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Fred Orain

Chroniques politiques, Ukraine et vie publique à Blois

Ukraine

Jour 43 : « 2022, un nouveau 1968 ? »

Le chercheur Kamil Galeev compare l'invasion de 2022 à l'écrasement du Printemps de Prague : mêmes chars conçus pour « pacifier », même prise d'aéroport en ouverture, mais 500 000 hommes en 1968 contre une logistique négligée aujourd'hui.

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J’avais déjà évoqué Kamil Galeev dans mes chroniques. Ce chercheur et journaliste a publié hier un travail à la fois étonnant, original et qui donnerait un sens à l’échec de l’opération militaire russe.

Selon lui l’opération en Ukraine a été pensée de la même manière que l’opération contre le Printemps de Prague en 1968. J’ai été surpris (voire sceptique) de la comparaison. Mais il faut avouer qu’elle fait sens.

Le retrait russe des opérations au Nord du pays n’avait pas été prémédité. Les véhicules russes ne pouvant pas se déplacer rapidement ont été abandonnés. Si cette opération est utile pour accroître la puissance de feu au Donbass de l’armée russe elle n’était donc pas dans les plans initiaux. Cela marque donc un échec du plan russe.

En effet ; l’armée russe ne contrôlait que les routes (l’exemple de Konotop est frappant à ce titre). Il fallait éviter une déroute à la finlandaise (hiver 1940). La guérilla est une technique efficace contre une armée supérieure en nombre.

Pourquoi les analystes se sont trompés à ce point ? 3 raisons essentielles :

  • L’armée russe a été surestimée.
  • L’armée ukrainienne a été sous-estimée
  • Les objectifs politiques russes ont été mal compris.

L’armée russe n’est qu’une armée soviétique modernisée en façade. Son matériel est inadapté, notamment les tanks. Ceux-ci sont faits pour la guerre nucléaire et pour « pacifier » les états satellites du pacte de Varsovie, pas pour mener une guerre conventionnelle. Ces tanks protègent peu les soldats qui sont très à l’étroit dans l’habitacle. Ils sont plus efficaces pour protéger des radiations. Ce type de tank est utile après des frappes d’artillerie massives. Ils pénètrent ainsi un territoire qui n’a déjà plus de défense. Cela explique qu’en Ukraine les soldats ont été obligés d’improviser des défenses artisanales sur leurs tanks (tourelles, bois, pneus…).

Cette armée était efficace pour la « pacification » des pays satellites (Hongrie en 1956, Prague en 1968) mais ces opérations étaient mieux préparées que celle de 2022. En 1968 ce sont 500 000 hommes qui ont été mobilisés et qui sont entrés dans le pays par 8 endroits différents. 250 000 d’entre eux étaient chargés de sécuriser les lignes d’approvisionnement. Chose qui a été négligée en 2022. En 1968 il fallait réprimer un « pays frère » qui avait tendance à s’éloigner. En 2022 l’Ukraine était déjà en guerre contre la Russie depuis 2014. Il y a eu peu de résistance à Prague (même si on retient tous le sort de Jan Palach). La colossale armée russe servait plus à impressionner et dissuader qu’à se battre réellement.

Tout comme en 1968 les soldats ne savaient pas l’objectif de leur mission. Le marquage des tanks était aussi de rigueur pour ne pas confondre les tanks russes avec les Tchèques. L’opération « Danube » en 1968 a commencé par la prise des aéroports, comme celui d’Hostomel en 2022. En 1968 cela a permis de faire venir rapidement des troupes. En 2022 l’aéroport s’est transformé en champ de bataille inutilisable pour l’armée russe.

Poutine ne s’attendait pas à une telle résistance, l’armée ukrainienne a été sous-estimée. Les Ukrainiens ont eu le temps de se préparer à se battre. La terrible défaite de 2014 dans le Donbass a servi de révélateur aux carences de leur armée. Ils ont laissé l’armée russe s’enfoncer dans le territoire, coupés de leurs lignes arrière. Ils se sont concentrés sur l’attaque des convois de ravitaillement (ce qui explique aussi les pillages de l’armée russe désœuvrée). Même les bombardements lourds touchent leurs limites. L’exemple de Marioupol est criant. L’armée ukrainienne ayant réussi à livrer plusieurs tonnes de munitions dans la ville encerclée par hélicoptère de nuit.

L’armée russe semble incapable de changer de tactique. Elle lance des attaques de première ligne avec d’énormes pertes. Ils puisent dans le vivier du Donbass en mobilisant des jeunes troupes inexpérimentées. Ça fait moins de victimes russes officielles mais des armées moins compétentes aussi.

De son côté l’armée ukrainienne avait parfaitement analysé le type de guerre à laquelle ils allaient être confrontés et avait adapté sa stratégie en fonction du déséquilibre des forces. Côté russe, l’armée était survalorisée car elle sert de soutien à la propagande. L’esprit de corps est là. Et critiquer l’armée c’est le risque de perdre sa place, voire de se faire éliminer pour un gradé. Pire, une armée hautement qualifiée pourrait même être un danger pour le Kremlin.

Les retours du terrain étaient donc mauvais, les Ukrainiens russophones étant considérés à tort comme pro-russes par exemple. Les outils de retour de la situation de terrain ont été supprimés un à un par le Kremlin. Plus le temps passe, plus la vision est donc faussée.

Situation du front.

Nettoyages des rues à Irpin, restauration des réseaux électriques et internet. La vie reprend petit à petit dans les zones évacuées. De nouvelles exactions visibles, dans les deux camps.

  • Oblast de Sumy : Quelques éléments russes dispersés et isolés. Plus aucun village sous pavillon russe.
  • Oblast de Kharkiv : Les renforts russes arrivent. La voie ferrée est réparée. Bombardements de Kharkiv. 3 tués à la suite d’un bombardement de l’armée russe à Balakliy.
  • Oblast de Louhansk : Les forces russes ont bombardé Kreminina, Sievierodonetsk, Zolote, Hirske et Lysychansk. Les combats de rue se sont poursuivis à Rubizhne et Popasna. Aucune des deux parties n’a signalé de gains ou de pertes. L’armée russe a tenté de percer les défenses près de Novotoshkivske, mais a échoué. Évacuation des populations civiles en cours, notamment de Slaviansk et de Kramatorsk.
  • Oblast de Donetsk : Les forces russes ont bombardé Vuhledar, Marinka, Pisky, Avdiivka et Novabakhmutivka (prise de contrôle de la ville par les Russes à vérifier). 4 tués, 4 blessés à la suite de bombardements de l’armée russe à Vuhledar sur un centre de distribution alimentaire.
  • Marioupol : Capture par les Russes du bâtiment administratif de la région. Opérations de nettoyage des traces d’exactions russes (crémation des corps ?).
  • Oblast de Kherson : L’armée ukrainienne a repris le contrôle de Dobryanka, Novovoznesenske, Trudoliubivka et Osokorivka dans le nord. Gros enjeu de conflit. Il y a deux ponts pour passer le Dniepr.

À Irpin, la vie reprend son cours.

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