Jour 17 : La situation militaire
Peu d'évolution autour de Kyiv, mais l'immense colonne russe est désormais dispersée et sert de renfort. Cinquième haut gradé tué en dix-sept jours : Poutine accentue la répression dans son propre camp.

Jour 17 :
La situation militaire : Peu d’évolution sur le front à Kyiv. La défense ukrainienne perd peu de terrain (mais en perd quand même) sur le front Ouest. L’immense colonne est désormais dispersée et sert de renfort aux troupes déjà bien affaiblies de l’armée russe. Les routes au Sud sont de moins en moins sûres et ne devraient plus tarder à être coupées. À l’Est l’armée russe peine à arriver aux faubourgs de la capitale. Les pertes sont importantes. Le colonel Andrei Zakharov a été tué sur ce front. Les colonnes de chars sont une cible facile. Il n’est pas rare de voir des mouvements de panique chez les chars russes après les premiers impacts. Sans être grand clerc, ça doit bouger chez les officiers. C’est le 5e haut gradé tué sur le front en 17 jours de combat. Intenable. Poutine a d’ailleurs accentué la répression interne en mettant à l’arrêt plusieurs généraux et en limogeant des proches.
Bien sûr les Russes réagissent, ils tentent d’éviter les grands axes en profitant du froid de cette semaine. Mais la raspoutitsa (« saison des mauvaises routes » période de l’année durant laquelle, du fait de la fonte des neiges ou des pluies, une grande partie des terrains plats se transforment en mer de boue) va revenir rapidement contraindre ces plans. C’est déjà le cas dans le Sud où il fait plus chaud. Sur ce front aussi l’armée ukrainienne cède du terrain, notamment sur la rive Ouest du Dniepr. Mykolaiv tient toujours en tant que verrou d’Odessa. Marioupol tient aussi, la défense de la ville a même détruit un régiment russe hier soir (des contre-attaques vues aussi à Mykolaiv, Kharkiv et à l’Est de Kyiv). Les manifestations de civils ukrainiens continuent (Berdiansk, Melitopol, Kherson) malgré une répression de plus en plus sévère (400 arrestations à Kherson avant hier). L’objectif russe paraît assez clair. Prendre Zaporijia puis Dniepropetrovsk pour isoler tout l’Est du Dniepr et enfermer les troupes ukrainiennes. Mais cela va prendre du temps.
Les premiers bombardements sur des villes relativement épargnées comme Dnipro ou Lutsk montrent une volonté d’étendre les fronts. Une alerte a même eu lieu au Bélarus hier. Difficile de savoir si c’est une opération russe pour forcer le Bélarus à rentrer dans le conflit ou une volonté ukrainienne de pousser au désengagement ou à la révolte au Bélarus. Loukachenko est très réticent à entrer dans le conflit mais il tient son maintien au pouvoir grâce à la répression russe de la révolte populaire. Si l’armée biélorusse intervient, un nouveau front à l’Ouest pourrait être engagé et mettre en danger Lutsk et Lviv. L’écroulement du régime ukrainien serait alors possible. Mais la frontière entre les deux pays est constituée de peu de routes et de beaucoup de marécages. Défense naturelle parfaite dans le contexte. Et l’armée biélorusse n’est sans doute pas au niveau de l’armée russe (déjà en difficulté). La motivation ne sera pas la même non plus. Certains généraux biélorusses ayant déjà démissionné pour montrer leur opposition à ce conflit.
Autre évolution notable de ces derniers jours, le renfort des défenses anti-aériennes (notamment à Dnipro) montre que les occidentaux ont peut-être fourni une aide aux Ukrainiens à ce niveau. Vu les bombardements intensifs ça serait une idée louable.
D’une manière générale l’armée russe est quasi à l’arrêt. Ça peut être une pause technique, (comme il y en a eu beaucoup), lié à une nécessité de compléter les régiments suite aux pertes. Cela peut être lié aussi à un problème matériel (approvisionnement en essence, réparations) ou enfin une stratégie militaire (bombarder les villes pour affamer la population et éviter des pertes de soldats de son propre camp). L’appel aux mercenaires étrangers (notamment syriens) est un aveu d’échec de Poutine, tout comme son « ignorance » de l’envoi des conscrits (peu probable). On peut supposer que les mères de soldats jouent leur rôle pour restreindre le nombre de soldats russes sur le front (150 000 environ).
Au niveau de la communication l’armée russe a compris son échec. De nombreux trolls russes arrivent sur les réseaux (en général Africains par leur localisation). Le relativisme marche à plein malgré quelques couacs. Lavrov contredisant ses propres officiers en admettant le bombardement de la maternité de Marioupol mais en disant qu’elle servait de base à l’armée ukrainienne. L’armée ukrainienne de son côté propose des primes aux militaires russes désertant avec leur matériel. 1 million de dollars pour un aviateur avec un Mig, 500 000 pour un hélicoptère. Original.
Je ne vois pas Poutine céder malgré l’échec.
Je ne vois pas les Ukrainiens céder malgré les pertes de terrain.
On est sans doute parti pour un conflit long sauf si l’économie russe explose en vol ou si le conflit s’étend à cause des Russes (en Moldavie par exemple) ou à cause des pro occidentaux (comme en Géorgie ou au Bélarus).
Photographie : manifestation à Odessa, le 20 février.
Emilio Morenatti / SIPA




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