Fixation des fronts et effet Diagoras.
Les fronts se figent, ce qui est déjà une bonne nouvelle pour l'Ukraine. Et un rappel de méthode : les destructions les plus lourdes ne sont jamais celles que filment les journalistes.

Difficile de trouver un quelconque objectif militaire ici pourtant.
Situation au 4 mars. Fixation des fronts et effet Diagoras.
La situation des fronts évolue peu. Ce qui est en soi une bonne nouvelle pour l’Ukraine.
Sur le front de Kyiv (c’est désormais le nom ukrainien que je privilégierai à celui russe de Kiev) les troupes ukrainiennes ont même repris Vorzel, une ville à côté de l’aéroport de Gostomel (point ultra-stratégique). Nous avons vu des images de l’aéroport (confirmation de la destruction de l’Antonov-225) et de Borodianka (merci à la BBC pour les images de drones). Ces images sont impressionnantes de désolation. Preuve de l’effet Diagoras. En effet ce ne sont pas forcément les lieux où il y a des journalistes qu’il se passe les plus grandes destructions. On a toujours tendance à sous-estimer les dégâts ailleurs. Cette région est celle du gigantesque convoi russe. Il paraît effectivement englué dans cette zone. Sa prise serait essentielle. Les forces ukrainiennes cherchent à l’encercler. À l’Est de Kiev, Chernihiv et Konotop deviennent des villes martyres. Les troupes russes continuent leur avancée sur les grands axes et essaient d’éviter les villes. L’encerclement de Kiev reste la priorité.
Au Sud les Russes ont tenté une percée dans l’intérieur en contournant Mykolaiv. Ils ont subi des dégâts. À voir s’ils ont la possibilité d’encercler Odessa. Un début de manœuvre de débarquement a échoué hier contre la ville. Certains bateaux semblent avoir été touchés par l’artillerie ukrainienne. Ils ont dû néanmoins couler leur vaisseau amiral pour éviter qu’il ne tombe aux mains de l’ennemi.
Inquiétude à la centrale nucléaire de Zaporijia. Elle compte 6 réacteurs à eau pressurisée de 950 MW, en 6 tranches. C’est la plus grande centrale nucléaire d’Europe. Elle fournit 2/3 de l’électricité de l’Ukraine et est un verrou pour passer à l’Ouest du Dniepr et pour terminer l’encerclement de Kharkiv. Elle a connu un incendie mineur cette nuit. C’est évidemment très inquiétant même si les spécialistes assurent qu’une fuite radioactive type Tchernobyl est à exclure. Espérons qu’ils aient raison. Elle serait passée désormais sous contrôle russe (ça avait déjà été annoncé).
Marioupol vit sous les bombes, sans chauffage. Son encerclement est total depuis 2 jours. Difficile d’imaginer que cette ville puisse résister longtemps.
Le front à l’Est (Donbass) semble fixé. L’avantage reste aux forces russes néanmoins.
Sur le plan politique : Le président Zelensky réclame des avions à défaut d’une zone d’exclusion aérienne à ses alliés occidentaux qui s’y refusent de peur d’être considérés comme engagés dans le conflit. Chose qui personnellement me surprend. Nous sommes déjà engagés par nos envois d’armes (et Poutine le voit comme tel). Il est certain que sans aviation (ou si peu), l’Ukraine ne pourra que se défendre. Combien de temps ? Il suffit de lire ou d’écouter ce discours. Celui d’hier était délirant et très inquiétant. Volonté de monter l’Inde et la Chine contre l’occident et d’étendre le conflit, assimilation de cette guerre à la lutte contre le nazisme (période clé dans le sentiment national russe), affirmation que l’Ukraine n’existe pas en tant qu’état. Poutine ne s’arrêtera pas. On ferait bien de le croire. Seule avancée positive, un couloir humanitaire d’évacuation des civils de Kiev serait mis en place. Attention néanmoins la dernière fois que ça a été fait (conflit au Donbass en 2014) l’armée russe y avait tendu un piège. Sûr que les Ukrainiens s’en rappellent. Néanmoins Poutine reconnaît une guerre, promet des primes aux soldats morts. L’Ukraine propose la même somme pour qu’ils désertent. C’est malin. À voir si ça sera efficace ou non. L’agression de la Russie entraîne une accélération du processus d’intégration à l’UE. La Moldavie et la Géorgie sont désormais candidates avec l’Ukraine. L’UE réagit enfin sur les Balkans et songe à intégrer ces pays pour pacifier la zone (Bosnie, Kosovo, Monténégro, Albanie, Macédoine du Nord voire Serbie). La Finlande et la Suède réagissent vivement aux pressions russes et remettent en cause leur neutralité (jusqu’à adhérer à l’OTAN ?)
Sur le front économique et intérieur les effets des sanctions occidentales se font sentir de plus en plus. De grands magasins ferment (comme Ikea), le pays est déclassé par les agences de notation internationales et devient spéculatif. En clair la Russie ne peut emprunter qu’à des taux très élevés et doit compter sur les réserves accumulées ces dix dernières années pour préparer le conflit. Certaines voix s’élèvent (y compris chez les oligarques et les grandes sociétés russes) pour cesser le conflit au plus tôt. De nombreux jeunes chercheraient à partir de Russie pour éviter un enrôlement de force. Néanmoins contrairement à certaines affirmations d’hier, on peut encore payer en carte bleue en Russie. Pas certain que les Russes réalisent encore l’ampleur du conflit.
Sur le front diplomatique : La Chine prend de plus en plus ses distances. Tant mieux.
Malgré la forte résistance des Ukrainiens la situation reste critique. Le rapport de force déséquilibré. C’est maintenant qu’il faut agir.




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