Jour 206 : « Le déclin de la Russie et son impact au Caucase et en Asie centrale »
Un axe Turquie-Azerbaïdjan-Kazakhstan se substitue à la tutelle russe, l'Iran avance au Tadjikistan et la Chine pose ses pions. Faute de perspective européenne, l'Arménie reste seule, et Moscou pourrait perdre la base de Baïkonour.

La nature a horreur du vide et le déclin soviétique (puis russe) a entraîné un jeu d’influence qui s’accentue avec la guerre en Ukraine. Ce jeu de domino est complexe mais il est important de comprendre ce qui se passe en ce moment dans ces régions du monde et le positionnement de l’UE (et de la France) va devoir être clair. Le « en même temps » n’étant pas possible.
L’URSS (puis la Russie) avait naturellement une position forte dans toutes les républiques soumises au temps de l’URSS et ensuite avec notamment la CEI (Communauté des États indépendants) puis OTSC. Si les pays baltes ont fui cette influence rapidement pour rejoindre l’UE au plus tôt (dès 2004), le Bélarus, l’Ukraine, la Moldavie n’ont pas eu la possibilité.
Depuis la guerre en Ukraine, le jeu d’influence semble stabilisé sur ce front. Le destin de l’Ukraine et de la Moldavie se tourne vers l’UE, celui du Bélarus à la soumission à la Russie depuis l’échec de la révolution de 2020-2021 matée avec l’aide du pouvoir russe.
Mais quand on regarde les autres marges de l’Empire, la situation est loin d’être aussi fixée.
Le Caucase est constitué de trois pays : Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan.
La Géorgie a « profité » de la guerre en Ukraine pour se rapprocher de l’UE. Même si (contrairement à l’Ukraine et à la Moldavie) elle n’a pas encore le statut de candidat officiel “L’avenir de ces pays et de leurs citoyens réside dans l’Union européenne” d’après le Conseil européen. L’occupation de ce territoire en partie par la Russie (Abkhazie, Ossétie du Sud) étant un problème aussi en Moldavie (Transnistrie), en Ukraine évidemment mais aussi à Chypre (occupée en partie par la Turquie)
La situation de l’Arménie est plus difficile. Écartée de perspective d’adhésion à l’UE elle a dû se soumettre à la protection russe contre l’Azerbaïdjan (qui lui est soutenu par la Turquie). En 2020 la Russie avait pu « limiter la casse » pour les Arméniens en imposant une paix fragile au Haut-Karabagh (ou Artsakh). Pour rappel cette région peuplée très largement d’Arméniens appartient à l’Azerbaïdjan (qui souhaite donc le récupérer). Les jeux de Staline dans le découpage des frontières font encore des morts aujourd’hui. Non seulement la Russie n’empêche plus les attaques dans cette zone mais aujourd’hui l’Azerbaïdjan attaque directement le territoire arménien (hors Artsakh). L’Union européenne a une lourde responsabilité en n’ayant pas voulu donner de perspectives à l’Arménie et en la jetant dans les bras de Moscou. C’est la sauvegarde de l’Arménie en tant qu’État qui est en danger aujourd’hui. La Russie est incapable de rivaliser et d’imposer la paix face à la Turquie. La Géorgie songerait de son côté à reprendre ses territoires aux Russes (comme en 2008 où elle avait échoué).
L’influence turque ne s’arrête pas au Caucase mais déborde largement en Asie Centrale. En effet, les langues turciques forment une trentaine de langues dominées par le Turc mais aussi l’Azéri, l’Ouzbek, le Kazakh, le Turkmène, le Kirghize, le Ouïghour. Si la Turquie a lâchement laissé tomber les Ouïghours à la dictature chinoise elle n’a en rien renoncé à son influence sur les autres pays d’Asie Centrale.
Là aussi la guerre en Ukraine a tout changé. En janvier 2022 la révolte au Kazakhstan menaçait le pouvoir en place et après une sévère répression (225 morts au moins) c’est le régime russe qui est venu en aide pour sauver le régime. Néanmoins le départ de la vie politique de Noursoultan Nazarbaïev et la démission du président Kassym-Jomart Tokaïev et de son gouvernement ont entraîné un basculement stratégique. Le pays bascule vers des réformes démocratiques (il y a de la marge), se tourne vers l’Occident (et lui propose son pétrole pour compenser le pétrole russe) via l’Azerbaïdjan. Une visite à Paris est d’ailleurs prévue dans la semaine sur le sujet. La Russie perd donc une zone d’influence considérable alors qu’au mois de janvier de cette année certains députés proposaient tout simplement l’annexion du Kazakhstan à la Russie. Cela pose même un problème stratégique considérable avec la perte probable de la base spatiale de Baïkonour sur le territoire kazakh (après la perte de la base de Kourou pour les Russes l’année dernière).
Un axe Turquie-Azerbaïdjan-Kazakhstan se dessine donc pour proposer une alternative à la Russie au détriment des Arméniens. Quelle sera la réponse de l’UE ?
