Jour 51 : « Navire Amiral »
Le croiseur Moskva, navire amiral de la flotte de la mer Noire et 750 millions de dollars, a coulé avec 510 hommes à bord. Aucune perte comparable depuis le Belgrano en 1982 ; Moscou préfère parler d'un accident.

J’avais prévu un article sur la stratégie dans le Donbass mais la perte du croiseur Moskva mérite que l’on s’y arrête un instant. Le terme amiral vient de l’arabe « أمير الـ » (ʾamīr āl) « chef de, commandant de », terme composé du nom « أمير » (ʾamīr ou émir), « chef, commandant ». En ciblant un navire amiral on cible un fleuron, donc un symbole. D’ailleurs c’est une constante de cette guerre de cibler les officiers (7 généraux tués déjà) comme une manière de distinguer les officiers de l’armée russe (et donc de Poutine) des simples soldats.
- C’est un événement historique. C’est le premier navire coulé depuis le croiseur Général-Belgrano lors de la guerre des Malouines (1982). Un navire plus faible en tonnage que le Moskva d’ailleurs. Il faut remonter à la seconde guerre mondiale pour trouver un équivalent (notamment le Hyūga coulé le 28 juillet 1945). Dans l’histoire russe il faut remonter à la guerre russo-japonaise (1904-1905) et la bataille de Tsushima (27 et 28 mai 1905) pour connaître un tel affront avec le Kniaz Souvorov (Князь Суворов) et l’Osliabia (Ослябя)
- C’est le navire amiral de la flotte de la Mer Noire. Il coûte à lui seul 750 millions de dollars. Il y avait 510 personnes à bord (dont 66 officiers et 419 sous-officiers). On sait que la marine turque en a sauvé au moins 53. Pas de nouvelle précise des autres membres d’équipage pour l’instant. Ce navire avait été entièrement remis à niveau. Les travaux ont été achevés en 2021 portant sa durée de vie à 2040. Le discours russe sur une explosion accidentelle est terrible en termes de propagande. C’est préférer avouer une incompétence plutôt que de reconnaître sa défaite. Pas certain que les mères de soldats apprécient longtemps ce genre d’accusation. D’ailleurs l’armée peine à recruter en ce moment.
- Cela repousse les navires à 300 km des côtes (limite de portée du Neptune). Autant dire qu’un hypothétique débarquement sur Odessa qui paraissait déjà bien compromis est désormais impossible.
- C’est une performance stratégique. Utiliser des drones comme leurre, utiliser la météo, attendre les limites de portée du missile Neptune de conception ukrainienne. Cette opération était extrêmement complexe. Sans être désobligeant avec l’armée ukrainienne, l’aide des occidentaux paraît probable. Elle demande un renseignement performant et une coordination sans faille. Cela change l’équilibre des forces en Mer Noire. Désormais c’est la Turquie qui a la principale flotte. Et comme les détroits des Dardanelles et du Bosphore sont fermés aux marines militaires, la Russie ne pourra pas renforcer sa flotte.
La situation sur le front.
Ouest : De nouveaux bombardements russes, notamment à Kyiv. Le ministère russe de la Défense a revendiqué une attaque avec des missiles Kalibr dans une usine de Zhulyani près de Kiev qui réparait des missiles de défense aérienne et anti-navires. L’ambassade de France prévoit néanmoins son retour dans la capitale prochainement. Peut-être pour faire oublier la querelle avec le président Zelensky sur l’utilisation du mot « génocide » ou non.
Nord ; tension autour de Chernihiv et bombardement dans la nuit. Une rétorsion suite notamment aux bombardements sur Belgorod et à la frontière dans la région de Bryansk.
Kharkiv : Toujours des bombardements sur la ville qui peine à se débarrasser des troupes russes au Nord et à l’est (notamment à Bezruky et Oleksandrivka). Il y a des heurts à la frontière. (Explosions en Russie à Spodaryushino et interception de missiles à Belgorod). L’Ukraine nie toute implication mais c’est sans doute bien des missiles ukrainiens qui passent la frontière. En rétorsion les forces russes ont attaqué des villages frontaliers ukrainiens du district de Zolochiv.
Izium : Batailles à Borova et Balakliia. Volonté de couper l’approvisionnement russe à Izium. Une possibilité pour l’armée ukrainienne d’isoler le saillant russe. De son côté la Russie essaie toujours d’encercler les forces ukrainiennes à Slaviansk et Kramatorsk.
Lysychansk/Sievierodonetsk tiennent toujours : Un enregistrement audio d’officiers russes semble indiquer le projet de raser ces villes si la victoire n’arrive pas avant le 9 mai. Popasna et Rubizhne sont aussi des cibles. Le contrôle paraît partagé entre Russes et Ukrainiens.
Donetsk : Avdiivka reste la principale cible des Russes. Sans succès pour l’instant. 3 tués et 7 blessés dans les bombardements ces dernières 24 heures. Quelques heurts à Marinka. Le front bouge peu.
Marioupol : Le front évolue peu et le brouillard de guerre reste fort. Néanmoins l’usine métallurgique d’Ilychia semble désormais aux mains des Russes. La situation paraît désespérée pour les forces ukrainiennes qui ne sont plus ravitaillées désormais.
Kherson : Beaucoup d’agitation dans l’arrière-pays occupé par les Russes. Les drapeaux ukrainiens dans les mairies de Skadovsk et d’Oleshky ont été enlevés. Les forces ukrainiennes harcèlent les positions russes mais le front évolue peu. Les troupes ukrainiennes sont peut-être en difficulté pour passer à l’offensive. Si chaque camp n’a plus les moyens de mener des batailles décisives c’est peut-être le signe que le temps des négociations s’approche.




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