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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Ukraine

Jour 14 : « La guerre c’est la continuation de la politique par d’autres moyens »…

Ascenseur émotionnel autour des Mig-29 polonais, refusés par Washington. La guerre change de terrain : Moscou abandonne la « dénazification », Kyiv donne des signaux sur la souveraineté.

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Jour 14 : « La guerre c’est la continuation de la politique par d’autres moyens » (Clausewitz)

(article rapide, j’aurai très peu de temps aujourd’hui et demain hélas)

Ascenseur émotionnel hier soir. La Pologne ayant accepté de donner ses Mig-29 à l’Ukraine en choisissant les États-Unis comme intermédiaire. Douche froide ce matin suite au refus des USA de se voir impliqués directement dans le conflit. L’occident a le doigt sur la gâchette mais peine toujours à oser franchir le Rubicon car l’essentiel se joue ailleurs que sur le plan militaire.

La guerre change de tournure sur le front diplomatique. Chacun avançant ses pions et essayant de crédibiliser ses menaces. La Russie a été la première à faire des efforts en supprimant son objectif peu crédible de « dénazification » et même l’idée d’éliminer le président Zelensky. L’Ukraine a donné de son côté des signaux favorables en acceptant de revenir sur sa volonté de retrouver la pleine souveraineté sur l’ensemble de son territoire (Crimée et Donbass occupé). L’issue du conflit paraît donc se lire en filigrane. L’Ukraine a perdu la Crimée et perdra sans doute l’intégralité du Donbass mais ne sera sans doute pas empêchée de gagner le camp occidental pour ce qui lui reste de territoire.

La question fondamentale est celle de savoir qui a intérêt à ce que le conflit dure. Pour la Russie les gains territoriaux de cette nuit ne sont pas négligeables. La route à l’Ouest de Kiev est coupée, l’Est le sera prochainement. Néanmoins la Russie ne peut plus se financer sur les marchés et ses réserves s’épuisent à grande vitesse (d’autant qu’une partie de celles-ci sont bloquées). La mort du général Vitali Gerassimov est due à l’impossibilité pour les Russes d’utiliser leur coûteux système de brouillage « Era ». Ce général a donc dû utiliser un téléphone « classique » dont la carte Sim a été localisée. Cela montre une fois de plus les faiblesses de cette armée.

Poutine va signer un décret interdisant l’export de matières premières vers certains pays demain. La menace contre l’Allemagne est à peine voilée. C’est le maillon faible du camp occidental par ses imports de gaz. Mais ce faisant la Russie se priverait aussi de ses dernières sources de financement. Il faut voir aussi cette menace comme une réponse aux pays qui ont déjà décidé un embargo sur le sujet (USA, R-U). La plupart des sociétés occidentales boycottent désormais la Russie (on attend toujours que Total le fasse chez nous). Le conflit devient visible pour les Russes. Partagés entre soutien nationaliste et opposition à Poutine. Difficile de savoir quel camp est majoritaire.

Côté ukrainien les dégâts sont chaque jour plus grands. Les réussites ponctuelles (notamment celle des drones artisanaux) ne font pas oublier les pertes de terrain et l’incapacité du pays à retrouver une armée régulière avec du matériel lourd et aérien pour contrer les Russes. Les raids aériens permanents risquent de saper le moral des troupes et des civils s’il n’y a pas la possibilité d’afficher des victoires décisives. La colère contre l’inaction occidentale monte. Mettre fin au conflit dans des conditions acceptables ou obtenir les moyens d’inverser la donne est prioritaire pour eux.

Côté Occidentaux la crainte principale est celle de l’extension du conflit. La situation est très inquiétante dans les Balkans (notamment en Bosnie) en Moldavie et en Géorgie. L’Occident a les clés de la fin de ce conflit et le sait. Il pourrait donner des armements lourds à l’Ukraine. Mais nous semblons juger que l’usure de la Russie va être plus grande que sa capacité à emporter des victoires militaires. C’est-à-dire que nous basons notre politique sur la capacité de la résistance ukrainienne et l’essoufflement russe. C’est un pari risqué et d’une certaine manière assez immoral puisque nous allons laisser s’allonger la liste des victimes (notamment civiles) de manière délibérée.

Le pragmatisme de la guerre a des aspects assez terrifiants parfois.

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