Jour 10 : L’enlisement ?
Dixième jour : les fronts bougent peu, l'aviation russe reste en difficulté et les manifestations continuent en zone occupée. L'immense convoi au nord-ouest de Kyiv devient l'enjeu du moment.

En ce 10e jour de conflit les fronts bougent peu. L’aviation russe est toujours en difficulté (encore un Su-25 et un Mi-8 abattus cette nuit). Les paysans ukrainiens ramassent toujours des blindés. Le ministre de la défense ukrainienne s’en amuse en disant qu’il a plus récupéré de matériel depuis le début de la guerre que depuis 2014. Il y a bien sûr de la propagande là-dessous mais cela montre néanmoins le défi logistique (et le manque de motivation ?) des troupes russes. Des manifestations de civils continuent même dans les zones occupées (Melitopol, Novopskov). Cela oblige sans doute les troupes russes à maintenir des effectifs et doit être difficile pour le moral des soldats qui se voyaient libérateurs.
À ce titre l’immense convoi au Nord-Ouest de Kyiv est sans doute un enjeu important.
Au Nord et au Sud les troupes russes avancent lentement mais elles avancent malgré tout. Une trêve pour l’évacuation des civils a lieu à partir de 10h sur Marioupol (privée d’eau et d’électricité) et Volnovakha. C’est évidemment une bonne nouvelle mais il n’est pas rare que ces cessez-le-feu soient bafoués ou pire le prétexte à mieux raser la ville ensuite. Des premières exactions sont notées. Comme dans tous les conflits les civils en sont les premières victimes.
L’OTAN a affirmé à nouveau ne pas vouloir de zone d’exclusion aérienne. Elle ne s’engagera pas directement dans le conflit. La Russie de son côté l’accuse de faire passer des armes par la Pologne (ce qui est vrai). Le statu quo paraît donc intenable. Du côté occidental on s’interroge de plus en plus sur la santé mentale de Poutine. Scholz ayant été « surpris » par les dénégations de Poutine sur les bombardements russes. Pourtant Poutine n’a pas changé. Il a toujours menti avec aplomb sur ce genre de sujets (Grozny, Alep etc.)
Sur le front économique le rouleau compresseur occidental s’accélère. La banque centrale russe prend des mesures très fortes pour soutenir le Rouble. D’une certaine manière elle s’est même mise de facto en cessation de paiement de ses obligations. L’Occident cherche de nouvelles sanctions en cas de continuation du conflit (couper Swift complètement ? Arrêter l’achat de pétrole et de gaz ?). Pour autant la guerre n’est pas encore palpable pour le citoyen russe lambda. De très nombreuses marques (Apple, Microsoft, Samsung, Airbnb, Intel, Google, Kering, Panasonic etc.) décident de fermer leurs portes sans pouvoir expliquer aux clients pourquoi après le renforcement de la censure en Russie. En effet c’est une véritable chape de plomb qui est tombée hier soir là-bas. De nombreuses sources journalistiques ont dû cesser d’écrire sous peine de risquer une condamnation de 15 ans de prison. L’ONG russe des droits de l’homme Mémorial a été perquisitionnée hier. Twitter, Facebook et les chaînes occidentales sont inaccessibles. Une équipe de presse a été ciblée (et blessée) par des tirs russes hier malgré leurs sigles PRESS bien visibles. Les images vont être plus difficiles à obtenir. Celles des drones de la BBC hier sur les destructions de Borodianka ont été (trop) marquantes sans doute.
Les populations européennes s’impliquent dans le conflit. Rassemblements pro-ukrainiens impressionnants à Tbilissi (capitale de la Géorgie) et à Prague. À l’inverse, rassemblement pro-russe à Belgrade (Serbie). Chacun choisit son camp. La question de l’enrôlement forcé des soldats russes a été soulevée au Sénat. Si le bilan est aussi lourd qu’annoncé (on approcherait des 10 000 morts) il sera difficile au pouvoir de le cacher indéfiniment.
La situation reste donc complexe. Qui craquera en premier ? Le matériel russe ? Le moral des soldats ? L’armée ukrainienne ? On se dirige vers des positions plus figées et des bombardements plus intenses et plus distants (donc moins précis). Les pertes civiles vont donc s’intensifier. L’exode est de plus en plus difficile (une famille a été tuée par les Russes dans sa voiture en sortant de Kyiv hier). Un million de civils ont déjà fui leur pays mais on attend un exode massif (17 à 18 millions d’après une estimation récente). Le défi pour déplacer, soigner, nourrir une telle population est immense. La question du traitement des prisonniers va elle aussi être de plus en plus importante. Avec l’accentuation des combats, le risque de bavure va être de plus en plus important lui aussi. Une guerre n’est jamais propre, mais plus elle dure, plus elle est sale. Et dans les deux camps.




Réagir à cet article