Et comme la situation est trop simple, d’autres acteurs jouent leur partition pour récupérer les restes de l’influence russe. L’Iran notamment cherche à étendre son influence. Après avoir dominé en Irak, au Yémen du Nord et en Syrie (avec l’appui russe) voire au Liban, ce pays se tourne vers le Tadjikistan. Les Tadjiks (ou les Persans orientaux et Persans centrasiatiques) sont un peuple iranien d’Asie centrale qui parle le tadjik, une langue iranienne et largement considérée comme un dialecte oriental du persan. Le nouvel affrontement entre Kirghizstan et Tadjikistan est donc à voir comme une lutte d’influence entre Turquie et Iran sur les décombres de l’Empire russe.
Bien évidemment la Chine observe le tout et pose ses pions le long de sa route de la soie. Elle cherche à gagner en influence notamment par une dépendance économique accrue de ces pays envers elle.
Le très récent sommet au Kazakhstan, puis en Ouzbékistan entre les différents acteurs de ce grand jeu est à voir par ce prisme. Bien évidemment il est difficile de résumer la géopolitique de cette région du monde en quelques lignes. Il faut y voir un résumé taillé à la serpe. Ainsi je n’ai pas évoqué d’immenses acteurs comme l’Inde, le Pakistan ou l’Afghanistan qui jouent évidemment un rôle de cette situation.
- Situation du front :
Les forces ukrainiennes ont passé l’Oskil. L’Est de la ville de Kupiansk est sous contrôle pendant que les forces russes tendent à créer de nouvelles positions fortifiées à 35 km à l’Est de cette ligne.
La ligne de front semble donc bien se stabiliser à une trentaine de kilomètres à l’Est de l’Oskil le long de la route P66 (Troitske, Svatove, Kreminna, Severodoneck). L’objectif principal de la région sera la ville de Svatove, ville clé de la logistique russe avec Starobilsk (plus à l’Est).
Au sud de ce front, les villages de Dibrova et de Shchurove ont été repris (au Nord du Donest). Avec Staryi Karavan (déjà reprise) c’est la dernière ville avant Lyman. La prise de Lyman a un fort enjeu stratégique. Toute la zone à l’Ouest a été désormais nettoyée jusqu’à Izioum. Les forces ukrainiennes peuvent donc à nouveau se projeter vers l’avant.
Un autre secteur clé est celui de Kreminna, abandonnée par les Russes puis reprise. Cette ville est la clé de l’alimentation du duo Lyssychansk, Sievierodonetsk.
- Kharkiv : De fortes explosions signalées à Kharkiv après le lancement de missiles depuis Belgorod, certains missiles se sont écrasés dans la région de Belgorod. L’armée russe a bombardé Horokhovatka et Bakhtyn (le long de l’Oskil), l’artillerie russe a bombardé Kudiivka, Hoptivka, Strilecha, Vilkhuvatka, Anyskyne, Synky, Kamyanka, Prystin et Dvorichna. 10 chambres de tortures auraient été trouvées à Balakliya. Plus de 440 corps ont été exhumés à Izioum pour analyse. Certains portaient des marques de strangulation et avaient les mains attachées.
- Sloviansk : L’armée russe a bombardé la centrale électrique.
- Kramatorsk : l’armée russe a bombardé Kryva Luka, Piskunivka, Raihorodok, Staryi Karavan, Mykolaivka, Dronivka, Rozdilne, Sieversk, Verkhniokamyanske, Sviatohirsk, Sosnove, Oleksandrivka et Yaremivka
- Bakhmut/ Nord Horlivka : L’armée ukrainienne a repoussé les attaques russes près de Bakhmut, Zaitseve, Avdiivka, Mykolaivka Druha et Novomykhailivka.
- Donetsk : Bombardements dans le centre de Donetsk (place Lenina) occupé. Bombardement ciblé du bâtiment administratif du district Voroshylovsky de Donetsk. De plus en plus de personnes fuient vers la Russie. Dibrova et de Shchurove reprises par l’armée ukrainienne (à côté de Lyman).
- Zaporizhzhia : L’artillerie a bombardé Avdiivka, Vesele, Opytne, Netaylove, Zelene Pole, Poltavka et Novopil. Une base militaire russe a été détruite près de Molochniy Lyman dans la région de Zaporizhzhia. Explosions signalées à Tokmak (occupée)
- Kherson : l’artillerie russe a pilonné des zones tout le long de la ligne de front, des dégâts dans plus de 26 villages
Excellente carte de “Poulet Volant” sur l’altimétrie de la zone. Les lignes de défense possibles ne sont pas infinies…
Une 307CC version Mad Max.
Ingénieux les Ukrainiens.
Drôle d’idée que ce cercueil floral pour une telle réunion au sommet.
Bleu = UE et zone d’influence.
Rouge = Russie
Vert = Turquie
Orange = Iran
Vert clair = Arabie Saoudite.




Réagir à cet article