle aide mais ne s’implique pas à la hauteur des USA (alors que financièrement elle a plus de moyens). Elle est freinée par la réserve de l’Allemagne (pour rester poli) et par l’attitude de la Hongrie (une lettre de notification a été envoyée par l’UE hier). Le Royaume-Uni a appelé, mercredi, les alliés de l’Ukraine à faire preuve de « courage » en augmentant leur aide militaire, arguant que la guerre en Ukraine était « notre guerre » et la victoire de Kiev un « impératif stratégique pour nous tous ». La position de la Serbie (hors UE) pose aussi un problème stratégique majeur.

Que l’on ne se trompe pas, l’objectif des USA et du Royaume-Uni n’est plus seulement de défendre l’Ukraine mais d’écraser l’armée russe. L’empêcher de rester une puissance militaire de poids en Europe. Le point de non-retour est atteint désormais. Un des deux camps devra perdre.

Pourquoi un tel changement ? Parce que les lignes bougent dans le conflit. Il faudra du temps pour que tout le matériel occidental arrive sur la ligne de front (d’autant plus que les lignes logistiques sont touchées). La pression sur la Moldavie est de plus en plus forte. La Moldavie n’a pas d’armée pour se défendre. Elle devra sans doute se réunifier avec la Roumanie (membre de l’OTAN) en urgence si elle veut le faire. Les occidentaux ont appelé leurs citoyens à quitter le pays au plus vite. Pendant ce temps, la Transnistrie mobilise tous les hommes âgés de 18 à 55 ans. La Russie accentue son effort. Elle coupe le gaz (Bulgarie, Roumanie, Allemagne ? Moldavie ?), elle souhaite organiser des referendums au plus tôt dans les 3 oblasts (Louhansk, Donetsk, Kherson), impose le rouble, le drapeau russe, pille les céréales ukrainiennes (rappel douloureux de l’Holodomor pour les Ukrainiens).

C’est la fuite en avant d’un régime qui joue sa survie. Le bombardement de Kyiv alors que le secrétaire général de l’ONU est en pleine visite montre bien que Poutine n’a que faire d’éventuelles « règles de la guerre ». Ce n’est pas nouveau mais quelque chose me dit qu’Antonio Guterres a compris la leçon.

Situation du front.

La météo continue de s’améliorer. Une mauvaise nouvelle pour les Ukrainiens (appui aérien, moins de boue).

  • Russie : Rien de notable sur le territoire russe. Les troupes russes ont lancé environ 15 grenades sur les gardes-frontières ukrainiens au poste frontière de Senkivka puis une douzaine de mines de mortier depuis le village de Lomakivka dans la région de Tchernihiv à la frontière entre Ukraine et Russie.
  • Moldavie/Transnistrie/Odessa : Mobilisation en Transnistrie. Évacuation des occidentaux de Moldavie.
  • Ouest, Nord, Centre : Explosions signalées à Khmelnitsky. Frappe de missile sur un objet d’infrastructure dans le district de Shepetivka de la région de Khmelnitsky, aucune victime. Mais c’est surtout le lancement de deux missiles sur Kyiv qui est marquant. Ce bombardement se déroule alors que le secrétaire général de l’ONU est en pleine visite dans la ville (et que cette capitale n’avait plus été bombardée depuis une dizaine de jours). Antonio Guterres qui était en visite à Moscou hier aurait très bien pu être une victime de ces bombardements. C’est un acte fort de la Russie.
  • Kharkiv : Échec ukrainien sur Lozacha Lopan (frontière russe). Contrairement aux autres villes du nord de l’oblast de Kharkiv, les forces russes ont résisté ici, détruisant deux BMP-2, un BTR-80 et un T-64BV. La prise de cette ville menacerait le contrôle russe de l’autoroute E105 de Ruska Lozova à Belgorod. La perte russe de l’E105 HWY placera Belgorod sous la menace accrue d’attaques ukrainiennes à longue portée. Mais il y a des progrès au Nord de Kharkiv avec l’entrée dans Ruska Lozova et la reprise de Kutuzivka (Nord-Est). 5 personnes tuées, 11 blessées aujourd’hui à la suite de bombardements à Kharkiv et dans la région. Le service de sécurité d’Ukraine à Kharkiv a trouvé un entrepôt de pièces détachées pour chars d’une valeur de 1,5 million de dollars
  • Izium - Sevierodonetsk/Lysychansk :

Mêmes cibles qu’hier :

Bombardements sur Velyka Komyshuvakha, Dibrone, Lyman, Yampil, Rubizhne, Nyzhnie, Orikhove.

Nouvelles cibles : Lysychansk, Kramatorsk.

Toutes les attaques russes ont été repoussées. La situation à Rubizhne reste compliquée, les forces ukrainiennes sont concentrées dans la partie sud de la ville.

  • Louhansk : Avance lente qui continue vers le centre-ville de Popasna.
  • Donetsk/ Zaporizhzhia : Pas de changement de front. Un dépôt pétrolier est en feu dans le quartier Kirovsky de Donetsk. Toujours des départs de missiles russes de cette zone.

Bombardements : Zelene Pole, Velyka Novosilka, Vuhledar, Solodke, Novomykhailivka, Marinka, Avdiivka, Niu-York, Svitlodarsk, Huliaipole, Malynivka

Les troupes russes ont tenté de percer les lignes ukrainiennes dans la région de Velyka Novosilka, mais ont échoué. Idem dans la région de Solodke et Novomykhailivka, sans succès également.

Les forces évacuées de Marioupol ne sont pas allées au Donbass mais ont renforcé l’effort fait dans cet Oblast. Avec quelques gains mineurs de territoires mais beaucoup de pertes. Zaporizhzhia est une zone de perturbation où l’intention est de fixer les forces ukrainiennes pour assurer le succès des opérations dans la DO de Severodonetsk-Donetsk.

  • Marioupol : Des nouvelles parviennent toujours de Marioupol malgré le blocus autour de l’usine d’Azovstal. L’eau et la nourriture commencent à manquer. La situation est dramatique pour les derniers soldats et civils. La zone Nord de l’usine serait peut-être passée sous contrôle russe.
  • Kherson : Oleksandrivka à l’ouest de Kherson serait sous contrôle russe. De nombreuses actions de résistance dans cet oblast pour contrer l’occupation russe, notamment au niveau logistique (notamment le pont ferroviaire détruit à Yakymivka). Grands incendies autour de Kherson de la part des Russes. Raison inconnue.

Bombardements : Tavriiske, Nova Zoria, Zahradivka, Velyka Kostromka et Maryanske et environs, environs de Zelenodolsk.

Les forces russes ont poussé vers l’ouest et ont atteint la périphérie de Tavriiske. Effort russe au Nord vers Kryvyi Rih. Les combats se sont également poursuivis à la périphérie d’Oleksandrivka. Explosions à Mykolaïv.


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