Jour 19 : « Gouverner, c’est prévoir »
Izioum serait tombée et Dnipro devient le point décisif : sa chute enfermerait les troupes ukrainiennes sur la rive est du Dniepr. Kyiv est à la croisée des chemins, entre tenir et contre-attaquer.

Je ne m’attarderai pas aujourd’hui sur le point militaire. Les bombardements restent intenses et visent des quartiers résidentiels (Comme Obolon à Kyiv ou encore à Kharkiv) ou des cibles stratégiques (comme l’usine Antonov). La ville d’Izioum (près de Kharkiv) serait peut-être tombée aux mains des Russes.
Point stratégique de plus en plus fondamental, la ville de Dnipropetrovsk (ou Dnipro). Quand la ville tombera c’est tout l’Est de l’Ukraine qui tombera aussi. Enfermant une partie des troupes ukrainiennes sur la rive Est du Dniepr.
Du côté ukrainien, premières frappes significatives dans le Donbass (16 morts) dans un quartier qui paraît résidentiel. Sans doute des civils touchés là aussi donc. Les forces ukrainiennes se retrouvent à la croisée des chemins. Elles ont besoin de contre-attaquer pour éviter de perdre chaque jour des morceaux de territoire et gonfler le moral de leurs troupes. Pour autant ces contre-attaques les exposent un peu plus et leur font sans doute perdre de la résistance à long terme envers l’armada russe. Cruel dilemme donc. Au-delà de la défaite, le risque étant d’avoir une Balkanisation du pays. Il se retrouverait ainsi morcelé et ruiné avec la création de nouvelles républiques fantoches. Au plus grand profit de la Russie.
Au niveau mondial il y a une internationalisation du conflit en cours et sa progression est inéluctable. La Russie aurait demandé (selon les Etats-Unis) l’aide militaire de la Chine (qui dément). La situation de la Chine va être déterminante. Va-t-elle sauver l’économie russe (pour mieux la placer sous son influence) ? L’abandonner ou jouer sur les deux tableaux (comme souvent) ? Va-t-elle en profiter pour régler ses comptes avec Taïwan ? La Chine pourrait être la grande gagnante mais a aussi tout à perdre avec une économie qui se « démondialiserait ». Elle reste l’atelier du monde. Elle dépend donc de nous. Mais l’inverse est valable aussi. Notre dépendance envers elle est au moins aussi inquiétante que celle vis-à-vis des hydrocarbures russes (en fait, beaucoup plus inquiétante).
La Russie cherche à rembourser sa dette en Rouble mais évidemment personne n’en veut. Elle a organisé de facto son défaut de paiement. Elle ne sera pas en capacité de rembourser. Notre argent est donc perdu (cela rappelle les fameux emprunts russes). Mais l’essentiel est ailleurs. Qui voudra financer l’effort de guerre russe maintenant que l’on sait que c’est sans espoir de remboursement ? Un échange avec des hydrocarbures est possible mais assècherait les finances russes. Ce pays ne peut pas tenir sur la durée. La Chine a plus besoin du marché européen et américain que du marché russe (malgré les hydrocarbures). Elle préservera sans aucun doute ses intérêts. La Russie ne peut se permettre de devenir une nouvelle Corée du Nord isolée et appauvrie avec un secteur militaire délirant.
Côté occidental, l’UE va publier une nouvelle liste de sanctions dans l’après-midi qui va s’ajouter aux 550 personnes déjà sanctionnées. L’OTAN débute ses exercices militaires en Norvège avec 30 000 soldats, 200 avions, 50 navires. Ces exercices étaient prévus de longue date mais dans le contexte cela ajoute de la tension (ou une force de persuasion). De son côté l’Allemagne achète des F35 pour permettre le transport de la dissuasion nucléaire US. L’escalade a déjà lieu. Une fois de plus, j’ai bien l’impression que l’on ne veut pas voir. À l’instar du dérèglement climatique, cette incapacité à voir montre peut-être une limite psychologique indépassable. Mais gouverner c’est pourtant prévoir. Même le pire.




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