Jour 233 : « Prendre le risque d’une extension du conflit ? »
Loukachenko donne des gages à Poutine — mobilisation secrète, dizaine de T-72 livrés, troupes à la frontière — sans jamais parler d'envahir l'Ukraine. Zelensky, lui, réclame une force internationale de protection. Anatomie d'un équilibre intenable.

À quoi joue Loukachenko ?
Comme d’habitude le président biélorusse est sur une ligne de crête compliquée. Il doit absolument donner des gages à Poutine auquel il doit tout. Ainsi il préparerait une mobilisation, envoie des troupes à la frontière, donne une dizaine de T-72 pour renforcer le front à Donetsk. Il menace aussi ouvertement l’Ukraine en cas d’invasion de son sol. Mais il ne parle pas d’envahir l’Ukraine car il sait que son armée est incapable de tenir le choc. Et sans armée il perd son pouvoir. Ainsi il a fait dire par son conseil de sécurité que « Minsk ne se battra pas, mais si la frontière de notre État est violée alors nous riposterons. ».
Le viol d’une frontière peut être créé de toutes pièces (comme en 1939 avec la fausse invasion de l’Allemagne par la Pologne) mais ce n’est pas dans son intérêt. La frontière entre l’Ukraine et la Biélorussie a peu de points de passage (4 principaux) et c’est une région couverte de marais et peu praticable, surtout en automne et en hiver.
L’Ukraine ne reste pas inactive. Elle prépare sa défense et le président Zelensky a proposé la mise en place d’une force internationale de protection. C’est plutôt bien vu car l’attaque ne se ferait plus contre l’Ukraine mais contre la communauté internationale. Une manière donc de forcer l’occident à entrer dans le conflit. Proposée rejetée évidemment par Loukachenko.
Prendre le risque d’une extension du conflit aurait des
conséquences imprévisibles :
- Dans le meilleur des cas le régime biélorusse s’effondre et sans lui la Russie perd alors son « porte-avions terrestre » et l’Ukraine pourrait concentrer une quantité d’hommes plus importante au Sud et à l’Est ;
- Dans le pire des cas on peut à peu près tout imaginer. Un engagement direct de la Pologne et des Pays Baltes frontaliers par exemple (membres de l’OTAN) et surtout une réaction russe terrible. Car si on regarde une carte on comprend rapidement que Moscou se verrait directement menacé si Minsk tombe. Alors bien sûr pour un occidental les distances paraissent énormes (plus de 700 km entre Minsk et Moscou) mais la perception est très différente côté Russie qui se verrait ainsi coupée de l’ensemble des pays slaves. Une « menace immédiate » qui rentrerait dans le cadre de la doctrine nucléaire russe donc.
L’UE pour la première fois s’est faite très menaçante et a fixé les lignes rouges (au contraire du président Macron au passage). L’objectif est clairement d’éviter l’extension du conflit. Mais une nouvelle fois cette responsabilité est dans les mains d’un seul homme : Poutine. Le jeu d’équilibriste de Loukachenko risque de toucher ses limites.
Les limites économiques vont aussi arriver. L’économie mondiale va mal. Le monde devrait entrer dans une nouvelle récession. Le climat social est tendu. Il va falloir avoir les reins solides.
Sur le front.
Poussée ukrainienne sur Svatove (surtout au Nord-Ouest) et sur Kherson avec quelques réussites. Poussée russe sur Bakhmut et Terny mises en échec.
Reprise des opérations aériennes avant l’hiver. Les pertes sont importantes (2 avions ukrainiens, 5 hélicoptères russes abattus hier). L’arrivée de l’hiver devrait contraindre de plus en plus ce type d’opération.
L’hiver va apporter le retour de la boue (les Ukrainiens l’appellent « bezdorizhzhia », ou absence de routes, et les Russes, « rasputitsa », ou voyage désagréable). La logistique va être plus compliquée, les attaques vont devoir se faire sur les grands axes. Le matériel va s’abîmer plus vite et les hommes se fatiguer plus rapidement sur le front. Le moral va donc être plus difficile à tenir. Tout ceci devrait être plutôt à l’avantage des Ukrainiens (meilleur moral, meilleur équipement) mais va fortement les pénaliser pour faire des conquêtes. C’est donc maintenant qu’il faut gagner du terrain.
Quelques signaux faibles qui comptent. Des rotations des troupes ukrainiennes, désertions côté russe. Des images étonnantes montrent un véhicule d’infanterie fonçant sur un champ de mines, un autre écraser un soldat russe dans un défilé militaire… Des uniformes dépareillés, des soldats livrés à eux-mêmes sur le front, des révoltes parfois. La pluie de missiles s’est atténuée. La menace est toujours là mais certaines indications confirment que la Russie arrive au bout de certains de ses stocks (notamment pour les missiles KH-101). Les armements sont de plus en plus anciens (T-62, obusier D-1) et dignes des musées. La chaine de production russe n’arrive pas à suivre. La mobilisation en masse et les sanctions internationales n’aidant sans doute pas.
