Jour 123 : « À quoi joue la Biélorussie ? »
Six Tu-22M3 tirent douze missiles de croisière depuis Petrykaw : Loukachenko cède à la pression de Poutine, qui lui promet des missiles capables d'emporter des charges nucléaires. En cause, le corridor de Suwaki, seule voie terrestre vers Kaliningrad, fermé par la Lituanie.

Des missiles sont tirés depuis la Biélorussie en direction de Tchernihiv. Après tout, rien de nouveau, c’était déjà le cas au début du conflit. Mais plusieurs signes sont très inquiétants depuis de nombreuses semaines et se sont aggravés ces dernières heures.
Cette situation s’est aggravée depuis l’application de la Lituanie de la règle européenne de sanction contre la Russie au Corridor de Suwaki. Le corridor de Suwaki est une frontière de 35 kilomètres de long entre la Lituanie et la Pologne, deux pays faisant partie de l’UE et de l’espace Schengen. Rien d’étonnant à ce que ces deux pays appliquent donc le droit européen. Problème, ce corridor est la seule portion terrestre qui permet à la Russie d’alimenter l’exclave (et non l’enclave) de Kaliningrad.
La tolérance qui avait été laissée jusque là permettait à Kaliningrad de passer au travers des sanctions et de vivre du trafic entre la Russie et l’UE. C’est terminé désormais. Kaliningrad est l’ancienne Königsberg de Prusse-Orientale. Du temps de l’URSS elle n’était pas isolée. Mais depuis 1991 et l’indépendance des pays baltes cette région sert de poste avancé russe en Baltique.
Cette région a été déjà lourdement marquée par des frontières étonnantes voire absurdes. On se rappelle ainsi du fameux « corridor de Dantzig » qui permettait à la Pologne d’accéder à la mer en coupant l’Allemagne en deux. Une source directe de la seconde guerre mondiale puisque c’était le prétexte donné par Hitler pour envahir la Pologne le 1er septembre 1939.
Le Corridor de Suwaki agit de la même manière sur Poutine. Il lui est insupportable de se voir contraint sur une partie de la Russie par l’UE. Depuis deux semaines Poutine a accentué fortement la pression sur Loukachenko, le président biélorusse. Loukachenko a joué l’équilibriste depuis le début du conflit. Fragilisé par la révolte de 2020-2021 où son pouvoir a vacillé il sait qu’il ne peut se permettre de s’engager dans le conflit. Pour autant il doit son maintien à la tête de l’État à Poutine et ne peut se permettre non plus de lui tenir tête. Dès le mois de février Poutine a poussé Loukachenko à faire voter une réforme constitutionnelle pour autoriser l’installation d’armes nucléaires russes sur le sol biélorusse.
Alors est née une propagande ahurissante. La Lituanie et la Pologne auraient prévu d’envahir l’Ukraine et la Biélorussie devrait envahir l’Ukraine de l’Ouest pour la protéger. Raisonnement absurde auquel personne ne croit mais la logique militaire fait peu de cas de la logique argumentative. Ensuite, comme au mois de février, des exercices sont mis en place à partir du 22 juin jusqu’au 1er juillet. Le lendemain, des cargaisons de munitions partent de Biélorussie pour alimenter les armées russes sur le front (en difficulté depuis l’explosion de dépôts de munitions par les Himars livrés récemment). Samedi, Vladimir Poutine a convoqué Alexandre Loukachenko à Saint-Pétersbourg. Et aujourd’hui de nombreux missiles et bombardiers (« six avions Tu-22M3 ont tiré douze missiles de croisière depuis la ville de Petrykaw », dans le sud de la Biélorussie.) attaquent le Nord et l’Ouest de l’Ukraine (dont la capitale). Dans le même temps Poutine a annoncé le transfert de missiles tactiques (balistiques et nucléaires) et la modernisation de la flotte biélorusse pour transporter des armes nucléaires.
Soyons clairs, l’armée biélorusse est incapable de combattre face à l’Ukraine, elle n’en a ni la motivation, ni le niveau ni même les moyens. Mais l’extension du conflit risque d’appeler une réponse occidentale. La Lituanie et la Pologne vont difficilement rester spectatrices de cette situation éternellement d’autant que des annonces d’attaques directes (notamment contre la Lituanie) sont de plus en plus fréquentes.
Cette provocation de Poutine par intermédiaire ne tombe pas à n’importe quel moment puisque l’on est en plein sommet de l’OTAN et juste avant le sommet du G7. Comme toujours, Poutine choisit l’escalade plutôt que l’apaisement. Espérons que cela aide l’OTAN à prendre les bonnes décisions. En général cette stratégie a amené plutôt une hausse de l’engagement militaire occidental. Ce n’est surtout pas maintenant qu’il faut céder. N’oublions pas que malgré ses victoires récentes, l’avance maximale des troupes russes n’a été que d’environ 20 km en 83 jours. Et l’Ukraine c’est grand.
