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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Ukraine

Jour 11 : Installation des stratégies.

L'effet de surprise passé, chacun s'installe dans sa stratégie. L'Ukraine a gagné la guerre de la communication mais la perd sur le terrain : Internet est un prisme déformant.

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L’effet de surprise passé, chacun s’installe dans sa stratégie de guerre.
Si l’Ukraine a gagné la guerre de la communication il ne faut pas se leurrer, elle la perd pour l’instant sur le terrain.

Après les déconvenues initiales, les forces russes installent une stratégie de rouleau compresseur pour mater la résistance ukrainienne. De petites communes tombent les unes après les autres (Trstyanets, Belokurakino par exemple), des installations stratégiques de défense sont bombardées (comme l’usine de chars de Jitomir).

Internet est un prisme déformant. Les nombreuses petites victoires ukrainiennes et les lacunes de la communication russe nous font voir ce que l’on a envie de voir. La contre-offensive pour briser l’encerclement de Kharkiv n’a eu que peu de résultats. Les rumeurs de reprise de Kherson et de la centrale de Zaporija et de la ville de Enerhodar n’ont pas été vérifiées.

La stratégie ukrainienne a pourtant ses réussites. Le ciel est de plus en plus dangereux pour les Russes. Ils ont payé un lourd tribut dans les airs hier. Avec au moins 9 avions perdus. Intenable sur la durée. Les Ukrainiens utilisent aussi de mini-drones commerciaux pour cibler avec des grenades les chars russes. Cela peut paraître dérisoire mais c’est diablement efficace. Le choix stratégique est donc celui de la guérilla. Pour preuve, aucune tentative sérieuse de prendre la fameuse colonne russe au Nord de Kiev. Privée de nourriture et de carburant cette colonne est devenue le plus grand camp de prisonniers à ciel ouvert du monde. Aucun intérêt pour les Ukrainiens de devoir prendre en charge des milliers de soldats. Ils préfèrent préparer la défense de leur capitale plutôt que de conquérir du terrain qu’il faudra tenir ensuite.

Tenir le plus longtemps possible pour que la Russie craque. C’est sans doute le meilleur choix en fonction des forces en présence. Les sanctions économiques prennent une ampleur jamais observée depuis 1945. La Russie est quasi coupée du monde. De nombreux Russes se retrouvent au chômage technique, dans la difficulté pour payer, retirer de l’argent, le rouble ne pourra pas tenir éternellement. Les touristes russes à l’étranger sont coincés. Certains (plus riches) choisissent déjà de partir en attendant des jours meilleurs. Il y a une panique aussi dans la jeunesse russe qui a peur de se voir mobilisée. Le Kremlin a dû démentir hier l’idée d’un état d’urgence pour calmer cette panique. À ce niveau le temps joue contre la Russie. 90% de l’armée russe est mobilisée, le Bélarus et le Kazakhstan (pourtant alliés) refusent de s’engager, l’équipement doit être entretenu, le carburant arriver sur le front, les troupes se relayer etc.

Poutine en est conscient. Il a peu de choix à sa disposition. Une victoire totale et rapide est désormais exclue. L’armement occidental arrive petit à petit et va accentuer les pertes russes. Il doit donc négocier en se dégageant une sortie honorable (Reconnaissance d’une Crimée russe, Donbass ?) et dramatiser la réaction russe (menace nucléaire) pour pousser son avantage. Paradoxalement, je ne suis pas sûr que l’Ukraine y gagne. Ni même l’occident. La situation est telle qu’un conflit qui se terminerait par une forme de statu quo laisserait planer un danger sur tout l’occident. La Russie ne tient que par le régime autoritaire de Poutine. Les manifestations se multiplient sans possibilité pour lui de réprimer. Ça commence à se voir. On oublie souvent que la Russie est le dernier Empire colonial d’Europe. De nombreux peuples (Komis, Tatars, Ingouches, Bouriates etc.) n’ont aucune envie de mourir pour une Ukraine russe.

Les forces russes marchent donc sur des œufs. Cela explique aussi sans doute leur stratégie. Bombardements intenses sans pour autant utiliser de bombardiers lourds et raser les villes. Pas (ou peu) de répression des manifestations dans les villes reprises aux Ukrainiens (3 civils blessés par balle néanmoins hier). Pas évident pourtant que cela puisse durer avec le harcèlement quotidien des troupes russes. La panique nucléaire en occident n’a sans doute que peu de sens. C’est une arme de propagande utilisée par Poutine pour obtenir plus et plus vite. Elle a déjà permis d’empêcher la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne et l’engagement de troupes occidentales. Il va pousser son discours plus loin en considérant chaque pays aidant l’Ukraine comme étant en état de guerre contre la Russie. Ce ne sont que des mots car la Russie ne peut plus se permettre un nouveau front et serait vulnérable à l’envoi de troupes occidentales mais il est probable que cela fasse son effet sur les populations et les gouvernements occidentaux et permette à la Russie de garder encore quelques marges de manœuvre dans le conflit.

L’occident craint d’être allé trop loin. Il ne se rend peut-être pas compte que la période est justement décisive. Ce conflit ne se terminera qu’avec la fin de Poutine ou celle de l’Ukraine et donc de la stabilité en Europe. Il n’y aura pas d’alternative.

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