Le temps joue pour l’Ukraine. Le risque que Poutine veuille terminer au plus vite est réel. Mais en a-t-il encore les moyens ?
En Bref :
- Russie :
« La Russie est prête à reprendre les livraisons [via Nord Stream]. La balle est dans le camp de l’Union européenne. Si elle le souhaite, elle n’a qu’à ouvrir le robinet. » - Vladimir Poutine.
Moscou ordonne que les réparations du pont de Crimée soient achevées d’ici juillet 2023. La Russie répare 800 chars T-62 (fabriqués de 1961 à 1975) sur 3 ans. Les premières photos d’un obusier D-1 de 152 mm utilisé par les forces russes (LNR) - elles ont été transférées au DNR/LNR fin août, mais les photos ne sont apparues que maintenant.
Le D-1 est entré en service pour la première fois dans l’Armée rouge en 1943.
L’armée russe a mené 2 frappes de missiles, 16 frappes aériennes et plus de 70 bombardements avec MLRS dans de nombreuses colonies à travers l’Ukraine, y compris Brody, Nalyvaikivka de la région de Kyiv, Mykolaïv, Nikopol.
Chemin de fer endommagé dans le district de Novy Oskol après l’impact d’un missile. Dépôt de munition touché dans la région de Belgorod.
En marge d’un forum régional au Kazakhstan, le président russe, Vladimir Poutine, a proposé jeudi à son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, de créer un « hub gazier » en Turquie pour exporter du gaz en Europe, au moment où les livraisons russes vers l’Union européenne sont affectées par les sanctions et les fuites des gazoducs Nord Stream.
La Russie menace de se retirer de l’accord d’exportation de céréales soutenu par l’ONU.
Gennady Gatilov, ambassadeur de Russie auprès de l’ONU, a déclaré à Reuters que Moscou pourrait suspendre son soutien au renouvellement de l’accord sur les céréales soutenu par l’ONU le mois prochain si l’ONU ne répondait pas à ses préoccupations.
- Kyiv : la Russie prévoit de saboter le gazoduc turc pour blâmer l’Ukraine (Ministère ukrainien des Affaires étrangères).
Nouvelle enquête et nouvelles preuves des déportations massives d’enfants ukrainiens vers la Russie.
Des enfants à qui les autorités russes mentent, leur faisant croire que leurs parents sont morts, des enfants utilisés à des fins de propagande.
- Nord : l’armée russe a bombardé Ukrainske, Atynske, Velyka Rybytsa de la région de Soumy et Mykolaivka de la région de Tchernihiv
- Kharkiv : l’armée russe a bombardé Strilecha, Ohirtseve, Starytsa, Hatysche, Dvorichna, Hryanykivka.
- Svatove : Krokhmalne a été libérée. Cette ville est située sur une route reliant Kupyansk et Svatove. L’attaque russe sur Novosadove a échoué.
- Siversk : Échec de l’attaque russe sur Spirne et Terny. L’armée russe a bombardé Spirne, Terny, Zarichne, Nadia, Olhivka, Torske, Bilohorivka, Yampolivka, Travneve
- Bakhmut : Attaque russe repoussée sur Optyne, Odradivka, Ivanhrad, Bakhmut, Vesele. Des combats statiques persistent à Soledar et Bakhmutske. Aucune des deux parties n’a signalé de nouveaux gains ou pertes. Les forces russes restent concentrées sur la partie sud de Bakhmut. Les défenseurs ukrainiens ont repoussé les attaques russes en direction d’Ivanhrad et de Bakhmut, mais la situation est difficile. Attaques russes repoussées sur Ozaryanivka et Mayorsk. L’armée russe a bombardé Bilohorivka, Yakovlivka, Bakhmutske, Bakhmut, Ivanhrad, Zelenopillia, Soledar, Mayorsk, Chasiv Yar et Opytne
- Donetsk : Les troupes ukrainiennes ont repoussé les attaques russes contre les trois villes de Krasnohorivka, Pervomaiske et Marinka. L’ennemi a réduit le nombre d’attaques après plusieurs jours de tentatives infructueuses pour percer les lignes ukrainiennes dans cette zone. L’armée russe a bombardé Avdiivka, Krasnohorivka, Vodiane, Maryinka, Novomykhailivka, Nevelske, Pervomaiske, Zolota Nyva.
- Zaporizhzhia : l’armée russe a bombardé Vuhledar, Novoukrainka, Vremivka, Novoandriivka, Novodanylivka, Dorozhnianka, Huliaipole, Komyshuvakha.
- Nikopol : L’armée russe a bombardé Nikopol avec le MLRS et l’artillerie lourde
- Kherson : Chervone a été libérée par les forces ukrainiennes.
Les autorités pro-russes placées par Moscou dans la région de Kherson ont demandé à la Russie d’aider à organiser l’évacuation des civils de la région de Kherson. Demande acceptée par Moscou, des civils seront transférés vers d’autres régions russes.
Attaques russes repoussées sur Nova Kamyanka et Sukhiy Stavok. L’armée russe a bombardé des colonies près de la ligne de front, y compris Vyschetarasivka, Nikopol.
