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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Ukraine

Jour 22: "La fuite en avant russe ou l'expérience de Milgram en application".

Les positions se cristallisent et Marioupol est en passe d'être rasée. Le bombardement du théâtre dramatique restera un crime de guerre ; l'objectif assumé est de terroriser et d'affamer les civils.

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La dernière journée a été révélatrice d’une cristallisation des positions. Sur le terrain la guerre se focalise sur le Donbass (Karkiv, Yzium) et sur le sud (Kherson, Zaporija, Marioupol). Il paraît clair que les forces russes ne leur permettent plus d’avancer s’ils ne se débarrassent pas de certains fronts, et notamment Marioupol.

Poutine continue sa logique et l’accentue. Après avoir fait une première épuration dans ses propres services pour éviter de porter la responsabilité du mauvais engagement dans le conflit, il accentue les frappes sur les villes ciblées. Marioupol est en passe d’être rasée. Le bombardement du théâtre dramatique restera un crime de guerre qui sera jugé par l’histoire (et peut-être par le TPI un jour). L’objectif est clairement de terroriser et d’affamer la population civile. 20 000 personnes ont réussi à fuir la ville, certains chiffres donnent un nombre de victimes équivalent dans cette ville. L’aide humanitaire reste bloquée (voire pillée) à l’entrée de la ville. Tant que cette ville ne tombe pas, les forces russes ne pourront pas progresser significativement.

La Russie paraît incapable de remettre en cause son mode de fonctionnement. On assiste à un biais cognitif classique dans les régimes dictatoriaux. Remettre en cause le système, c’est remettre en cause son propre fonctionnement.

Pourquoi avoir cautionné le système jusque là s’il est acté qu’il est injuste et violent ? C’est le principe même de l’expérience de Milgram où l’on punit une victime innocente pour la science (voir vidéo extrait de “Z” de Costa Gavras). Commencer à punir un innocent même de manière douce au départ est insupportable au fur et à mesure que cette violence augmente. Cette expérience est légitimée par le système (dans la vidéo c’est la science, en Russie c’est l’État) Mais comment arrêter l’expérience puisqu’on a accepté le principe au départ ? En chacun de nous sommeille un fasciste en puissance. Le voir c’est accepter une dévalorisation insupportable de l’image de soi. “on est bien sûr à la fois des fonctionnements individuels mais aussi de groupes en interaction. Comment être russe et dénigrer son propre pays, sans le quitter, alors que toute opposition subit une répression tout en ayant l’impression que le monde entier est contre soi ? “ (@dominique Ramuscello)

Dans un pays où l’État tient un rôle capital depuis 1917, remettre en cause cette autorité enlève du sens à votre propre vie. Ce drame a été vécu par de nombreux Européens de l’Est à la chute du mur mais est acté aujourd’hui. La Russie elle a vécu un destin différent. Les années 1990 ont été cataclysmiques. Poutine restera celui qui a rétabli l’ordre et l’État dans un pays devenu anarchique. Il a redonné du sens à la vie des Russes et une forme de justice face à l’arbitraire des mafias. L’arbitraire reste mais les règles sont connues et logiques. Il s’agit de se soumettre à l’État.
Aujourd’hui la Russie est un pays âgé et une remise en cause profonde paraît tout simplement impossible avec des éléments rationnels. De nombreux Russes sont donc sincèrement persuadés que le régime dit la vérité. Et toutes les preuves montrées n’y changeront rien.

Cette démographie oblige aussi la Russie à chercher désespérément des soldats en Syrie, Sibérie, Ossétie etc. Des mercenaires peu motivés qui n’influeront pas sur le cours du conflit. Elle pousse aussi la Biélorussie à intégrer le conflit. Des “exercices militaires “ ont eu lieu dans la nuit sur son sol. Concrètement la population russe a pu entendre des explosions dans de nombreux villages. La guerre se rapproche. Loukatchenko tient son pouvoir de Poutine (après la révolution avortée de l’année dernière) mais peut le perdre à cause de lui. Difficile pour le pouvoir biélorusse de se montrer à la fois solidaire de la Russie et non engagé dans le conflit.

Alors la stratégie continue et s’amplifie. L’escalade agit dans les deux camps. À chaque avancée russe, l’OTAN réagit de manière forte. L’engagement massif des USA hier annonce une montée en puissance de l’OTAN dans le conflit. La guerre sera perdue par la Russie si ces moyens arrivent à bon port et à temps.

De son côté la Russie commence à mettre la pression sur la Finlande (membre de l’UE mais pas membre de l’OTAN) en demandant aux minorités russes de leur envoyer des plaintes. Les pays baltes devraient suivre. On est dans la même logique que celle des Sudètes en 1938. La Russie cherche un prétexte pour “sauver les Russes” minoritaires dans d’autres pays. Cela précipitera sans doute les négociations d’adhésion de la Finlande à l’OTAN (les discussions étant déjà entamées). La Suède devrait suivre logiquement le même chemin. Dans le même temps la Moldavie demande à la Russie d’évacuer la Transnistrie. Le tableau de l’extension du conflit se met en place.

Mais - biais cognitif ou pas- la réalité est là. La Russie n’aurait pas réussi à régler ses dettes hier (ce qu’elle dément). Dans 30 jours elle sera donc peut-être en défaut de paiement. Et sans argent, pas de guerre.

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