Jour 20 : « Le temps c’est de l’argent »
« La guerre sera longue », dit Le Drian. Désaccord : l'économie russe tiendra difficilement au-delà de l'été. Le terrain gagné l'a été à un coût énorme, et sécuriser l'arrière mobilise déjà des troupes.

« La guerre sera longue » a dit Le Drian. Sans vouloir le vexer je ne crois pas qu’il ait raison. J’imagine difficilement l’économie russe tenir au-delà de l’été à ce rythme.
Cette guerre a échoué dans son plan initial. Celui d’une prise en main rapide du pays (et notamment de Kyiv, la capitale). Le plan suivant d’attaque sur tous les fronts n’a pas fonctionné non plus. Les forces russes ont lentement gagné du terrain, mais à un coût énorme en personnel et en équipement. Dans le même temps, la zone arrière a souffert. La résistance est faible dans la province de Kherson mais cette province est très peu peuplée (1 million d’habitants seulement). Les manifestations pacifistes sont nombreuses et c’est déjà beaucoup. La mise en place d’une nouvelle République fantoche va être plus compliquée.
La sécurité de la zone à l’arrière du front est une mission importante pour les Russes. Elle absorbe normalement des milliers de soldats (infanterie, défense aérienne, cavalerie, génie, etc.). Hier ils ont dû intervenir à Skadovsk, Lazure et Chulakivka (Kherson) suite à des rumeurs de départ. Au-delà de cette province, il y a des embuscades constantes contre les convois logistiques notamment entre Kyiv et Kharkiv. Ces embuscades contre les convois logistiques sont une autre source d’attrition en personnel, ravitaillement et équipement qui s’ajoute aux pertes au combat, et aux probables refus de combat et aux désertions des troupes russes.
Nous assistons maintenant à une nouvelle campagne. C’est un plan encore plus brutal que leurs deux tentatives précédentes. Il s’agit de conserver les gains actuels, d’augmenter la puissance de feu à longue portée sur les villes, d’utiliser les combattants étrangers comme chair à canon, de détruire autant d’infrastructures et de capacités de fabrication que possible et d’étendre la guerre à l’ouest pour dissuader les volontaires étrangers et les fournisseurs d’aide. Les troupes utilisées par l’armée russe seront moins motivées, moins professionnelles.
Cela permettra aux Russes d’économiser du personnel tout en dépensant de grandes quantités d’artillerie et de roquettes bon marché dans l’espoir de pouvoir terroriser les civils ukrainiens pour forcer un compromis politique. Cela démontre aussi la frustration de Poutine, le désespoir des chefs militaires russes et la faiblesse de la position militaire russe. L’obligation de résultats rapides aussi.
Les Russes ont mal calculé et sous-financé la guerre.
Économiquement et politiquement cette guerre est déjà perdue. Le « coût irrécupérable » des opérations en Ukraine est déjà acté. L’armée française ne croyait pas à ce conflit pour cette raison justement. On avait sous-estimé la psychologie de Poutine à ce propos. Il ne cherche pas un gain diplomatique ou économique mais une victoire militaire pour l’histoire.
Une intervention militaire de l’OTAN pourrait s’avérer être nécessaire si l’Occident ne veut pas une guerre qui dure en conflit gelé aux portes de l’Europe. Nous devrons peut-être commencer à faire des choix militaires d’autant plus difficiles qu’ils seront retardés. Notamment en utilisant nos propres drones pour assurer une aide utile aux forces ukrainiennes. Ou en leur donnant les nôtres. Il nous faudra aussi investir dans de très nombreuses batteries de défense sol-air. Notre aide pour l’instant est peu coûteuse et efficace mais ne permettra pas de mettre fin à la guerre. Les estimations (et non la peur) de l’escalade russe devraient éclairer les décisions, mais pas les différer.




Réagir à cet article