Situation sur le front :
- Biélorussie : « six avions Tu-22M3 ont tiré douze missiles de croisière depuis la ville de Petrykaw », dans le sud de la Biélorussie. À Svetlagorsk - à 90 km de Mazyr - des exercices militaires sont en cours, du jamais vu.
- Russie : Le ministre russe de la Défense a rendu visite aux troupes russes impliquées dans la guerre en Ukraine pour la première fois depuis le début de la guerre. Le président russe Vladimir Poutine a annoncé que son pays allait « dans les prochains mois » livrer à la Biélorussie, d’où des frappes ont été effectuées contre le territoire ukrainien, des missiles capables de transporter des charges nucléaires.
- Kyiv : Attaques de missiles russes sur la capitale. Les bombardements russes à Kiev ont fait un mort et quatre blessés, annonce le maire, Vitali Klitschko. L’Ukraine a réclamé dimanche plus d’armes et de sanctions contre Moscou aux pays du G7, réunis en sommet en Bavière (Allemagne), à la suite d’une frappe russe, plus tôt dans la matinée, sur un complexe résidentiel proche du centre de Kiev.
Nord : Volyn, L’armée russe a bombardé les communautés territoriales de Yunakivka et Shalyhyne dans la région de Soumy.
- Kharkiv : augmentation des activités de reconnaissance et de sabotage russes dans la région de Kharkiv. Des hélicoptères russes ont attaqué des positions ukrainiennes à Yavirske (entre Izioum et Kharkiv), confirmant seulement que la localité est sous contrôle ukrainien.
- Autour de Sloviansk : L’armée ukrainienne s’est retirée de Sievierodonetsk et des villes voisines de l’autre côté de la rivière. Cette bataille est terminée. Peu de prisonniers ukrainiens. Cela suppose que le retrait s’est fait de manière organisée.
o Izium : L’armée russe a bombardé la ville de Barvinkove et le district de Tsilynnyi à Sloviansk.
o Lysychansk/ Bakhmut/ Nord Horlivka : Les forces russes continuent de faire pression sur les défenseurs ukrainiens au sud de Bakhmut et de Lysychansk. Les troupes russes ont capturé Volodymyrivka et ont simultanément avancé vers Pokrovske depuis Pylypchatyne et Volodymyrivka. L’assaut est repoussé, mais la situation reste compliquée. Les troupes russes ont attaqué la périphérie sud de Lysychansk, les combats se poursuivent. Attaque repoussée sur Vovchoyarivka.
o Les forces russes ont avancé à l’ouest de Roty et ont poussé les défenseurs ukrainiens plus près de la centrale électrique de Vuhlehirsk. Les attaques continues contre Vershyna mettent les troupes ukrainiennes stationnées à Novoluhanske et la centrale électrique voisine en grand danger.
- Louhansk
- Donestk/ Zoporijia : les forces ukrainiennes semblent libérer une ville de Vysokopillya et obligent les forces russes à battre en retraite.
- Attaques russes sur Marinka, New-York et Kamyanka en échec.
Bombardements sur Avdiyivka, Kurakhove, Novopavlivka et Zaporizhzhia avec des chars et des obusiers bombardés Keramik, Krasnohorivka, Sieverne, Vodiane, Opytne, Umanske, Tonenke, Karlivka, Novomykhailivka, Maryinka, Paraskoiivka, Pavlivka, Shevchenko, Prechystivka, Zolota Nyva, Komar, Novosilka, Velyka Novosilka, Volodymirivka, Huliaipilske, Bilohiria, Novopil, Chervone, Zelene Pole, Huliaipole et Malynivka
- Kherson : les troupes russes se sont retirées des positions défensives préparées à Olhyne. Blahodatne se trouve dans la zone grise et n’est probablement contrôlée par aucune des parties. Attaque russe de la direction de Potomkyne vers Vysokopillya mise en échec. Les troupes ukrainiennes contrôleraient Vysokopillya.
À Pivdenny Buh, l’armée russe a bombardé les positions ukrainiennes. L’aviation ukrainienne a mené des frappes aériennes lors de rassemblements de troupes russes. Explosions à Odessa.
Occident :
- Royaume-Uni : Premier ministre britannique : les conséquences de la victoire de la Russie en Ukraine seront plus graves qu’actuellement, et le G7 doit intensifier ses efforts pour empêcher cela. Boris Johnson met Emmanuel Macron en garde contre « toute tentative » d’une solution négociée « maintenant » en Ukraine.
- USA : Le président américain Joe Biden est arrivé samedi soir en Europe, où il entend encore consolider, et sur la durée, les rangs des Occidentaux face à Moscou. Il doit participer dimanche à un sommet du G7 dans le sud de l’Allemagne.
Image satellite - Snake Island - 25/06/22 - 11:51
⭕️ - Équipement
🟢 - Revêtements, filets de camouflage, tranchées, zones creusées pour les munitions, le carburant, etc.
Image c /o -
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