- Crimée occupée : l’attente à la traversée en ferry en Crimée prend environ 3 à 4 jours. Et il y a environ 900 camions en attente en ce moment. Un drone maritime ukrainien a été retrouvé en Crimée.
Ailleurs :
- ONU : 143 pays ont voté pour la condamnation de l’annexion des 4 régions ukrainiennes par la Russie. 35 abstentions, seules 5 nations ont voté contre.
- Turquie : Hier à Astana, le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, a rencontré le Président biélorusse, Alexandre Loukachenko.
- Arabie Saoudite : Dans un communiqué le MAE saoudien exprime son total rejet des accusations d’entente avec la Russie, indiquant que la décision de l’OPEP+ a été prise dans un contexte purement économique et à l’unanimité par tous les États membres.
Camp Pro-Russe :
- Biélorussie : Le “mode d’opération anti-terroriste” a été introduit en Biélorussie après des informations faisant état de provocations planifiées par un certain nombre d’États voisins, a déclaré le ministre des Affaires étrangères. La décision de mener une “mobilisation secrète” en Biélorussie a été prise, ont déclaré des sources au média biélorusse Nasha Niva.
Camp occidental
- USA : Des documents obtenus par CNN montrent que le mois dernier, SpaceX de Musk a envoyé une lettre au Pentagone disant qu’il ne peut plus continuer à financer le service Starlink comme il l’a fait.
- UE : En cas de recours au nucléaire en Ukraine, l’Union européenne menace la Russie d’une frappe “si puissante que l’armée russe sera anéantie”. (chef de la diplomatie EU) Josep Borrell en a profité pour recadrer sèchement les ambassadeurs de l’UE leur reprochant une bureaucratie pesante et leur arrogance. «J’en sais parfois plus sur ce qui se passe quelque part en lisant les journaux qu’en lisant vos rapports qui arrivent parfois trop tard. […] Ce n’est pas acceptable [alors que] je devrais être l’homme le mieux informé du monde.»
Borrell reproche aussi à ses diplomates de perdre, par paresse, la bataille de l’information, l’un des éléments de la guerre moderne.
L’Arménie et l’Azerbaïdjan ont convenu de signer un accord de paix formel sous l’égide de l’UE qui comprend une délimitation officielle de la frontière d’ici la fin de l’année.
- Danemark : Le Ministère danois de la Défense indique que l’enquête sur le sabotage présumé de Nord Stream était compliquée en raison de vieilles munitions présentes de la Seconde Guerre Mondiale au fond de la mer Baltique.
- Estonie : Une nouvelle aide militaire pour l’Ukraine a été annoncée par l’Estonie comprenant du matériel pour l’hiver, de l’équipement et des munitions.
- République tchèque : La République tchèque interdira l’entrée des citoyens russes venant à des fins touristiques, culturelles ou sportives à partir du 25 octobre. L’interdiction s’applique aux Russes titulaires de visas de l’espace Schengen délivrés par n’importe quel pays.
- France : “La France n’utilisera pas d’armes nucléaires contre la Russie si elle lance une frappe nucléaire sur l’Ukraine.” - Le président français Emmanuel Macron dans une interview à France 2.
Le géant français de l’énergie TotalEnergies fait face à des poursuites judiciaires pour “complicité de crimes de guerre” pour avoir prétendument aidé à alimenter des avions russes qui ont bombardé l’Ukraine.
Le « hub gazier » en Turquie proposé par Vladimir Poutine n’a « aucun sens », selon Paris.
La France renforce sa présence en Pologne, Lituanie, Roumanie et va fournir des systèmes sol-air Crotale à l’Ukraine dans les prochaines semaines. La France aurait récemment promis à ses interlocuteurs ukrainiens, la livraison de 3 systèmes LRU (lance-roquettes unitaires) sur les douze dont l’armée française dispose. Cette livraison accompagnerait celles des blindés Bastion.
- Allemagne : L’Allemagne a commencé à importer du gaz français.
- Royaume-Uni : 10 000 militaires ukrainiens de la deuxième vague de formation en Grande-Bretagne rentrent en Ukraine
- Bakhmut : Attaque russe repoussée sur Optyne, Odradivka, Ivanhrad, Bakhmut, Vesele. Des combats statiques persistent à Soledar et Bakhmutske. Aucune des deux parties n’a signalé de nouveaux gains ou pertes. Les forces russes restent concentrées sur la partie sud de Bakhmut. Les défenseurs ukrainiens ont repoussé les attaques russes en direction d’Ivanhrad et de Bakhmut, mais la situation est difficile. Attaques russes repoussées sur Ozaryanivka et Mayorsk. L’armée russe a bombardé Yakovlivka, Bakhmutske, Bakhmut, Ivanhrad, Zelenopillia, Soledar, Mayorsk, Chasiv Yar et Opytne
Chervone (oblast de Kherson) a été libérée par les forces ukrainiennes.
On n’a pas d’électricité mais on a des idées à Kharkiv.




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