Jour 25: "Temps médiatique, temps militaire, temps politique"
À mesure que l'attention retombe, la propagande se rode des deux côtés. Le Bélarus devient une clé du conflit : ses troupes massées à Brest font peser le risque d'un nouveau front.

Les jours passent, on va finir par parler de moins en moins de l’Ukraine. Pendant ce temps la propagande se rode de chaque côté et rend de plus en plus difficile de faire le tri dans les informations. Premières exactions russes à Marioupol contre déplacement de population et création de camp et d’exil forcés en Russie pour les Ukrainiens. Difficile d’être certain de la réalité de ces faits.
Une des clés de ce conflit est la position du Bélarus (et donc de son dictateur en chef Loukatchenko). Celui-ci est resté au pouvoir grâce à l’intervention russe contre la révolution dans son propre pays. De nombreuses troupes sont stationnées à Brest, le long de la frontière polonaise et ukrainienne. Le risque d’un nouveau front est réel. En rétorsion l’Ukraine a expulsé Igor Sokol, l’ambassadeur biélorusse (dans une vidéo de propagande on voit un soldat ukrainien lui remettre 30 pièces d’argent, le prix de la traîtrise le comparant ainsi à Judas). De nombreux officiers biélorusses ne souhaitent pas entrer dans le conflit. Dans le même temps le germe de la révolte n’est pas passé. Il n’est pas impossible que le régime soit emporté avec le conflit. Qu’il y entre ou pas.
Une autre clé, ce sont les soldats. Si la Russie insiste pour que les Biélorusses rentrent dans le conflit c’est parce qu’ils ont épuisé leurs réserves. Ils rappellent leurs mercenaires de Wagner, des forces en Ossétie (annexée à la Géorgie), des appelés. Cette fuite risque de fragiliser la puissance russe en Syrie, Afrique de l’Ouest, Géorgie, Moldavie et en Arménie. Les Azerbaïdjanais testant les limites des forces russes et arméniennes au Haut Karabagh en ce moment. L’Ouzbékistan et le Kazakhstan ont de leur côté pris leurs distances et même condamné l’invasion de l’Ukraine. Peut-être une explication au retournement chinois de ces derniers jours. Cela n’empêche pourtant pas la Russie de menacer la Bosnie Herzégovine par l’intermédiaire de son ambassadeur (« La Bosnie peut rejoindre n’importe quelle alliance qu’elle veut. Nous nous réservons le droit de réagir, et l’Ukraine est un exemple de l’une de nos réactions »). Toujours cette stratégie du pire de Poutine. À ce titre la préparation de l’opinion publique à l’utilisation des armes chimiques ou à l’invasion de la Moldavie ou de la Pologne par Lavrov sont des signaux très inquiétants.
Autre problème, le nombre de gradés russes morts au front est déjà impressionnant. Des rumeurs (invérifiables donc) font état de premiers complots de gradés contre Poutine. Les premières sanctions contre les gradés encore en vie arrivent aussi à Moscou. Les premières pénuries touchent la Russie (notamment sur le sucre) mais aussi les pays dépendants de la production russe et ukrainienne (comme l’Égypte). Cette actualité devrait monter en régime au fur et à mesure que les jours passent.
Du côté occidental la question posée pour les avions se pose aussi pour les missiles anti-missiles. Les États-Unis équiperaient les pays de l’Est en missiles Patriots et les pays de l’Est donneraient leurs S300 aux Ukrainiens. Problème, ça nécessite du temps (des semaines) et de la formation (des mois). Un temps que l’Ukraine n’a sans doute pas. En effet celle-ci a déjà perdu la moitié de son potentiel anti-missile. La Russie elle arrive sans doute au bout de ses réserves de missiles et se voit obligée d’utiliser de coûteux missiles hypersoniques. Là encore, le temps va être la clé pour savoir qui arrive en bout de course le premier.
Demain la bourse de Moscou devrait ouvrir à nouveau. Le soutien de l’état russe sera sans doute maximal pour éviter la faillite. Reste à voir si ça sera suffisant.
Sur le front quelques batailles sont fondamentales :
- Donbass (Izium/Shandryholove/Rubizhne/Sievierodonetsk) : En cas d’échec, les forces ukrainiennes risquent l’encerclement.
- Nord (Kharkiv/Sumy/Chernihiv) : les villes tiennent malgré les bombardements. Quelques contre-attaques ukrainiennes.
- Sud : Mykolaiv tient mais les forces russes tentent de la contourner à l’Est. Il est vital pour les Ukrainiens d’empêcher ces progressions qui mettraient en danger Zaporija / Dnipro / Kryvyi Rih et donc tout l’Est de l’Ukraine.
- La situation à Marioupol est désespérée, celle de Kyiv est stable. Toutes les grandes villes sont bombardées quotidiennement de manière plus ou moins intense.
N’oublions pas ce conflit. L’Ukraine a besoin de nous. Le monde est à un point de bascule.




Réagir à cet article