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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Ukraine

Jour 485: la colonne Wagner à 350 kilomètres de Moscou

Le discours raté de Poutine, son avion parti vers le bunker de Valdaï, la colonne Wagner à 350 kilomètres de Moscou — et la question qui décidera de tout : l'armée défendra-t-elle le Kremlin ?

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Il y a des choses qui bougent en Ukraine (plutôt positivement d’ailleurs) mais vu la situation (et mon temps disponible) je vais me consacrer exclusivement à la situation russe.

Ce matin je m’étais arrêté au discours de Poutine. Je vais reprendre donc là.

Ce discours est raté. Il est court et sans argument percutant autre que la rengaine habituelle (infiltration de l’étranger, traître non patriotes etc.) Pire, ce discours est une faute dans le contexte. La comparaison avec 1917 est maladroite. Elle compare donc une « opération spéciale » à la première guerre mondiale et son régime à celui du Tsar Nicolas II. En creux, Poutine admet déjà avoir perdu. Il ne contrôle plus grand-chose. Quelle que soit l’issue il sortira forcément fragilisé.

D’ailleurs dans les faits, la bascule se concrétise aussi. Son avion a été pisté comme quittant Moscou vers son bunker au bord du lac Valdaï (le transpondeur a cessé d’émettre au-dessus de Tver, au nord-ouest de Moscou). Poutine a donc probablement fui.

Dans le même temps la progression des troupes de Wagner a été exceptionnelle. À 4h du matin ils étaient à Rostov sur le Don (plus de 1000 km de Moscou) et ce soir ils entrent dans la région de Moscou (à 350km). Cette progression rapide s’explique par le fait qu’ils ne cherchent pas à tenir le terrain mais à aller le plus vite possible prendre le pouvoir.

La réponse de l’armée officielle russe est pitoyable. Les soldats les plus aguerris sont au front et les quelques camions, tranchées ne pèsent pas lourd face à la colonne de Prigozhine. Il y a bien eu des bombardements effectués mais aussi et surtout des forces russes abattues (hélicoptères, Antonov 26 notamment).

L’approvisionnement des forces russes en Ukraine est coupé. Le salut ne viendra pas de là. Kadyrov a essayé d’envoyer des renforts mais sans succès. Prigozhine cherche à envoyer des renforts de Syrie de son côté. Il cherche des soutiens chez les généraux (Sourovikine aurait rallié Prigojine). Qui sait là, la guerre en Ukraine est peut-être en passe de se finir sans que l’on s’en rende compte (d’ailleurs des chaines Telegram russes annoncent une activité importante du côté de Kherson).

Pendant ce temps les Russes se confrontent à la guerre sur leur sol. À Rostov, la gare est bondée, les gens cherchent à fuir. Ils craignent des affrontements entre l’armée régulière et Wagner. Et aussi l’arrivée des Tchétchènes qui seraient aux portes de la ville. Rostov est une ville stratégique. C’est la plate-forme de la guerre en Ukraine au Sud (plus importante encore que Belgorod au Nord).

Un autre pays à surveiller est le Bélarus. Tenu à bout de bras par Poutine, le fruit est mûr pour tomber. Et le message des soldats biélorusses pro-Ukrainiens laisse penser qu’ils vont partir à l’assaut de leur côté aussi.

La défense de Moscou se prépare. Les ponts sont coupés. L’armée et la police russes ont déployé des effectifs à chaque carrefour de Moscou et contrôlent tous les accès à la capitale. Mais l’armée voudra-t-elle défendre le Kremlin ? Pour l’instant elle a paru peu motivée. La population se protégera et se mettra en repli. Elle acclamera le vainqueur pour éviter les soucis mais ne sera pas décisionnaire.

Poutine ne peut pas compter sur ses alliés. La plupart sont des obligés (Mali, Syrie…) ou trop loin (Cuba, Corée du Nord) ou eux-mêmes aux prises avec des difficultés internes (Iran).

Maintenant il faut surtout éviter le bain de sang et la dispersion des armes (notamment nucléaires).

Le message transmis par le ministère russe des affaires étrangères laisse penser que la transition est déjà en cours.

« Nous mettons en garde les pays occidentaux contre les tentatives d’utiliser la situation intérieure russe pour atteindre leurs objectifs russophobes. De telles tentatives seraient vaines et ne trouveraient aucun écho ni en Russie ni parmi les forces politiques raisonnables à l’étranger. »

Quel que soit le gagnant de ce bras de fer, le vainqueur sera très affaibli. Il devra consommer l’échec de la guerre en Ukraine. Et ça va faire très mal au peuple russe.

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